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Mercredi 11 novembre 2009

Communauté : Les blogs citoyens

Par Zineb Dryef | Rue89

Malgré les variations de ses revenus un peu particuliers, Manon a accepté qu'Eco89 passe son porte-monnaie au rayon X.

Manon, prostituée à Paris pour 2000 euros par mois (Audrey Cerdan/Rue89)

Avertissement : Les sommes indiquées sont approximatives en raison du mode de rémunération et de l'irrégularité de cette activité.

Le rendez-vous a lieu dans un café parisien aux fauteuils mous. A chaque femme qui pousse le tourniquet, vous vous demandez si c'est elle. Celle qui a le foulard rose ? Non, trop coquette, ce doit plutôt être celle dont l'épaisse couche de fond de teint jure avec la méchante teinture jaune des cheveux.

Et lorsque Manon arrive, légèrement décoiffée, chargée d'un grand sac et d'un carnet, vous ne vous dites plus rien. C'est pourtant elle. Une ravissante jeune fille de 26 ans qui explique, durant plus d'une heure, que prostituée, c'est un métier, pas une identité.

Elle n'aime pas trop le mot « prostituée », toutefois utilisé dans cet article parce qu'assez commode pour désigner cette activité qui « va de la pipe à 10 euros à la totale en une heure pour 400 euros ».

« Il n'y a pas mille façons de baiser », dit Manon. Embarrassée par l'expression, elle l'explique :

« Ce qui fait la différence du prix, c'est le cadre, la façon de faire. Pas franchement la technique… Ce que je veux dire, c'est que la gamme est large. Il faut sortir du stéréotype de la misère sur le trottoir contre le grand luxe façon call-girl. Si une fille fait le trottoir, elle aura plus de “services” et au final, elle peut se faire autant d'argent que la fille qui prend 200 euros de l'heure. »

Adhérente du Strass, le syndicat du travail sexuel, elle milite pour l'abrogation de l'article sur l'interdiction du racolage passif, inscrit dans la loi sur la sécurité intérieure de 2003 :

« On a besoin d'un vrai statut. Pas forcément une réglementation mais reconnaître ces métiers comme tels. C'est une loi totalement hypocrite qui fait beaucoup de dégâts. Aujourd'hui, on est dans un flou juridique total. On n'a aucun autre droit que celui de payer des impôts. »

Occasionnelle depuis la fin de ses années lycées, Manon, tire la totalité de ses revenus de cette activité depuis sept ans :

« J'y suis arrivée accidentellement. Au début, c'était un moyen d'arrondir mes fins de mois. Le temps passant, c'est devenu mon boulot. On ne choisit pas d'entrer dans la prostitution mais on choisit d'y rester. »

Revenus mensuels : de 700 à 4400 euros par mois

Manon est indépendante. En sept ans, elle a travaillé « dehors » (« j'attends mes clients dans des cafés, pas sur le trottoir ») et un peu sur Internet. Les bonnes semaines, elle a un client par soir :

« Je travaille 25 heures par semaine. Ce qui ne veut pas dire que je passe 25 heures avec des clients. Le prix à l'heure est assez peu représentatif. Pour une passe, il faut travailler plusieurs heures : chercher le client, se déplacer etc. Les meilleurs mois, j'ai un client cinq soirs par semaine. »

Manon touche en moyenne 200 euros par client, soit 3000 à 4000 euros les bons mois :

« C'est difficile de parler d'un revenu mensuel. Il y a des mois où je ne gagne rien. Il suffit que je tombe malade. D'autres où je tourne plutôt autour de 700 euros. La moyenne, c'est vraiment 2000 euros. »

Le prix de la passe, Manon le fixe elle-même. En conformité avec les prix du marché, dit-t-elle. Et si le client veut marchander, c'est non :

« Il faut éviter de se laisser tirer vers le bas. Ça renforce les fausses idées sur le métier, notamment celle des filles tellement dans la merde qu'elles peuvent accepter n'importe quoi.

Quand tu achètes une baguette, tu ne marchandes pas. Je ne vois pas pourquoi mes services seraient négociables. Je trouve ça dégradant. »

Mère célibataire (2 enfants), elle a touché l'allocation parent isolé (environ 700 euros mensuels) jusqu'aux 3 ans de son fils. Durant deux ans environ, Manon a arrêté de travailler. Elle a vécu de ses économies (« 8000 euros »), de cette aide et de multiples emprunts à sa famille.

Aujourd'hui, elle touche une aide au logement (APL) de 200 euros environ par mois et 200 euros d'allocations familiales.

Dépenses fixes : 2000 euros environ

Pour Manon, l'exercice est difficile : « Parce que c'est du black, du liquide, c'est quand même difficile pour nous d'établir des budgets… alors les dépenses… je ne sais pas du tout. »

Logement (électricité comprise) : 850 euros

« C'est difficile pour les filles de se loger. Il faut des bulletins de salaire… Nous n'avons rien de tout cela. J'ai trouvé cet appartement grâce à une copine. Avant je louais en plus un appartement professionnel avec une autre fille. C'était trop cher ; maintenant, je me déplace chez les clients. »

Transport : 250 euros

« Je n'ai pas le permis. Je me déplace en métro et je prends souvent des taxis le soir. Après, ça dépend des mois… »

Téléphone et abonnement Internet : 250 à 300 euros

« Je ne vais pas laisser mon numéro privé sur Internet ! On est obligée d'avoir deux téléphones, deux abonnements. C'est cher. »

Vêtements, accessoires et préservatifs : 100 à 150 euros

« Je ne suis pas très dépensière mais je suis obligée de renouveler ma garde-robe. Prenez les bas, c'est phénoménal les bas ! Ils sont filés tout de suite, c'est une paire de bas par client. Bon, les capotes, c'est pas cher du tout mais il en faut à peu près trois par passe. Il faut son petit matériel. »

Alimentation, produits courants : 300 euros

« Je fais des courses toutes les semaines pour mes enfants et moi. Je ne sais pas vraiment combien je dépense. Plus de 60 euros pour les courses principales de la semaine mais ça ne suffit pas, alors je dois y retourner. »

Loisirs et garde des enfants : 200 euros

« Il y a la danse (280 euros par an), la cantine qui ne coûte pas cher du tout, les sorties, les cadeaux pour les anniversaires, les goûters… Je ne peux pas vraiment calculer. Evidemment, les mauvais mois, on sort moins.

Je fais souvent garder mes enfants par ma famille. Sinon, c'est environ 50 euros pour une soirée avec la baby-sitter. »

Tabac : 100 euros par mois

« J'ai honte. Je fume un paquet par jour. Quand je n'ai pas d'argent, j'achète du tabac et je roule mes cigarettes. »

Autres dépenses

Manon paye 820 euros sa taxe d'habitation (redevance télé incluse) mais ne déclare aucun revenu :

« Plusieurs filles déclarent leurs revenus en profession libérale. Pas sous l'intitulé “prostituée”, plutôt des trucs comme “bien-être”, “massage” ou “prestation artistique”. Ce n'est pas mon cas. L'Etat fait tout pour m'empêcher de travailler, c'est totalement hypocrite de me prélever. Je suis tout à fait pour contribuer et redistribuer à condition de ne pas être exclue. »

Isolée financièrement et socialement

Contrairement à ses collègues du bois de Vincennes qui doivent parfois débourser jusqu'à 150 euros d'amende par soir, Manon se planque pour travailler mais là aussi, l'affaire est compliquée :

« Les bars ferment dans Paris, la police fait des descentes partout. Tous les gens qui “profitent” de notre argent risquent d'être inquiétés pour proxénétisme. Y compris la personne qui loue un appartement à une prostituée ou l'informaticien qui nous aide à faire un site. Bon, moi, je suis inscrite sur des sites gratuits… Mais voilà, tout est fait pour nous isoler. Il faut quand même redéfinir ce terme de proxénétisme ! »

Si Manon dispose d'un compte en banque, elle ne l'utilise que ponctuellement pour ne pas éveiller les soupçons. Ses économies, elle les garde chez elle :

« C'est très important d'économiser parce qu'on n'a aucun filet de sécurité en cas de pépin. Cet argent-là, il est tout de suite dépensé à la moindre tuile. Je suis fourmi, limite radin, alors ça va. »

Comme la plupart des personnes interrogées par Eco89 pour cette rubrique, Manon, à la fin de l'entretien, est étonnée d'être toujours dans le rouge. Elle ne sent pas précaire mais déplore l'insécurité perpétuelle dans laquelle se trouvent les prostituées :

« Je ne sais jamais combien je vais gagner, si je vais travailler ou pas, si le client posera ou non un lapin, si une baby-sitter se déplacera à temps pour garder les enfants… Economiquement, je ne m'en sors pas si mal mal mais tant que je gagnerais de l'argent que je ne peux pas dépenser comme tout le monde, ce sera difficile. »

Photo : Audrey Cerdan

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Source Rue89.com
Par jeanfrisouster
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Mercredi 11 novembre 2009

Communauté : Les blogs citoyens

Un chien policier portugais cherche de la drogue à l'école de police (Jose Manuel Ribeiro/Reuters)


Le marché du disque ne va pas bien, décidément. Les données publiées par l'Observatoire de la musique sont franchement mauvaises.

Les données de septembre, les dernières disponibles, montrent que les ventes en France sont de 6% moindres qu'en septembre de l'année précédente.

2009_11_10_Musique_CD.jpgCe sont les ventes de singles qui souffrent le plus, avec une baisse de 45% par rapport à septembre 2008. Quant aux variétés françaises, elles plongent de 20%. Bref, l'heure continue d'être grave.

Notons que, dans le Top 10, un seul album est produit par un indépendant. Il s'agit du dernier Manu Chao, Baionarena, enregistré live dans les arènes de Bayonne durant l'été 2008, et produit par l'indépendant Because Music. Les indépendants sont à la peine.

Si l'on ajoute à ce tableau la baisse du nombre de nouvelles signatures d'artistes (moins 30% en 2008) et le fait que pour la première fois le nombre de contrats « rendus » est supérieur à celui des nouveaux contrats, on voit que le marasme continue.

Face à cette crise, il est frappant de noter la faiblesse de la part des ventes sur Internet, qui ne représentent, grosso modo, que 6% du marché. Les disques se vendent le plus souvent en grande surface spécialisée, et dans une moindre mesure, dans les grandes surfaces alimentaires.

Le marché de la musique digitale encore loin du compte

Près de la moitié des ventes de musique digitale se fait aux Etats-Unis. Atlantic Records est le premier label important à annoncer que ses ventes de musique digitale dépassent les ventes de disques en chiffre d'affaires.

Pourtant, au niveau mondial, le dernier rapport de l'IFPI fait état, pour ce qui est non pas du disque, mais de la seule musique numérisée, vendue sur des sites dédiés, d'une part de l'ordre de 20% du chiffre d'affaires total du secteur musical.

Or 20% c'est très peu. En effet, Internet est entré dans les vies quotidiennes, les taux d'équipement ont explosé, et l'offre commence à être de grande qualité. Les ventes destinées au téléphone n'ont jamais été aussi élevées.

Il existe environ 500 services de musique numérique dans le monde qui proposent plus de 6 millions de titres, soit 4 fois plus que ce que l'on peut trouver dans un megastore de musique. Mais les revenus générés demeurent faibles en regard des pertes supportées par le secteur durant de nombreuses années.

L'industrie musicale à la recherche d'un modèle

L'industrie musicale travaille à la combinaison de différents modèles d'affaires. Musique à la carte achetée dans des magasins numériques comme iTunes et Amazon, MP3, abonnements, royalties liées à la musique de films et de jeux vidéos, merchandising, sites d'écoute en streaming avec financement publicitaire, comme avec YouTube et MySpace, revenus des passages radio et du spectacle vivant.

Une voie de recherche réside autour de la vente de musique associée à des services, avec accès illimité à un catalogue à partir d'un abonnement initial. Telle l'initiative de Nokia avec son service de divertissement numérique Comes With Music.

Les clients qui achètent un téléphone associé au système Comes With Music peuvent profiter d'un catalogue étendu comprenant des millions de titres (6 millions dit-on) réalisées par des artistes internationaux et locaux, avec un accès illimité pendant un an.

Des offres qui ne trouvent pas leur public

Ces offres payantes ne marchent que très inégalement. Cette plateforme de téléchargement de Nokia a été lancée en Angleterre il y a un an. Selon le site Internet Music Ally, un peu plus de 100 000 utilisateurs de mobile Nokia, dans le monde, y ont adhéré, dont seulement 33000 en Angleterre et 2700 en Allemagne. Quant on connait le nombre de Nokia vendus par an (470 920 unités en 2008, soit une part de marché de 38,6 %), c'est très peu.

Comme le note le rapport de l'IFPI, les revenus de l'industrie musicale devraient provenir de plus en plus de partenariats avec les fabricants de matériels d'un côté et les fournisseurs d'accès de l'autre côté. Et sur ce terrain là, celui du partage des revenus, les négociations seront serrées, et pas nécessairement à l'avantage des pans les plus innovants de la création musicale.

 

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Source  Rue89.com
Par jeanfrisouster
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Mercredi 11 novembre 2009

Communauté : Les blogs républicains

Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy est arrivé le jeudi 9 novembre 1989 à Berlin, mais moi oui. Je suivais une délégation du Parti socialiste.


Contrairement à ce que dit le photographe du voyage des représentants du RPR, il était possible de comprendre, dès le 9 novembre, que quelque chose d'historique se passait à Berlin.

A l'époque, je « couvrais » le PS pour Le Monde. Le responsable des relations internationales du parti -alors au pouvoir un an après la réélection de François Mitterrand- était Pierre Guidoni, un des animateurs de l'ex-Ceres, devenu Socialisme et république, le courant de Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense dans le gouvernement de Michel Rocard.

Guidoni, mort en 2000, était un type épatant, un homme du Sud, élu député à Narbonne, chaleureux, plein d'humour, fin politique et fin diplomate. Ce 9 novembre, il décida de réunir une délégation du PS pour aller à Berlin, en embarquant quelques journalistes.

Nous avons atterri tard le soir, dans un avion privé, à Tempelhof. Des voitures -sans doute de l'administration de la zone française, où était situé l'aérodrome- nous ont emmenés à la porte de Brandebourg. Je n'oublierai jamais la porte, que je voyais pour la première fois, de même que le mur qui l'entourait.

Des gens étaient juchés dessus, devant des Vopos ambigus. Des projecteurs éclairaient la foule sur Unter Den Linden, l'avenue qui mène à la porte.

Comme une expérience de laboratoire prouvant l'attraction du marché

Un passage était ouvert, celui de la Bornholmer Strasse, je pense. Des gens passaient de l'Est à l'Ouest. Nous avons circulé une bonne partie de la nuit dans Berlin-Ouest, les yeux et les oreilles aux aguets. Sur le Kurfürstendamm -les Champs-Elysées de la ville-, des jeunes de l'Est n'en finissaient pas de déambuler de vitrine en vitrine, s'agglutinant aux vitres comme des papillons de nuit fascinés par les marchandises qui s'y proposaient.

Ils parcouraient toute la longueur d'un trottoir, puis celui d'en face, et ne pouvaient s'empêcher de recommencer. C'était comme une expérience de laboratoire prouvant l'irrésistible attraction du marché.

Le lendemain, nous sommes passés à l'Est. Il faisait assez froid pour que les chauffages aient été allumés dans les appartements, et l'on sentait partout l'odeur du lignite brûlé dans les chaudières.

Le contraste était saisissant : des rues presque désertes, une population invisible. On aurait dit que l'on sortait d'un film en Technicolor pour entrer dans un autre, en noir et blanc.

Rencontre à l'ambassade de France, dans une cage pour déjouer l'espionnage

A l'ambassade de France, l'ambassadrice, Joëlle Timsit -qui sera la conseillère diplomatique d'Edith Cresson- nous a emmenés dans la cage de Faraday, à côté de son bureau, pour nous raconter l'opposition, où elle connaissait tout le monde.

Le recours à la cage, pour déjouer l'espionnage électronique, me paraissait un peu théâtral, comme il elle avait voulu nous donner la couleur locale, du genre « L'Espion qui venait du froid ». En fait, c'était révélateur de la situation à ce moment-là. Rien ne permettait de dire avec certitude que c'en était fini du pouvoir communiste et de la RDA.

En sortant, après l'exposé passionnant de l'ambassadrice Guidoni rigolait. « Je vois ce que c'est », disait-il. « Au Quai [d'Orsay], ils ont dû se dire qu'il ne se passerait rien à Berlin-Est, et qu'ils pouvaient donc y envoyer une femme ! »

Nous sommes repartis pour Paris le 10 novembre, après une rencontre de la délégation socialiste française avec des sociaux-démocrates berlinois, si je me souviens bien.

L'idée des dirigeants du PS était que si le communisme se délitait, ce serait la revanche historique de la social-démocratie et que les peuples de l'Est se tourneraient vers elle. Ils oublaient que l'histoire ne repasse pas les plats.

► Corrigé le 10/11 à 12h30. Joëlle Timsit n'est pas devenue conseillère diplomatique d'Edouard Balladur, mais d'Edith Cresson.

Dessin de Mykaia

Par jeanfrisouster
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