Bygmalion : le « Who’s who » de ceux qui auraient dû réagir à l’UMP

Publié le 28 Mai 2014

The Usual Suspects 27/05/2014 à 19h07

Bygmalion : le « Who’s who » de ceux qui auraient dû réagir à l’UMP

Rémi Noyon | Journaliste

Tout en haut, il y avait Nicolas Sarkozy, Président sortant visant sa réélection. Derrière lui, le parti dirigé par Jean-François Copé et une équipe de campagne que le candidat voulait « jeune et légère ».

C’est dans l’entre-deux que s’est déployée l’affaire Bygmalion : un système de fausses factures aurait été mis en place pour faire passer des dépenses du candidat Sarkozy sur le compte de l’UMP ou constituer un magot secret.

Au bureau politique de ce mardi, c’était feu sur Copé. Le patron de l’UMP a accepté de démissionner le 15 juin pour laisser la place à une direction collégiale chargée de préparer un congrès anticipé, en octobre. Le temps de comprendre comment des millions d’euros ont pu ainsi passer sous le radar.

Passage en revue de ceux qui, selon l’organigramme, auraient dû réagir.

1

Le trésorier qui trouvait les chèques « élevés »

Dominique Dord

Dominique Dord, lors de l’université d’été de l’UMP en 2010 (WITT/SIPA)

En 2012, le trésorier du parti s’appelle Dominique Dord. Député de la Savoie, il a été nommé à ce poste en 2010, succédant à Eric Woerth. Ce dernier, devenu ministre du Budget, faisait mine de céder à une polémique sur ce cumul des fonctions. Surtout, il donnait des conseils avisés et prémonitoires à son successeur :

« Par principe, les politiques ont toujours beaucoup d’idées pour dépenser l’argent. Le trésorier doit donc avoir un poids politique pour les refréner. »

Bien vu. Selon les statuts du parti, c’est le trésorier qui est « responsable de la gestion des fonds ».

Après l’article du Point qui a révélé l’existence d’une « affaire Bygmalion », Jean-François Copé a fait distribuer un argumentaire supposé montrer l’extrême rigueur des contrôles...

Selon ce document [PDF], la mise en paiement (la signature du chèque) est validée par le trésorier pour les montants supérieurs à 250 euros.

Dominique Dord n’était pas joignable ce mardi après-midi, étant auditionné par la police judiciaire. Mais il se dit innocent, intègre et passablement énervé par les agissements de Jean-François Copé. Il a d’ailleurs quitté la fonction de trésorier à la fin novembre 2012, en pleine bataille Fillon/Copé. Il est alors remplacé par Catherine Vautrin, députée de la Marne.

Sur son blog, Dominique Dord explique ne pas avoir eu de moyens de contrôle :

« Je rappelle simplement que le trésorier à l’UMP n’est ni celui qui décide, ni celui qui valide une dépense. Le trésorier n’arrive qu’en bout de chaîne pour régler les factures des prestations certifiées réalisées. »

A nos collègues du Dauphiné Libéré, il explique avoir « signé des chèques qu’il trouvait très élevés », mais insiste :

« Un trésorier n’est pas l’ordonnateur d’un acte. Il paie une prestation qui a été décidée bien en amont et n’est pas en mesure de vérifier si toutes ont eu lieu. »

2

Le directeur général qui n’était au centre de rien

Eric Cesari

Eric Cesari, en 2013 (WITT/SIPA)

En 2008, Nicolas Sarkozy nomme Eric Cesari au poste de directeur général du parti. Ce dernier, conseiller municipal de Courbevoie, a gravité autour de Charles Pasqua avant de rejoindre le nouveau boss de la droite.

Cesari a un rôle central à l’UMP, entre l’administratif et le politique. C’est donc l’un de ceux qui signent les « engagements de dépenses », transmis au trésorier.

Logiquement, Copé a tenté de le charger, mais Cesari n’a, semble-t-il, pas envie de se laisser faire.

Dans Le Figaro, il assure qu’il n’avait pas la « signature bancaire », qui engage la responsabilité du parti. Promis, juré : il n’a serré la main de Bastien Millot qu’une seule fois, en 2011. Lui détourne tout sur Lavrilleux :

« Jérôme Lavrilleux était au centre de tout et Jean-François ne lui demandait jamais rien. »

3

Le directeur de cabinet qui n’a pas su arrêter le train

Jérôme Lavrilleux

Jérôme Lavrilleux, lors d’un débat à Arras, en 2014 (BAZIZ CHIBANE/SIPA)

Jérôme Lavrilleux a attendu les déclarations de l’avocat de Bygmalion et son élection au Parlement européen pour avouer des « dérapages » financiers lors de la campagne présidentielle.

Il était alors directeur de cabinet de Jean-François Copé et directeur adjoint de la campagne de Sarkozy. Deux casquettes qui font de lui le maillon parfait.

A l’époque, les portraits sont dithyrambiques. On rapporte même le mot de Bastien Millot, patron de Bygmalion, qui le qualifie amicalement de « Rolls ». Le dimanche 11 mars, lors du meeting de Villepinte, la « Rolls » Lavrilleux parle de « col hors catégorie »... C’était déjà un aveu.

Selon Dominique Dord, chaque chèque était précédé de « quatre signatures » garantissant la réalité de la dépense. Cela correspond au fonctionnement écrit dans l’argumentaire distribué par Copé. Comme l’explique Libé, il s’agit, dans le cas présent :

  • du directeur de la communication du parti, Pierre Chassat (réputé proche de Copé) ;
  • de la directrice des finances, Fabienne Liadze ;
  • du directeur général, Eric Cesari ;
  • puis du directeur de cabinet, Jérôme Lavrilleux.

Lavrilleux était donc en bout de décision. Lors de son passage larmoyant à BFM-TV, le nouveau député européen a dédouané Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy. C’est le maillon sans chaîne.

4

La commission de contrôle de la gestion financière, qui n’avait pas les pouvoirs de voir

Jea-François Copé, lors d’une conférence de presse au siège de l’UMP (WITT/SIPA)

Un contrôle des finances du parti ? Mais, cher ami, cela existe déjà ! C’est en substance ce qu’a longtemps répondu Jean-François Copé lorsqu’on l’interrogeait sur l’affaire Bygmalion.

Le patron de l’UMP dit vrai. Les statuts prévoient une commission de contrôle de la gestion financière, composée de dix membres.

Celle-ci se réunit grosso modo une fois l’an avant la transmission des fonds à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

Copé ose parler de « Cour des comptes » de l’UMP.

Mais de l’aveu même d’une membre de la commission, jointe par Rue89, celle-ci n’a aucun pouvoir de contrôle et n’a pas accès aux factures et documents comptables. Elle ne fait que valider le rapport des commissaires aux comptes.

5

Les commissaires aux comptes qui ont certifié, comme chaque année

Sygnatures et Fiduciaire Expertises

Chaque année, l’UMP fait valider ses comptes par deux cabinets de commissaires. Il s’agit des agences Sygnatures et Fiduciaire Expertises Conseils. Contactées, celles-ci ne souhaitent pas nous répondre, expliquant qu’elles sont soumises au secret professionnel.

A l’UMP, on regrette que les commissaires n’aient pas vu que des sommes importantes correspondaient en réalité à des conventions fictives, mais on admet qu’il est difficile pour eux de vérifier la réalité d’une dépense.

6

La commission externe, qui, sans pouvoirs, réclame la transparence

La CNCCFP

Voir le document

(Fichier PDF)

Une fois le rapport établi [PDF], il est envoyé à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Cet organisme indépendant ne reçoit donc pas les factures détaillées, mais uniquement les grandes masses financières.

Lorsque les partis expliquent que leurs comptes sont « scrutés » par la CNCCFP, il ne s’agit donc que d’un enfumage.

Son président, François Logerot, reconnaît volontiers les limites de la CNCCFP et demande à avoir accès aux factures du parti, comme il a accès aux factures de campagne.

7

Le trésorier de campagne qui ne faisait que transmettre les devis

Philippe Briand

Philippe Briand, dans les locaux de la campagne Sarkozy (WITT/SIPA)

Du côté de la campagne du candidat Sarkozy, l’association nationale de financement était menée par le député Philippe Briand. Ce dernier est aussi questeur de l’Assemblée nationale et devrait donc avoir quelques compétences en gestion financière.

Pourtant, Philippe Briand assure n’avoir rien vu et explique n’avoir fait que valider les devis et les transmettre pour paiement :

« Je n’ai jamais eu à faire passer des factures sur le côté. Ce n’est pas le genre de la maison. Je suis assez abasourdi par ce que l’on entend de révélations. 13 millions de dépenses pour les meetings, ça me semblait déjà très important, si on dit qu’il y a 11 millions de plus, je trouve que c’est incroyable. »

8

Le directeur de campagne qui ne sort plus de son bureau

Guillaume Lambert

Guillaume Lambert, en 2012 (WITT/SIPA)

C’est l’autre personnage important dans la campagne de Nicolas Sarkozy. Guillaume Lambert, aujourd’hui préfet de Lozère, a été le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, après avoir occupé le poste de chef de cabinet du président de la République.

Une agence de communication qui a travaillé sur la campagne, en collaboration avec Bygmalion, explique ne pas avoir eu affaire à Philippe Briand, mais bien à Guillaume Lambert et Jérôme Lavrilleux pour l’organisation des grands meetings.

Le service de presse de la préfecture nous fait savoir que Guillaume Lambert ne souhaite pas faire de déclarations. Il a même renoncé à se rendre à deux cérémonies prévues ce mardi après-midi, par crainte de « la pression médiatique ». Les journalistes sont d’autant plus excités que Lavrilleux n’a pas disculpé Lambert lors de son passage à BFM.

L’avocat de Guillaume Lambert affirme que son client était « totalement étranger » à l’affaire Bygmalion et qu’il n’a eu connaissances que des seules dépenses légales, à l’intérieur du plafond autorisé.

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Rédigé par http://rue89.nouvelobs.com

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