A Ilbarritz (64), le château fait toujours rêver

Publié le 29 Août 2013

A Ilbarritz (64), le château fait toujours rêver

Actuellement à vendre, la demeure du baron de l’Espée sise à Bidart fascine toujours autant les foules et suscite bien des controverses. Un livre chez Atlantica rallume la mèche .

Christophe Luraschi aura-t-il le plaisir de voir un jour le château d’Ilbarritz, où il a passé une bonne partie de sa jeunesse, connaître de nouveau un destin brillant et peut-être rouvrir ses portes au public ? Manager à Milan au sein de la maison Bottega Veneta, propriété de Kering, l’empire du luxe dirigé par François-Henri Pinault, l’homme est fasciné depuis toujours par le baron Albert de l’Espée. Il y a quinze ans, il a publié une biographie du créateur de cette demeure chimérique, plantée sur une colline dominant Biarritz et toute la côte.

En décidant cet été de rééditer l’ouvrage à succès dans une version remaniée, la maison Atlantica, de Biarritz, contribue involontairement à rallumer la mèche. En effet, la controverse au sujet du devenir du château est en sourdine, mais reste toujours d’actualité.

« Depuis bientôt vingt-cinq ans, et son rachat par la Chaîne thermale du soleil, j’ai le sentiment que rien ne bouge et que ce fantastique patrimoine est laissé à l’abandon », estime Christophe Luraschi, qui est aussi l’un des animateurs de l’association Les Amis du château d’Ilbarritz. En 2011, lors de la découverte de l’annonce immobilière dans le « Financial Times », concernant la vente d’Ilbarritz, le président de l’association, Alexandre de La Cerda, avait lui aussi estimé que cette « nouvelle était plutôt un signal d’espoir pour réveiller “la belle endormie” ».

Trois ans après, le château d’Ilbarritz n’a toujours pas trouvé de généreux et richissimes mécènes qui pourraient s’offrir la vue somptueuse qui embrasse tout le golfe de Gascogne et ses alentours. Tout en finançant la profonde et coûteuse rénovation du bâtiment, qui a bénéficié de plusieurs chantiers de protection, notamment après les tempêtes de 1999 et de 2009.

« En venant s’installer ici en 1894, Albert de l’Espée ne se trompait pas », souligne aujourd’hui encore Christophe Luraschi, dont la mère a travaillé pendant des années dans l’hôtel. Ce dernier fut ouvert dans le château jusqu’au rachat de la bâtisse par Adrien Barthélémy, en 1986. Pour l’anecdote, la propriété avait été adjugée 350 000 francs une première fois, puis 3 millions de francs en appel (450 000 euros). En 2011, elle aurait été mise à prix entre 5 et 7 millions d’euros !

Mais la vue et la situation imprenable, ainsi que le plaisir d’entrer dans une demeure exceptionnelle, témoignage rare de l’architecture hygiéniste, ne suffisent pas pour motiver des acheteurs potentiels.

« Cette demeure est un joyau méconnu du courant moderniste de l’art nouveau. C’est un parti pris résolument rationaliste, utilisant le fer et la fonte aussi bien en structure qu’en façade, privilégiant le côté pratique aux contraintes esthétiques », aime détailler Jean-Loup Ménochet, à la fois gardien et conservateur du château.

Depuis que Michel Guérard et son épouse, Christine, fille d’Adrien Barthélémy, lui ont donné pour mission de veiller sur leur bien, Jean-Loup Ménochet s’est attelé lui aussi à percer les secrets d’Ilbarritz, essayant notamment, en vain, de réhabiliter une vision un peu moins wagnérienne et misanthropique d’Albert de l’Espée. « Ce fut un homme très en avance sur son temps, un bâtisseur visionnaire, d’Ilbarritz à Belle-Île-en-Mer. Il construisit aussi des pavillons de chasse audacieux sur un pic de l’Estérel et à Saint-Vallier-de-Thiey, dans l’arrière-pays cannois. Ce qu’il faut savoir, c’est pourquoi il faisait construire ce type de maison et ce qu’il recherchait », glisse Jean-Loup Ménochet.

Michel et Christine Guérard, qui rêvaient après Adrien Barthélémy de transformer le château en hôtel et restaurant de luxe, ont décidé aujourd’hui de se charger eux-mêmes et dans la discrétion de la vente d’Ilbarritz. Le classement au titre des Monuments historiques d’une bonne partie de la demeure a beaucoup contrarié leur projet initial. Une longue procédure judiciaire perdue (de 1990 et 2010), entre la Chaîne thermale du soleil et le syndicat intercommunal (Siazim), qui avait préempté une partie des terrains du domaine pour créer le centre d’entraînement de golf d’Ilbarritz, aurait achevé de décourager le chef triplement étoilé d’Eugénie-les-Bains.

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