2012 : et si la gauche jouait la cohabitation avec Sarkozy ?

Publié le 21 Décembre 2011

Stratège  

Auteur   Eric Dupin
Journaliste
 

Photomontage de François Hollande à Saint Andre-des-Eaux le 19 décembre 2011 (Stéphane Mahé/Reuters) et Nicolas Sarkozy à l'Elysée, le 26 septembre 2011 (Eric Feferberg/Reuters)

Il est grand temps de piquer les fesses de François Hollande. Auréolé par son gros million et demi de voix à la « primaire citoyenne » et par des sondages toujours exceptionnellement flatteurs, le candidat socialiste est un tout petit peu trop sûr de lui.

Se prenant sans plus attendre pour « le prochain Président » », le patron de la Corrèze ne craint pas d'irriter l'électorat de gauche. Un jour, il fait risette à François Bayrou, au risque de se couper définitivement du Front de Gauche. Le lendemain, il clarifie, dans un sens différent de celui du Projet socialiste, sa position sur les retraites – ce dont il s'était bien gardé pendant la campagne de la primaire.

« Modérantisme » et cynisme

Cette stratégie « modérantiste » et « centroïde » repose toute entière sur un calcul un peu cynique : chauffé à blanc par son antisarkozysme, l'électorat de gauche n'aurait d'autre choix que de le soutenir au moment décisif. « Entre Sarkozy et Hollande, il ne manquera pas une voix, que ce soit celles de Mélenchon, Joly ou les autres », pronostique d'ores et déjà Pierre Moscovici, le directeur de campagne du candidat socialiste.

Hollande aurait ainsi les coudées franches pour draguer sur sa droite afin de s'attirer les faveurs d'un électorat centriste dont les politologues sans imagination (et sans mémoire) nous répètent qu'il arbitre les élections.

Une autre alternance est possible

Et si les choses étaient légèrement moins simples ? Pourquoi l'électorat de gauche aspirant à un véritable changement n'explorerait-il pas une autre voie que celle d'une présidence hollandaise vouée, selon toute probabilité, au compromis permanent ? Le candidat socialiste n'est peut-être pas aussi incontournable qu'il ne l'imagine.

L'alternance tant désirée par les Français pourrait aussi passer par l'élection d'une majorité de gauche à l'Assemblée nationale. C'est l'hypothèse d'une cohabitation avec un Nicolas Sarkozy réélu à l'Elysée mais désavoué aux législatives et, par là-même, privé de l'essentiel de son pouvoir sur les affaires du pays.

Le chroniqueur Bruno Roger-Petit s'est risqué à accréditer l'étrange rumeur – tout en précisant que « ce n'est pas ce que dit la rumeur qui est information, c'est l'existence même de la rumeur qui est information » – selon laquelle Martine Aubry caresserait secrètement cette stratégie.

Nous nous garderons de le suivre sur ce périlleux sentier. Observons simplement qu'une nouvelle cohabitation institutionnelle en 2012 présenterait au moins trois avantages pour les tenants d'une gauche ferme.

1

Un retour d'Aubry à la manœuvre

 

Un échec de Hollande à l'élection présidentielle, dans un contexte aussi favorable à la gauche, signerait certainement sa mise à l'écart. Patronne du PS, c'est Aubry qui conduirait les troupes socialistes à l'hypothétique victoire législative. Chef du principal parti de la majorité, c'est logiquement elle qui serait appelée à l'hôtel Matignon en cas de succès. Les électeurs allergiques à la « gauche molle » en seraient fort aise.

Car les événements récents ont tout de même confirmé que les finalistes de la primaire socialiste représentaient deux orientations politiques sensiblement différentes. Sur la sortie du nucléaire comme sur les orientations sociaux-économiques, le changement de pied des négociateurs du PS face à EELV l'a démontré.

2

Une majorité de gauche plurielle

 

Sans l'effet d'entraînement d'une victoire présidentielle, la majorité de gauche à l'Assemblée nationale devrait être moins écrasante. Autrement dit, le PS aurait peu de chances de conquérir, à lui seul, une majorité absolue de sièges au Palais-Bourbon. C'est un inconvénient pour les dirigeants socialistes, mais un avantage pour les autres formations de gauche.

Le futur gouvernement serait contraint de tenir compter des positions des écologistes et du Front de Gauche. Et la perspective d'une alliance avec Bayrou s'évanouirait dans la nature. Un équilibre politique différent de celui qui résulterait d'une présidence Hollande pratiquant « l'ouverture » au centre.

3

Une logique parlementaire réaffirmée

 

Cette quatrième expérience de cohabitation marquerait un tournant dans les pratiques institutionnelles de la Ve République. Pour la première fois, un président nouvellement réélu serait désavoué, quelques semaines plus tard, par le suffrage universel. En 1986 et 1993 comme en 1997, ce n'est qu'après plusieurs années de présidence que Mitterrand puis Chirac perdirent leur majorité parlementaire.

Cette innovation mettrait à mal la monarchie élective qui entache la démocratie française depuis des décennies. Tous ceux qui, à gauche, souffrent de l'excessive personnalisation de la vie politique qui en résulte, ne manqueront pas de s'en réjouir. L'ère du bon plaisir élyséen céderait la place à une gouvernance plus respectueuse des forces en présence.

L'épée de Damoclès de la dissolution

Bon, avant de vous précipiter sur les commentaires pour agonir ce scénario, laissez-moi en confesser les limites. La première tient, bien évidemment, à la personnalité de Sarkozy. S'il est un homme politique qui ne saurait « rester inerte », c'est bien lui. Son sens politique aigu, ses talents de communiquant et son infatigable activisme en feraient un redoutable partenaire de cohabitation. Nul doute qu'il s'emploierait à exploiter les divisions internes – qui ne manqueront pas – à la nouvelle majorité de gauche.

Sarkozy II serait d'autant plus dangereux qu'il disposerait de l'épée de Damoclès de la dissolution de l'Assemblée nationale. C'est lui qui pourrait librement choisir le moment où les Français reviendraient aux urnes pour lui rendre, éventuellement, le pouvoir. Mais pour un temps limité. Car l'avantage de la cohabitation en 2012 est tout de même d'empêcher Sarkozy de se présenter en 2017. La Constitution interdit désormais un troisième mandat présidentiel consécutif.

Le fric ou la revanche ?

S'il était battu l'année prochaine, l'animal politique Sarkozy pourrait bien préparer sa revanche cinq ans plus tard au lieu de se contenter de « faire du fric » comme il l'avait imprudemment laissé entendre.

Que les antisarkozystes obsessionnels y songent : au prix certes de quelques désagréments, le scénario cohabitationniste permet de se prémunir contre une nouvelle candidature présidentielle de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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