À Essaouira, avec Philippe Pozzo di Borgo, le véritable « intouchable »

Publié le 12 Février 2012

Auteur Cédric Baylocq-Sassoubre, au Maroc
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À Essaouira, avec Philippe Pozzo di Borgo, le véritable « intouchable »

Au Maroc, où il vit avec son aide Abdel Sellou, nous avons rencontré le héros du film « Intouchables », qui a conquis 20 millions de Français

Abdel Sellou et Philippe Pozzo di Borgo, vrais « intouchables », vrais amis.

Abdel Sellou et Philippe Pozzo di Borgo, vrais « intouchables », vrais amis. (photo C. Baylocq -Sassoubre)

Le soleil disparaît de l'horizon, auréolant l'île de Mogador d'un sublime halo orangé. Beaucoup d'oiseaux rares ont élu domicile sur ce bout de terre face à Essaouira, port et porte d'entrée du Sud marocain. Sur cette façade atlantique, un autre oiseau rare aux ailes brisées s'est posé : « J'ai cherché l'endroit du globe où il y avait le moins de pression atmosphérique et de chaleur possible : c'est Essaouira », explique, « pragmatique » (mot qui revient régulièrement dans le film), Philippe Pozzo di Borgo.

Installé depuis huit ans, remarié à une Marocaine, il coule à 60 ans des jours paisibles depuis deux ans dans une belle villa. C'est là que le producteur Nicolas Duval-Adassovsky est venu le rencontrer, flanqué de ses inséparables réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakkache : « Un type assez formidable, taiseux mais brillant », se souvient l'aristocrate (1) devenu paraplégique à la suite d'un accident de parapente en 1993, suivi de neuf mois de coma.

 

Mireille Dumas ébahie

Son histoire et celle de son aide à domicile Abdel Sellou, jeune des cités en rupture de ban, avaient piqué sa curiosité. Comme elle avait piqué en 2001 celle de Mireille Dumas : ébahie par ce couple improbable, elle avait invité Philippe et Abdel dans « Vie privée, vie publique », puis produit un documentaire sur leur vie (2). C'est de lui que s'inspire « Intouchables » (3) et surtout de l'autobiographie de Pozzo di Borgo, « Le Second Souffle ».

Les spectateurs pouvaient-ils se retrouver dans les trajectoires de ces « marginaux », si attachants soient-ils ? « Oui, répond l'inspirateur du film : je suis un ex-businessman, j'essaie de savoir ce qui se passe dans la tête du client (rires)… Ici du spectateur. On ne peut pas avoir 20 millions de spectateurs s'ils ne s'identifient pas. Surtout qu'en général ils applaudissent à la fin. Je suis convaincu que ces personnes sont quelque part handicapées ! »

Jean-François Lemoîne, l'exemple

Et de détailler : « Je vis dans un paradis, loin des tracas de la crise, mais je comprends que les gens des villes se sentent seuls. Tout d'un coup, ils voient ces deux mecs paumés, un peu esseulés eux aussi, qui finalement prennent leur pied. Et ça leur montre qu'il y a peut-être une autre possibilité que de faire grise mine », analyse-t-il en sondeur des âmes, forgé par ses milliers de rencontres du temps où il était grand patron (d'Abbott aux champagnes Pommery-Lançon, en passant par LVMH) autant que par son appétit littéraire. « Dans le titre du film, la lettre qui compte est celle qui ne s'entend pas : le "s" », insiste-t-il.

Avant d'incarner le paradoxe du tétraplégique soignant des millions de gens, il a parcouru un chemin de croix. Et comme Simon de Cyrène (nom de son association d'aide aux traumatisés crâniens) l'a fait pour Jésus, certains l'ont aidé à la porter. Un des premiers fut Jean-François Lemoîne, l'ancien PDG de « Sud Ouest », lui aussi resté tétraplégique après un accident de la route en 1991. Alors que Pozzo di Borgo était dans le coma, sa femme avait recueilli les conseils d'Hélène Lemoîne : « Il a longtemps dirigé "Sud Ouest" en étant aussi abîmé que moi. Cela avait donné espoir à ma femme. Un type étonnant… »

Sorti du coma, il lui faut trouver des bras et un corps de substitution. Le recrutement tragicomique d'Omar Sy dans le film raconte la vérité de celui d'Abdel Sellou en 1994 : « Je ne regarde pas le CV, c'est un attrape-couillon ! Vous prenez le gars tel qu'il est et vous l'interrogez. J'ai vu beaucoup de gens gentils, qui prennent une voix mielleuse comme s'ils parlaient à quelqu'un incapable de comprendre. Mais j'avais besoin d'un gars rapide, costaud et astucieux. Je me foutais de savoir comment il s'exprime. Je l'ai retenu par pragmatisme. »

Énergie de survie

C'est après la mort de l'épouse de Philippe qu'Abdel se révèle être, outre ses qualités pratiques, « le garçon généreux, le soutien moral » dont Philippe avait besoin, au moment où il se « sentait partir ». Comme si, entre leur « marginalité » respective, s'était établie une passerelle : « Il y a chez lui un instinct de survie, une énergie doublés d'un « je-m'en-foutisme » complet sur le sens de la vie.

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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