A Fukushima, une contamination « à durée indéterminée »

Publié le 19 Mai 2011

Ce n'est pas que la situation se soit brutalement aggravée à Fukushima. Seulement Tepco a fini par admettre, deux mois après le séisme, que l'ampleur des dégâts était bien pire qu'envisagé sur le coup. Pour la première fois, l'opérateur japonais a pu pénétrer début mai à l'intérieur de la centrale endommagée. Après le réacteur 1, qui a réservé des surprises, la deuxième tranche a été ouverte ce mercredi.

Qu'ont découvert les employés, emmitouflés dans leurs combinaisons de protection et de masques à oxygène, durant les quatorze minutes de leur visite ?

Le cœur du réacteur numéro 1 a totalement fondu, contrairement à ce qu'avait annoncé Tepco initialement. Le combustible est transformé en corium, cette lave brûlante, qui se fraie un chemin imprévisible au fond de la cuve et qui peut contaminer l'environnement.

L'état de ce magma en fusion est trouble. Le directeur de la sûreté des installations de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Thierry Charles, relativise :

« Si la cuve du réacteur 1 est percée, ce sera comme pour le réacteur 2 et 3. Actuellement, le corium tombe sur le béton et de l'azote est injecté pour éviter une explosion. »

Sophia Majnoni, chargée de campagne nucléaire à Greenpeace, n'est pas de cet avis :

« Si ce corium a déjà percé la cuve, c'est le scénario du pire. Notamment parce que s'il entre en contact violent avec l'eau, il y a un risque d'explosion à l'hydrogène.

La situation n'est plus sous contrôle du tout. La contamination va continuer pour une durée indéterminée. »

« Il n'est rien possible de prévoir »

Tepco vient de reconnaître que, pour ce réacteur numéro 1, la fusion du cœur a démarré dans les cinq heures qui ont suivi le séisme. L'entreprise le savait-elle déjà lorsqu'elle a pris la décision de l'inonder d'eau de mer, et donc de l'abandonner ?

Difficile, pour certains experts, d'avoir encore confiance dans la parole de Tepco, surtout depuis qu'on a appris que le système d'arrêt de la centrale n'a pas été victime que du tsunami, mais déjà du séisme. Un aveu tardif de Tepco.

Mycle Schneider, expert indépendant, remarque :

« C'est une cocotte-minute cassée qui continue de chauffer. S'il est indispensable de faire des scénarios, il n'est rien possible de prévoir. Quand Tepco fait des prévisions à six-neuf mois, ça ne vaut pas un clou. »

Car il n'y a pas que la première tranche. Les autres aussi inquiètent, comme l'explique l'ingénieur nucléaire américain Arnie Gundersen, dans cette vidéo diffusée sur le site Fairewinds associates, chaque réacteur rencontre ses propres problèmes. (Voir la vidéo, en anglais)

Le réacteur numéro 4 menacerait carrément de s'écrouler. Tepco envisage des travaux pour colmater, « mais dans un environnement aussi dangereux, ça ne peut être que du bricolage », remarque Mycle Schneider.

Tepco cherche désormais à mettre en place un circuit fermé pour éviter que l'eau radioactive ne se répande dans l'environnement, mais selon le blog Sciences de Libération :

« Il faudrait un à deux mois, au mieux, pour installer le système, puis plusieurs mois de fonctionnement pour évacuer toute la chaleur résiduelle, produite par la désintégration radioactive de produits de fission. »

A quand la transparence sur les faibles doses ?

Reste à savoir si la radioactivité toujours émise par la centrale menace les populations. Thierry Charles, de l'IRS, explique :

« Il y a encore des rejets continus mais très faibles et localement.

Des villages continuent d'être évacués lorsque des doses supérieures à celles autorisées pour les salariés du nucléaire sont mesurées (soit 20 mSv par an). »

Mais ces doses, vingt fois supérieures à la dose normalement admise, causeront des dégâts sur la santé des populations, et surtout sur les enfants. « La prochaine étape, c'est la transparence sur les faibles doses », espère Greenpeace.

Preuve que le gouvernement japonais prend ses distances avec le nucléaire, le Premier ministre a fait stopper la centrale de Hamaoka, située dans une région à forte activité sismique dans le centre de l'archipel. C'était pourtant là que le plus récent réacteur du pays avait été mis en service, en 2005.

Dessin de Na!

Illustration : dessin de Na !

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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