A l'Assemblée, Bachelot esquive le débat sur l'euthanasie

Publié le 21 Novembre 2009

Chantal Chanel, jugée pour avoir euthanasié une patiente souffrant d'un cancer et finalemen acquittée (Régis Duvignau/Reuters)


Il est décidément difficile d'avoir un débat serein en France sur la fin de vie. A l'Assemblée nationale ce jeudi, la séance a tourné court. Les députés devaient débattre de la proposition de loi socialiste sur le « droit à finir sa vie dans la dignité » qui vise à instaurer l'euthanasie active.


Roselyne Bachelot a demandé la « réserve du vote » pour empêcher une discussion article par article qui aurait laissé apparaître les divisions traversant la droite comme la gauche. Un vote global sur le texte aura lieu mardi, mais il a de grandes chances d'être rejeté.

« Faire de la volonté du patient le seul élément pour décider »

Pourtant, depuis 2005, la loi Léonetti a déjà permis de mettre fin à l'acharnement thérapeutique, en somme de débrancher des patients dont le cas est désespéré. Sauf que, pour l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) menée par Jean-Luc Roméro (UMP), elle est hypocrite. Comme l'explique Philippe Loheac, son délégué général :

« On estime que 10 000 euthanasies clandestines sont pratiquées en France chaque année, c'est un acte grave et illégal. La loi actuelle permet de donner la mort, mais c'est le médecin qui décide et pas le patient, et on ne sait pas quand l'échéance arrivera. Il faut faire de la volonté du patient le seul élément pour prendre une décision. »

Manuel Valls, auteur de la nouvelle proposition de loi entend instaurer un « nouveau droit de l'homme pour le XXIe siècle », en proposant une aide active à mourir, encadrée.

« Ce que ces gens demandent, c'est de ne pas vivre comme ça »

« Les Français sont pour à 86% », clame l'ADMD, citant à l'appui un sondage BVA réalisé en mai. Interrogés hors contexte, peut-être. Mais que peut-on savoir de ce qu'on pensera le jour où on en sera « là », « en fin de vie », c'est-à-dire en phase avancée ou terminale d'une maladie grave et incurable ?

En en discutant avec ceux qui sont aux plus près des mourants, on voit que le choix serait bien plus complexe. Ainsi, Catherine Martarellli, bénévole dans des hôpitaux, au domicile ou dans des maisons de retraite pour l'association (laïque) Jusqu'à la mort, accompagner la vie (JALMALV), témoigne de ce qu'elle voit au quotidien :

« Quand j'entends des personnes qui demandent à mourir, je prends le temps d'entendre pourquoi, et souvent, ce qu'ils veulent vraiment, c'est en fait une place en soins palliatifs. Or les hôpitaux en ferment par dizaines et les gens qui demandent à mourir chez eux restent seuls faute de moyens, c'est inadmissible.

Au bout du compte, souvent ce que ces gens demandent, c'est de ne pas vivre comme ça, de ne pas subir la douleur. Je les aide à avoir une bonne vie avant la mort. »

« Par définition, l'euthanasie est un geste actif »

La Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), qui regroupe les personnels du soin palliatif, dresse un constat bien différent des promoteurs de l'euthanasie active. Sa présidente, Anne Richard, chef de service soins palliatifs au CHU de Saint-Etienne, assure :

« Il y a peu de demandes d'euthanasie, et la plupart du temps quand on a saisi le problème, la demande s'envole une fois que les patients sont en soins palliatifs et que la douleur est soulagée. »

Pour elle, la loi Léonetti suffit en l'état à assurer le droit à finir sa vie dans la dignité, et le débat autour de l'euthanasie semble piégé, déjà pour des raisons sémantiques :

« Dire “euthanasie passive” est un non sens, par définition l'euthanasie est un geste actif, c'est de donner la mort. Dire euthanasie active est un pléonasme. »

90% des Français pour les soins palliatifs

La SFAP avance une autre enquête et d'autres chiffres : selon un sondage Ipsos en partenariat avec la Fondation de France, neuf Français sur dix sont pour les soins palliatifs. La loi Léonetti devrait surtout être mieux connue, car l'opinion publique comme une grande partie des médecins l'ignore.

Pourtant, c'est assez simple. Anne Richard la décrypte :

  • Pour les malades conscients : ils peuvent demander à mourir, en clair d'arrêter les traitements qui les maintiennent en vie. On explique aux malades ce qui va arriver et on se doit de respecter leur souhait et d'en parler avec famille.
  • Si le malade n'est pas conscient : là on doit consulter des »directives anticipées » qu'il aurait remplies de sa main auparavant demandant à ce qu'il n'y ait pas d'acharnement thérapeutique, ou sinon on consulte la »personne de confiance » (la famille, un proche, ça peut se dire devant notaire ou en famille, à l'oral ou écrit) désignée par le malade.

    Si personne n'est désigné, on consulte l'ensemble de l'entourage proche, puis le médecin doit consulter deux confrères avant de prendre la décision d'arrêter le traitement qui prolongent artificiellement la vie.

Pour cette spécialiste, vouloir légiférer c'est « proposer une réponse simpliste à des questions complexes. » Et vous, pensez-vous que la loi actuelle suffit ou qu'il faut légiférer pour permettre une euthanasie active ?

 

 

Photo : Chantal Chanel, jugée pour avoir euthanasié une patiente souffrant d'un cancer et finalement acquittée (Régis Duvignau/Reuters)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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