A l'Elysée, la chasse aux rumeurs sur les Sarkozy s'emballe

Publié le 6 Avril 2010

Pierre Charon, conseiller de Sarkozy, s'interroge sur « une espèce de complot organisé avec des mouvements financiers ».

Claude Guéant, Pierre Charon, Carla Bruni et Henri Guaino au palais de Versailles en juin 2009 (Eric Feferberg/Reuters)

« C'est le travail de la police, pas le mien. » Conseiller du Président, Pierre Charon assure à Rue89 qu'il n'a pas la moindre idée de qui serait responsable de rumeurs de supposées infidélités au sein du couple Sarkozy.

A la manœuvre dans la chasse à la rumeur, le conseiller en communication du Président appuie -même s'il se défend de l'avoir demandée- en revanche la décision du Journal du Dimanche de porter plainte contre X le 25 mars pour « introduction frauduleuse de données dans un système informatique », plainte révélée par le Nouvelobs.com.

Ce que vise l'expression « introduction frauduleuse de données » ?

La publication le 9 mars sur un blog du JDD de rumeurs d'infidélité par un employé du groupe Lagardère embauché pour doper l'audience du site. Le post avait été repris par la presse internationale avec l'estampille « selon Le Journal du Dimanche » (parfois qualifié de « prestigieux »).

Deux « démissions » ne suffisaient donc pas. En début de semaine dernière, le directeur des opérations de Newsweb, la filiale du groupe Lagardère qui édite notamment le JDD.fr, et un responsable marketing avaient démissionné. Ce dernier, Mickaël L., 23 ans, avait reconnu avoir publié le fameux post.

L'Elysée a « fortement incité » le JDD à déposer plainte

L'article du Nouvel Observateur retrace par le menu les événements qui ont finalement poussé la direction du journal à déposer plainte. L'hebdo, tout comme Le Monde daté des 4 et 5 avril, est affirmatif : l'Elysée a « fortement incité » le JDD à saisir la justice. L'avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, et son conseiller en communication, Pierre Charon, se chargent de l'affaire.

Interrogé par l'hebdomadaire, Pierre Charon explique, à propos de la bévue du JDD :

« Nous faisons de cette ignominie un “casus belli”. Nous voulons aller jusqu'au bout pour que cela ne se reproduise plus jamais. Comme on dit, la peur doit changer de camp. »

A la rédaction du JDD, où la plainte du journal a alimenté toutes les conversations samedi, cette dernière phrase n'est pas du tout passée. Un journaliste :

« Ça sonne comme des menaces. Il y a déjà eu une lettre d'excuse du directeur de la rédaction au couple présidentiel, puis les renvois des deux salariés de Newsweb, et maintenant une plainte…

Et après ? Il faut savoir raison garder ! »

Charon : « Il fallait qu'il y ait une procédure judiciaire »

Joint par Rue89, Pierre Charon explique pourquoi il emploie des termes aussi forts :

« C'est pour signifier que maintenant, ça suffit les conneries de la part de tous ceux qui colportent ça. Ça dépasse l'entendement ! Le fait que ça se retrouve sur un site comme celui du JDD, ça dépasse le stade de la rumeur. C'est inadmissible.

En disant que la peur doit changer de camp, j'exprime une colère face à un tsunami d'ignominies. »

Cette colère ne l'a cependant pas poussé à intervenir directement auprès du JDD, assure-t-il :

« Avec Me Herzog, je suis intervenu auprès de sites Internet étrangers, notamment en Hollande, qui avaient repris cette rumeur en utilisant un vocabulaire porno.

Mais une enquête de police judiciaire est plus sérieuse qu'un coup de fil. Olivier Jay [directeur de la rédaction du JDD, ndlr] est quelqu'un de charmant, mais dans cette affaire, il a été un peu dépassé.

Pour que la peur change de camp, il fallait qu'il y ait une procédure judiciaire. Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas. »

« M. Pompidou gardait sur lui les noms des responsables »

Selon Le Monde, la police a demandé à ses hackers de localiser la source des ragots, et les spécialistes d'Internet à l'Elysée travaillent aussi sur cette affaire.

Pour expliquer son indignation, Pierre Charon se projette dans l'histoire de France : « Imaginez un peu ce qui se serait passé si on avait dit ça de Mme de Gaulle ou de Mme Giscard d'Estaing ! » Quand je lui dis qu'« on » a colporté des rumeurs nauséabondes sur Mme Pompidou (pendant l'affaire Markovic), il répond :

« Oui, c'est vrai. D'ailleurs je crois savoir que M. Pompidou gardait toujours sur lui une liste des noms des responsables. »

Mercredi, Le Canard Enchaîné écrivait que Rachida Dati avait perdu quelques avantages (chauffeur, limousine et gardes du corps) « parce que le chef de l'Etat soupçonne l'ancienne ministre de la Justice de colporter, voire même d'être à l'origine des rumeurs sur la vie intime de Carlita et Chouchou ».

L'hebdo satirique ajoutait : « Elle ne doit pas être la seule, mais, sur ce sujet, l'Elysée ne rigole pas. »

Interrogé par le biais d'un message sur son répondeur, le directeur de la rédaction du JDD Olivier Jay, parti en week-end, n'a pas rappelé pour expliquer cette plainte qui semble servir plus les intérêts de l'Elysée que ceux de son journal, dans la mesure où il sait déjà comment la rumeur s'est retrouvée sur le site.

Mardi, la société des journalistes du Journal du Dimanche interrogera Olivier Jay sur ce dépôt de plainte.

 

Photo : Claude Guéant, Pierre Charon, Carla Bruni et Henri Guaino au palais de Versailles, lors du discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès en juin 2009 (Eric Feferberg/Reuters)

Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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