A la Une Affaire Robert Boulin : la famille avance des éléments nouveaux

Publié le 26 Mars 2010

L'avocat de la famille Boulin a déposé ce mardi une requête pour rouvrir l'information judiciaire autour du décès de l'ancien ministre.

C'est le premier dossier à tomber sur le bureau de François Faletti, le nouveau procureur général de Paris. Le nouvel avocat de la famille Boulin a déposé ce mardi matin une requête pour rouvrir l'information judiciaire refermée en 1991. Selon Olivier Morice, Fabienne Boulin-Burgeat veut « faire reconnaître que son père ne s'est pas donné la mort mais qu'il a été assassiné ».

Cette seconde tentative de réouverture du dossier, après un échec en 2007, repose sur trois éléments principaux :

  • la perspective de mener de nouvelles expertises scientifiques ;

  • de nouveaux témoignages, révélés par France Inter ;

  • des documents inédits.

Appliquer la jurisprudence « test ADN » de l'affaire Grégory

Télécharger les lettres attribuées à Robert BoulinLa thèse du suicide du ministre du Travail s'appuie sur des lettres reçues le surlendemain de sa mort. Elles commencent par « j'ai décidé de mettre fin à mes jours ». Deux réserves pourtant :

  1. Personne n'a vu Robert Boulin poster ces lettres. Seul le postier de permanence à Montfort l'Amaury voit de grosses enveloppes tomber dans sa boîte, le 29 octobre 1979 vers 17 heures. De grosses lettres qui ne sont pas assez affranchies, mais qui portent la mention « ministère du Travail ».

  2. La lettre ci-contre ressemble fort à un montage reprenant une vraie missive en réponse à l'affaire du terrain de Ramatuelle que le ministre voulait faire publier dans Le Monde, à laquelle les mentions de début (« J'ai décidé de mettre fin à mes jours ») et de fin ont été ajoutées.

L'original de cette lettre n'a d'ailleurs jamais été retrouvé par les enquêteurs. Mais plusieurs copies existent, qui permettraient de faire des relevés de traces ADN, comme cela a récemment été le cas dans l'affaire Grégory.

Techniquement, cela paraît possible, le kinésithérapeute de Robert Boulin ayant conservé une mèche de cheveux de son ami.

Parmi les nouveaux témoins, un ministre gaulliste historique

Deuxième raison qui, aux yeux de la famille, justifie la réouverture de l'enquête : les témoignages de plusieurs anciens gaullistes. Rue89 avait publié le témoignage éclairant de Jean Mauriac, ancien journaliste de l'AFP accrédité à l'Elysée :

« Deux personnes m'ont assuré de l'assassinat de Robert Boulin : Michel Jobert et Olivier Guichard. Quand un homme aussi au courant des affaires policières et des arcanes du pouvoir qu'Olivier Guichard vous dit cela, ça ne laisse pas indifférent. Michel Jobert, lui, se basait sur la politique. Il disait que Robert Boulin faisait peur.

Pourquoi ? Parce qu'il en savait trop sur le financement du RPR, en particulier par le biais de Saddam Hussein. D'où les excellentes relations de Chirac avec Saddam Hussein. C'est ce que m'a dit Jobert. Dans le financement du RPR, il y a aussi Bongo et le Gabon. »

Autre confidence, recueillie par France Inter en 2009, celle de Jean Charbonnel. Cet ancien ministre gaulliste relate les propos d'Alexandre Sanguinetti, co-fondateur du SAC et chargé de la lutte anti-OAS pendant la guerre d'Algérie. Pas exactement un tendre.

Pour Sanguinetti, la mort de Boulin est bien un « assassinat ». Et il cite « deux personnalités politiques toujours vivantes » pouvant être impliquées dans l'affaire, ainsi que le nom d'une « organisation » pour qui « Robert Boulin constituait une menace, une gêne, une inquiétude ».

Fouiller dans les archives de la Ve République

Le dernier motif soulevé par l'avocat de la famille Boulin est inédit. Mais pourrait s'avérer riche en rebondissements… Le 27 août 2009, Benoît Collombat, auteur d'une longue et minutieuse enquête sur l'affaire, a reçu de la CIA une réponse à sa demande de FOIA (Freedom of information act).

L'agence de renseignement américaine indique que le dossier sur la mort de Robert Boulin est classifié et qu'il ne peut être consulté, car il est susceptible de mettre en cause « la défense nationale » et « les affaires étrangères ». Drôle de conclusion pour un suicide.

Maître Morice réclame donc aux autorités judiciaires de lancer une recherche de documents dans les archives françaises, dans le cas où celles-ci feraient également l'objet d'une classification. Les placards de la DST et de la DGSE pourraient alors réserver quelques surprises.

 

Un homme à abattre

Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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EnPassant 12/09/2015 10:09

Le bras droit de R. Boulin, qui reste figé "levé" comme pour montrer son poignet quand on le sort de l'eau de l'étang et qu'on l'étend de dos sur le sol, affichant une profonde entaille circulaire provenant d'un lien ayant pénétré les chairs et faisant le tour du poignet, témoigne mieux que tout, si besoin est, qu'il a été séquestré avant sa mort.

Tout mon soutien à sa famille.