Allemagne : « On était “hype”... et puis est arrivée la crise de l'euro »

Publié le 4 Décembre 2011

01/12/2011 
Auteur  Louise Culot
Journaliste

Un drapeau allemand sous la pluie (Emed0s/Flickr/CC)

Dans un article de son correspondant à Paris, le journal Sueddeutsche Zeitung titre « La crainte du fantôme allemand ». Le journaliste dépeint la France en proie à une épidémie de germanophobie aiguë, « alors qu'elle l'a toujours imitée depuis le début de la crise [...] » :

« L'admiration s'est transformée en critique. La France a toujours essayé d'imiter l'Allemagne pour affronter la crise de la dette. Maintenant, elle la considère comme un tyran et une menace pour l'Europe. »

D'entrée de jeu, le journaliste tourne au ridicule les craintes françaises vis-à-vis de son voisin. Il énumère une série de citations empruntées aux politiciens et aux journalistes de l'Hexagone.

« L'Allemagne détient l'arme d'un suicide collectif européen »

Entre autres, il cite le député Nicolas Dupont-Aignan qui « ne souhaite pas voir la France se transformer en un des Länder de la Bundesrepublik. »

Il enchaîne avec les propos symptomatiques de Jacques Attali : « L'Allemagne détient l'arme d'un suicide collectif européen. »

Enfin, sur un ton proche de l'indignation, il évoque la comparaison proposée par le journal la Tribune – « très endetté lui aussi » (sic) :

« L'Allemagne serait comme un pompier qui reste inerte face à une maison en flammes, juste pour prouver aux enfants combien il est dangereux de jouer avec des allumettes. »

Selon le correspondant du Sueddeutsche Zeitung, cette crainte est non seulement exagérée mais aussi regrettable car elle freine Nicolas Sarkozy dans sa prise de décision.

« En 2060, il y aura plus de Français que d'Allemands »

Pour rassurer son lectorat, le journaliste interroge un politologue allemand résidant à Paris : « Il existe toujours un peu de germanophobie en Europe, il faut vivre avec », déclare ce dernier.

« Ceci dit, il est vrai que l'Allemagne domine la politique économique européenne en ce moment, tout comme la France en contrôle la politique de défense. »

Pour conclure, l'auteur reprend une prophétie d'Attali : « De toutes façons, en 2060, il y aura plus de Français que d'Allemands. » « Et si c'est pas de la consolation, ça », ironise-t-il.

Sur un blog du journal Die Welt, le journaliste Clemens Wergin écrit : « L'Allemagne est devenue la tête de turc de l'Europe » :

« Alors que l'Europe a toujours fustigé la république d'outre-Rhin de ne pas jouer le rôle de leader qui lui reviendrait, maintenant qu'elle le fait, ça ne va pas non plus. »

Pour l'auteur, la mauvaise humeur généralisée contre son pays tient de l'ironie :

« L'Allemagne est en train de devenir en Europe ce que les Etats-Unis sont au monde. [...] Les autres attendent d'elle qu'elle prenne des décisions en situation de crise et Berlin est prête à assumer cette position. Mais cette position dominante génère aussi des ressentiments. »

Finalement, les Allemands l'ont bien cherché ?

Le sentiment d'amour-haine que développe l'Europe à l'égard de l'Allemagne est analogue à celui de l'Allemagne vis-à-vis de son grand frère outre-Atlantique, commente-t-il. Finalement, « les Allemands l'ont bien cherché ».

Loin d'espérer quelque geste de gratitude de la part des pays de l'Union, l'auteur conclut que le plus important, c'est que le contribuable allemand n'en sorte pas perdant de la saga de l'euro.

A son tour, le Spiegel observe la colère qui s'abat actuellement contre l'Allemagne. Pourtant, rappelle l'hebdomadaire, l'image des vilains Allemands, volontiers entretenue en Europe, avait changé après la victoire au Mondial d'Afrique du Sud en 2010 :

« Ils étaient devenus élégants, modernes, hype... et puis est arrivée la crise de l'euro. »

Pour illustrer le revirement de situation, Spiegel reprend un commentaire paru dans le Times :

« Si, comme écrivait Clausewitz, la guerre n'était que la continuation de la politique avec d'autres moyens, alors l'Allemagne est aujourd'hui entrée en guerre contre l'Europe. »

Merkel, rédemptrice de l'Europe ou son plus grand problème ?

Mais attention : la figure haïe est d'abord celle de Merkel, précise Spiegel.

Craignant l'inflation comme la peste, c'est elle qui refuse que la Banque centrale européenne mette la planche à billets en route, c'est elle qui refuse les eurobonds et la mutualisation des dettes publiques. La Chancelière a semé la zizanie dans son propre ménage, à Bruxelles. Même les commissaires européens s'osent à critiquer la nouvelle dame de fer. « L'Allemagne est très importante pour l'UE mais elle ne décide pas toute seule », déclare le commissaire aux Affaires economiques, Olli Rehn, cité dans l'article du Spiegel.

Pour conclure, le Spiegel cite le Guardian :

« Angela Merkel, rédemptrice de l'Europe ou son plus grand problème ? »

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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