Antisexe ou caressant, has-been ou viril, le poil repoussera-t-il ?

Publié le 10 Août 2012

11/11/2010 à 18h28
Auteur Camille | Mauvais genre, pour rue89.com
 

 

Nous célébrons ce jeudi et pour la seconde année, le 11-Novembre sans poilus, et c’est bientôt sans poilues qu’il faudra le fêter. Un constat édifiant auquel on se résout en lisant les forums ados ou la presse people : le poil disparaît et l’arborer, c’est désormais entrer en résistance.

L’inénarrable Stéphane Rose parvient lui aussi (brillamment) à cette conclusion dans son livre « Défense du poil - Contre la dictature de l’épilation intime ». Entretien.

Camille : Quand as-tu commencé à réfléchir au poil comme un sujet engageant, sinon politique ?

 


« Défense du poil » par Stéphane Rose.

Stéphane Rose : Pour être honnête, mon point de départ n’était ni engagé, ni militant : c’est juste le constat frustré d’un mec qui aime les poils pubiens, et qui à chaque fois qu’il découvre un nouveau sexe de femme, tombe sur un sexe épilé. J’ai donc cherché à comprendre pourquoi.

J’ai commencé, pour m’amuser, à mener une enquête sommaire dont les conclusions m’ont tellement effrayé que j’ai voulu en faire un livre.

En découvrant que l’épilation était utilisée comme une arme par diverses forces oppressantes et aliénantes pour l’humain (pornographie, presse féminine, industrie cosmétique, hygiénisme...), mon point de vue est devenu politique et engagé.

Penses-tu que les sexes tout épilés se veulent un rappel de la pré-puberté ?

Non, car ce serait nier l’érotisme bien réel du sexe glabre. On peut très bien s’épiler en s’inscrivant dans une démarche érotique visant à s’offrir de nouvelles sensations et/ou en offrir à ses partenaires.

Mais, puisque le poil est un signe de la maturité sexuelle, s’épiler durablement et définitivement (comme c’est le cas quand on le fait au laser) signifie, il me semble, renoncer à cette maturité, bref devenir un perpétuel enfant.

Ce qui va bien dans le sens des courants hygiénistes qui nous contraignent à combattre les poils, mais aussi les rides, le gras et tout ce qui égratigne l’idéal juvénile associé au corps désirable.

Ton point de vue concerne l’épilation des femmes... Que dis-tu de l’épilation des hommes ?

De plus en plus d’hommes s’épilent par soumission à l’idéal fascisant du corps lisse, exactement comme le font les femmes.

Mais pour les hommes, c’est moins manifeste, car beaucoup tiennent toujours à leurs poils en tant que symboles de leur virilité. La preuve : pour vendre une gamme de produits dépilatoires exclusivement réservés aux hommes, la marque Gillette utilise le slogan : « Trees look taller when there’s no underbrush » (les arbres ont l’air plus grands sans fougères à leur pied).

Bref, pour les convaincre de renoncer à l’un des signes de leur virilité, on agrandit encore plus l’ultime signe de leur virilité, leur quéquette !

On sait tous que le nerf optique est le nerf le plus long du corps humain... « Tire-toi un poil de cul, tu vas pleurer ! » Ce qui m’amène une question pratique : le poil de cul qui se coince, c’est quand même un frein à la pénétration anale, non ?

N’exagérons rien : un poil n’est pas une barrière insurmontable. Et quand bien même, je préfère un poil qui barre la route qu’un orifice rendu totalement accessible par soumission aux lois d’une pornographie pensée par les hommes à destination des hommes, qui n’a de cesse de réduire le corps de la femme à ses orifices.

Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’épiler, demain elles procéderont toutes à de la chirurgie esthétique pour se faire enlever les bouts de lèvre qui dépassent (pratique de plus en plus à la mode).

C’est bien de vouloir ressembler à un trou, mais il y a plein d’autres choses intéressantes, pour titiller le désir.

[Cette question versait plutôt du côté de la pénétration anale masculine, ce qui a occasionné quelques discussions passionnées sur Twitter où, si tout le monde n’est pas d’accord, le consensus se fait sur l’utilité du lubrifiant, ndlr].

Un sexe épilé, c’est aussi tout doux et on a moins de poils coincés entre les dents lors du cunnilingus. Tu n’es pas de cet avis ?

Non. Je ne trouve pas toujours ça « tout aussi doux ». Parfois oui, parfois non. Un sexe épilé est doux quand il est bien épilé, et seulement deux ou trois jours après l’épilation. Un sexe rasé est quant à lui plus irritant qu’une barbe de trois jours. Alors que certains pubis soyeux offrent une caresse plus douce que celle du velours.

Quant au poil entre les dents, même réponse que pour le poil qui bouche l’entrée de l’anus. Vos questions témoignent, il me semble, d’une sexualité qui se résume aux parties génitales, omettant le reste de la géographie du corps, pourtant siège de mille et une réjouissances potentielles.

Ta barbe est-elle un moyen de cracher le poil à la face de tes interlocuteurs ?

J’ai laissé pousser ma barbe, à l’époque, pour faire plaisir à mon ex-amoureuse, qui aimait les hommes barbus. En échange, elle accepta de ne plus se ratiboiser la chatte.

Cette barbe étant le signe d’un pacte érotique entre deux amants bien résolus à transgresser les dogmes établis, je la porte aujourd’hui en effet de façon politique.

Un de mes petits plaisirs déviants consiste d’ailleurs à me faire insulter sur les sites de rencontres échangistes parce que je la porte !


Merci à Stéphane pour ses réponses au poil (non, je n’ai pas pu résister). Comme toutes les modes, cet engouement sera passager, et en extrait du livre, je reprends ici une citation de Laetitia Casta, qui a un discours très féministe sur le poil :

« Vous allez voir, ça va revenir à la mode, les poils. Elles vont être bien emmerdées, celles qui se sont fait épiler définitivement. »

Concluons en musique par une ode au poil extrait de la comédie musicale « Chienne » d’Alexandre Bonstein, majestueusement interprétée par Isabelle Ferron. (Voir la vidéo)

 

Illustration : « L’Origine du monde », tableau de Gustave Courbet (Wikimedia Commons)

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Publié dans #citoyens du monde

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