Après Jean Sarkozy, une autre « fille de » pour La Défense ?

Publié le 19 Novembre 2009

La maire de Puteaux, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, pourrait succéder à son père, ex-président de l'Epad, avec qui elle est en guerre.

Les brochures électorales de Joëlle et Charles Ceccaldi Raynaud pour les municipales de 2008 (Christophe Grébert)

Pressentie à la tête de l'Etablissement public d'aménagement de la défense (Epad) après le désistement de Jean Sarkozy, Joëlle Ceccaldi-Raynaud est peu connue du grand public. Maire de Puteaux depuis 2004, elle est la fille de Charles Ceccaldi-Raynaud, lui-même maître des lieux pendant près de trente-cinq ans.

Entre Joëlle et Charles, les relations sont plus qu'exécrables. Brouillés depuis plusieurs années, ils partagent cependant la même conception de la gestion du quartier de La Défense. Avec pour leitmotiv l'intérêt prioritaire de la plus riche banlieue de France.

La seule UMP de l'Epad qui ne soit pas touchée par la limite d'âge

La scène se déroule le 22 octobre, lors du dernier conseil municipal de Puteaux : fixés sur leur Blackberry, les journalistes n'ont d'yeux que pour l'intervention de Jean Sarkozy sur France 2. Le cadet du président de la République annonce qu'il ne sera pas candidat à la présidence de l'Epad. Joëlle Ceccaldi-Raynaud, qui préside la séance, est aussitôt avertie de la nouvelle par un mot que lui glisse un adjoint.

La pluie ruisselle sur les fenêtres de la salle du conseil et annonce un orage imminent. Celui-ci éclate quand madame le maire aborde le dernier point à l'ordre du jour : le projet de décret sur l'extension du secteur de La Défense, auquel elle s'oppose.

Christophe Grébert, un élu de l'opposition, bien connu des habitants pour son site d'information sur la ville, saisit cette occasion pour féliciter les signataires de la pétition contre l'élection de Jean Sarkozy. Furieuse, Joëlle Ceccaldi-Raynaud l'interrompt et suspend les débats.

Mais dès la reprise, le dialogue de sourds reprend : pas question de parler du fils du Président, martèle madame le maire, sans pour autant convaincre son tenace contradicteur. « Son Altesse Sérénissime va bientôt lever la séance », souffle-t-on dans les loges. La menace est en effet lancée une poignée de secondes plus tard. Christophe Grébert quitte alors le conseil avec fracas, dénonçant la censure et le simulacre de démocratie, sous les sifflets et les cris d'une salle chauffée à blanc.

Si ce soir-là, Joëlle Ceccaldi-Raynaud évite d'aborder le dossier de l'Epad, c'est qu'elle sait qu'après le retrait du fils Sarkozy, la situation lui impose un devoir de réserve. Membre du conseil d'administration de l'établissement, elle fait désormais figure de favorite pour l'élection du 4 décembre prochain.

C'est en tout cas l'avis de Bernard Bled, ex-directeur général de l'Epad, convaincu que la fille Ceccaldi ferait une « excellente présidente » de l'organisme. Née en 1951, elle est la seule administratrice UMP épargnée par la limite d'âge de 65 ans, contrairement à l'actuel patron Patrick Devedjian (65 ans) et à Jacques Kossowski (68 ans), le maire de Courbevoie :

« La seule chose qui pourrait l'empêcher de briguer la tête de l'Epad c'est son hostilité aux décrets sur l'extension de la Défense que veut lui imposer le gouvernement », explique Christophe Grébert.

Puteaux a touché la taxe professionnelle sans contribuer aux dépenses

Les inquiétudes de Joëlle Ceccaldi-Raynaud se comprennent aisément : s'ils sont appliqués, ces décrets réduiront considérablement la mainmise de Puteaux sur la formidable machine à euros de La Défense. Le plus grand quartier d'affaires d'Europe, avec ses 2500 entreprises, ses 3,3 millions de m2 de bureaux et ses 150000 employés, est le puits de pétrole qui alimente Puteaux depuis plus de cinquante ans.

Propriétaire des deux tiers de la surface de La Défense, la municipalité s'octroie des retombées mirifiques sous forme de taxe professionnelle que lui versent les sociétés locataires : chaque année, ce sont près de 45 millions d'euros qui viennent gonfler le trésor de la mairie. Ce qui porte le potentiel fiscal de la ville à 4000 € par habitant et fait de Puteaux la commune la plus riche de France… loin devant Neuilly !

Or l'Etat entend fusionner l'année prochaine l'Epad et l'Epasa, l'Etablissement public d'aménagement Seine-Arche, présidé par le maire communiste de Nanterre Patrick Jarry. Ce mariage doit élargir le périmètre d'intervention du nouvel organisme (l'Epadsa) et augmenter le nombre de ses représentants. Pour Marie-Laure Meyer, conseillère régionale PS d'Ile-de-France et représentante de la région au conseil d'administration de l'Epad :

« La ville de Puteaux sera affectée en termes d'arrangements financiers pour couvrir les frais de gestion de la dalle. Pendant quarante ans, elle a touché la taxe professionnelle sans contribuer aux dépenses et, au moment où elle doit assumer les dépenses, la taxe professionnelle disparaît ! »

C'est sur cette manne financière qu'un autre Ceccaldi, Charles, le père de Joëlle, a bâti son empire local. Directeur du conseil d'administration de l'Epad de 1987 à 1989, puis de 1993 à 1998, il concevait l'établissement comme un outil entre ses mains, dont l'unique but était de faire prévaloir les intérêts de sa commune.

Maire de Puteaux depuis 1971, il doit se résoudre à un retrait provisoire en 2004, atteint d'une grave maladie cardiaque, et choisit sa fille pour le remplacer. Mais une fois rétabli, Joëlle refuse de céder à ses injonctions lui intimant l'ordre de se désister en sa faveur. Pour celui qui fut commissaire de police en Algérie française, l'affront vaut casus belli.

Pendant plus de trois ans, le père et la fille se livrent une guerre impitoyable, ayant chacun en point de mire les municipales de 2008. Charles Ceccaldi-Raynaud se répand en diatribes contre sa fille. Il ouvre un blog, sur lequel fusent les noms d'oiseaux : « incompétente », « usurpatrice », « sotte », « ignorante »… Joëlle reste imperméable aux insultes, du moins en apparence. « Ils étaient tous les deux complètement indignes », se souvient Christophe Grébert.

Au conseil municipal du 1er février 2008, une violente dispute éclate : le père reproche à sa fille de n'avoir aucune idée et d'avoir enlaidi la ville pendant son absence. Elle lui coupe la parole en l'accusant de jouer au malade imaginaire. Ambiance… (Voir la vidéo)


Crédité d'un modeste 7,75% lors du scrutin de mars, Charles Ceccaldi-Raynaud n'est même pas en mesure d'occuper son siège d'élu. La loi électorale interdit en effet la présence de plus de deux membres d'une même famille au conseil de la ville et Joëlle Ceccaldi-Raynaud a enrôlé sur sa liste son fils Vincent Franchi. Le vieux lion doit se résigner à laisser la place à son petit-fils. « C'est une véritable dynastie qu'ils essayent d'instaurer », ironise Grébert.

« Mon système a été mieux organisé qu'ailleurs »

Aujourd'hui en retrait de la vie politique, Charles Ceccaldi-Raynaud, 84 ans, traîne pourtant derrière lui plusieurs casseroles. Il est notamment impliqué dans l'affaire du syndicat intercommunal de chauffage urbain de la Défense (Sicudef). Celle-ci concerne les irrégularités intervenues lors du renouvellement, en 2001, de la concession de la chaufferie du célèbre quartier d'affaires.

Alerté par la direction de la répression des fraudes (DGCCRF), le parquet de Nanterre a ouvert une enquête. A l'époque, Charles Ceccaldi, président du Sicudef, veillait directement sur le dossier. Pourtant, hormis une mise en examen à l'été 2007, « CCR » n'a jamais été véritablement inquiété.

Sans doute parce qu'il connaît trop bien les arcanes d'un système qu'il a lui-même créé, avant de le léguer, bon gré mal gré, à sa fille. Ce qui permet à l'un comme à l'autre de flirter avec les frontières de la légalité, sans jamais risquer de trop gros ennuis judiciaires.

« Mon système a été mieux organisé qu'ailleurs », s'enorgueillissait Charles Ceccaldi-Raynaud, en 2005, assumant sans complexe ses pratiques clientélistes. Maire, il organisait des distributions de cadeaux pour les personnes âgées et proposait, pour les familles de « proches », des places bon marché dans des villages de vacances en Corse, en Haute-Savoie et dans le Morbihan.

Joëlle, qui avait pourtant fait campagne sur le thème du renouveau, a perpétué le système à l'identique. Elle a d'ailleurs maintenu à ses côtés l'essentiel de l'entourage paternel, rompu à ces coutumes, pour former son équipe.

« Il s'agit d'un clientélisme forcené, s'indigne Grébert. Des places en crèches au nombre de lits dans les hôpitaux, tout est distribué par le maire, le plus souvent en mains propres. C'est comme ça qu'on achète les voix des habitants. »

Photo : les brochures électorales de Joëlle et Charles Ceccaldi Raynaud pour les municipales de 2008 (Christophe Grébert)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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