ASSISES DU TARN. Et enfin Jacques Viguier a souri

Publié le 21 Mars 2010

 

ASSISES DU TARN. L'universitaire toulousain a été acquitté hier une seconde fois du meurtre de sa femme, Susy, disparue depuis le 27 février 2000

Jacques Viguier, soutenu par son père, quitte la salle d'audience. Plus pers onne ne pourra dire ou sous-entendre qu'il a tué sa femme. (Ph. J.-M. Desplos)
Jacques Viguier, soutenu par son père, quitte la salle d'audience. Plus pers onne ne pourra dire ou sous-entendre qu'il a tué sa femme. (Ph. J.-M. Desplos)

Il est un peu plus de 17 heures. Depuis plus de six heures, les 12 jurés et les 3 magistrats professionnels de la cour d'assises du Tarn délibèrent. Dans les rangs de la famille Viguier, répartie sur les trois premiers bancs de la salle, chaque seconde qui s'écoule est comme un coup de poignard. Adossé à un mur, Jean, le grand-père, se liquéfie. Guillaume, l'un des fils de Jacques Viguier, passe et repasse sa main dans ses cheveux bouclés.

À Toulouse, lors du premier procès, les jurés de la Haute-Garonne avaient acquitté le professeur de droit du meurtre de sa femme en moins de trois heures. Ceux du Tarn ont manifestement beaucoup plus de mal à se prononcer. Inévitablement, plus le temps s'égrène et plus prégnantes deviennent les questions sur la personnalité du président Richiardi. Le magistrat a mené les débats avec une rare autorité et un sens remarquable de l'équité.

La fin du cauchemar

Courtois, il ouvrait chaque matin l'audience en s'adressant à l'accusé : « Bonjour M. Viguier. » À la fin du témoignage de son fils Nicolas, qui rêve de devenir pompier, il n'a pu s'empêcher de lui lancer : « Vous réussirez. » Sous des airs affables, Jacques Richiardi n'a pas la réputation d'être un tendre. À plusieurs reprises déjà, les cours d'assises qu'il présidait ont condamné des accusés pourtant acquittés en première instance.

Lorsque les jurés regagnent enfin leur place, la tension est à son comble. L'un d'entre eux, un retraité aux cheveux blancs, fixe intensément Jacques Viguier sans rien trahir de ses pensées. Parties civiles, Carole et Hélène Blanch, les soeurs de Susy Viguier, ont préféré s'éclipser. Par peur d'un incident avec le reste de la famille, à qui elles n'adressent plus la parole, par peur peut être de ne pouvoir supporter ces instants à la limite du soutenable.

« Aux deux premières questions, il a été répondu non... » Égal à lui-même, Jacques Richiardi s'exprime d'une voix neutre. Mais le public, acquis à l'universitaire, a compris. Ces quelques mots signent l'acquittement. Des applaudissements, vite réprimés, éclatent. Sur son siège, Jacques Viguier, bien qu'assommé par les médicaments, sourit enfin. Le cauchemar est terminé. Plus personne ne pourra désormais dire ou sous-entendre qu'il a tué sa femme le 27 février 2000 dans leur maison de la rue des Corbières à Toulouse.

La fin des années de plomb

La famille Viguier n'est plus condamnée à l'incertitude. Les années de plomb s'achèvent à cet instant. Ils en ont bien trop souffert pour pouvoir se réjouir bruyamment. Plus que de la joie, leurs visages expriment un soulagement indéfinissable. Tous ensemble, ils se retirent dans une petite salle pour ne rien montrer de leurs effusions. Pas question d'offrir ces moments aux caméras qui leur ont déjà fait tant de mal. Éric Dupond-Moretti, l'avocat de Jacques Viguier, se dévoue volontiers pour toiser la forêt de micros qui se tendent.

Quelques minutes plus tard, à sa sortie du tribunal, il sera acclamé par les centaines de personnes massées autour des escaliers. Jamais en retard d'un bon mot, l'homme de robe demeure, une fois n'est pas coutume, d'une étonnante sobriété, se bornant à saluer la victoire de la justice. « Au Café du Commerce, quand on pense un homme coupable, entre un verre de gaillac et l'odeur du café, on le condamne. Pas devant la cour d'assises. Une erreur judiciaire n'est pas un accident, c'est une prise de risque avec les principes qui sont les nôtres », avait-il lancé le matin aux jurés lors de sa plaidoirie. Il a été entendu.

Un de plus ! Le dossier Viguier sonne comme un nouveau réquisitoire contre l'institution juge d'instruction. Les investigations menées par la police judiciaire, sous l'autorité de la magistrate Myriam Viargues et le contrôle du parquet et de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Toulouse, se sont focalisées sur Jacques Viguier.

Pas de preuves

Les enquêteurs s'en défendent, mais les fréquentations de Suzanne Viguier et celles de son amant, Olivier Durandet, n'ont jamais été passées au peigne fin. Il faudra attendre cinq ans pour qu'une perquisition soit effectuée au domicile de ce dernier. « La conviction de la police s'est nourrie d'une personnalité dévastée », affirme Me Olivier Dupond-Moretti.

Hier matin, pendant une heure, l'avocat s'est bien gardé de reprendre la liste des contradictions, des mensonges et des attitudes troublantes reprochés à l'universitaire. Plutôt que de les combattre un à un, il a demandé aux jurés de ne pas chercher de la rationalité dans l'esprit de cet agrégé « nul à chier dans le quotidien et qui ressemble à son réveil, tantôt un quart d'heure de plus, tantôt un quart d'heure de moins ». Un stratège, Jacques Viguier ? « Il dit que son épouse est partie avec son sac. S'il l'avait tuée, il lui aurait été facile de s'en débarrasser plutôt que de le laisser dans une armoire ! »  ...............................

...........................................lire la suite sur sudouest.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

Repost 0
Commenter cet article