Au Pérou, les Indiens ignorés par Perenco et son projet d'oléoduc

Publié le 1 Juillet 2010

Au Pérou, les Indiens ignorés par Perenco et son projet d'oléoduc

Un Indien lors d'une barricade à l'entrée de Yurimaguas, le 11 juin 2009 (Enrique Castro-Mendivil/Reuters).

En Amazonie péruvienne, la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco se prépare à construire un important oléoduc sur le territoire d'Indiens isolés. Un an après le massacre de Bagua, ce projet gigantesque destiné à acheminer le pétrole depuis l'Amazonie jusqu'à la côte pacifique péruvienne, provoque la colère de la population indigène.

Courant juin, Perenco a annoncé avoir transporté plus de 50 000 tonnes de matériel et de produits consommables, dans une région reculée de l'Amazonie péruvienne, pour construire un nouvel oléoduc, ce qui, aux dires de la compagnie, représenterait l'équivalent de sept Tours Eiffel.

Le gisement de pétrole convoité, évalué à 300 millions de barils, représenterait la plus grande découverte en la matière de ces trente dernières années dans ce pays. Deux autres compagnies pétrolières, Repsol-YPF et ConocoPhillips, espèrent déjà prospecter dans cette région et utiliser les installations mises en place par Perenco.

Le ministère péruvien de l'Energie a approuvé le rapport de synthèse de l'étude d'impact environnemental signalant les conséquences potentielles de ces infrastructures, bien que ce projet de grande envergure menace la survie d'au moins deux groupes d'Indiens isolés, soit environ une centaine de personnes, et la zone de plus grande biodiversité d'Amérique du Sud.

Perenco conseille d'« effrayer » et « repousser » les Indiens

A aucun moment Perenco n'a fait mention de la présence d'Indiens non-contactés dans cette région. Un cahier de consignes a toutefois dû être préparé à la demande du ministère au cas où les ouvriers du chantier entreraient en contact avec des Indiens isolés. La compagnie leur recommande donc désormais « de les effrayer et de les repousser ».

Perenco continue de nier l'existence d'Indiens isolés sur ce territoire malgré des preuves physiques formelles. Des recherches anthropologiques indépendantes ont en effet attesté de leur présence dans cette région, recherches qui ont été reconnues valides par Barrett Resources, la compagnie ayant précédé Perenco sur ce territoire, le gouvernement régional et un institut de recherche réputé.

En juillet dernier, un article du Gardian a par ailleurs révélé qu'un cabinet conseil agissant sur demande de Perenco aurait volontairement exclu de son rapport final les preuves attestant de l'existence d'Indiens isolés dans la région de prospection. Un co-auteur de ce rapport affirme :

« La présence d'Indiens isolés dans cette région ne laisse aucune place au doute […] j'ai été très contrarié lorsque j'ai lu la version finale du rapport ».

Il est donc évident que les activités de cette compagnie violent la législation internationale relative aux droits des peuples indigènes.

En novembre dernier, Perenco était arrivé troisième au prix Pinocchio des Amis de la Terre dans la catégorie droits de l'homme, prix visant à dénoncer les entreprises françaises qui ont « perpétré les violations les plus graves des droits de l'homme ».

Un an après le massacre de Bagua, rien a changé pour les Indiens

Si ces activités de prospection provoquent un tollé médiatique, notamment du fait des campagnes d'ONG tel Survival International, elles sont également vivement critiquées par les organisations indigènes du Pérou.

En juin 2009, les Indiens d'Amazonie s'étaient fortement mobilisés en réponse à l'adoption préalable par le gouvernement péruvien de décrets permettant aux compagnies de s'implanter sans difficulté sur les territoires indigènes.

Ces contestations pacifiques avaient été sévèrement réprimées par les forces armées péruviennes à Bagua, faisant 34 morts et 155 civils blessés.

Mais un an après ce soulèvement, la situation des Indiens d'Amazonie ne s'est pas améliorée. Leur pleine participation à ces projets de grande envergure réalisés sur leurs territoires n'est toujours pas garantie.

Alberto Pizango, leader de l'AIDESEP, l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne, n'a pas hésité dès son retour après onze mois d'exil politique au Nicaragua, à condamner les agissements de Perenco.

Il y a donc une importante contradiction entre les revendications des Indiens, qui ne demandent que le respect des instruments de droit nationaux et internationaux, et les actions du gouvernement. Une nouvelle loi portant sur la consultation préalable des peuples affectés par des projets sur leurs propres territoires a pourtant été adoptée en mai dernier, mais le gouvernement péruvien s'obstine à voter de nouvelles lois en faveur des Indiens, sans appliquer celles qui existent.

 

Photo : un Indien lors d'une barricade à l'entrée de Yurimaguas, le 11 juin 2009 (Enrique Castro-Mendivil/Reuters).

source  rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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