Aux Etats-Unis, la bataille de la pince à linge a commencé

Publié le 5 Novembre 2009

Les écologistes réclament le droit de faire sécher leur lessive à l'air libre pour limiter les rejets de CO2 dans l'atmosphère.

Une corde à linge (Soylentgreen23/Flickr)

Le débat sur les cordes à linge fait rage aux Etats-Unis. Pour économiser de l'énergie, les partisans du séchage en plein air affrontent leurs adversaires au tribunal. Un homme a même été tué pour ça, par un voisin furieux. Les lois sur le sujet varient selon les Etats, qui tentent de clarifier leur législation sur les « wind energy drying devices » (« sèche-linge éoliens »).

Après les batailles citadines pour obtenir le droit d'élever des poules dans son jardin, le combat écolo du moment, aux Etats-Unis, porte sur la liberté imprescriptible du citoyen d'étendre son linge dehors.

Non seulement pour réduire d'environ 10% sa facture d'électricité -c'est dingue comme les Américains font tourner lave- et sèche-linge ! -, mais surtout pour diminuer son empreinte carbone, c'est à dire la quantité de CO2 envoyée par la famille dans l'atmosphère.

Pour l'avoir constaté moi-même, je peux témoigner de la difficulté d'une telle démarche. Le climat, déjà : au Texas, malgré une température de bête, l'air extérieur était si humide que mon linge, par précaution bien dissimulé aux yeux des voisins, se chargeait d'une sorte de moisissure malodorante en quelques heures. Et il n'y avait pas de place dans la maison pour les draps. Retour illico au sèche-linge.

Des ennuis avec les règlements de copropriété

Transplantée en Caroline du Nord, trouvant le climat parfait, j'ai sorti mon étendoir éventail dans le jardin. Une heure plus tard, deux voisines charmantes venaient l'une après l'autre frapper à ma porte :

« - C'est juste pour vous éviter des ennuis, parce que moi, ça ne me dérange pas : sachez que c'est interdit.
- Mais on ne voit rien de la rue !
- Oui, mais des autres jardins, derrière, on voit. »

Je n'en revenais pas ! Depuis, comme les poulaillers ont gagné leur bataille, des Caroliniens se sont sentis encouragés à demander une révision de cette législation sur les séchoirs. Lors de la dernière session du parlement au printemps, un projet de loi a été déposé, toujours à l'étude.

Tous les procès opposant pro et anti séchoirs extérieurs ont pour base les règlements des « private communities », des associations de propriétaires vivant dans des quartiers parfois extrêmement vastes.

Les lois varient selon les Etats américains

Un récent article du New-York Times précise que 60 millions de personnes vivent aux Etats-Unis dans 300 000 de ces quartiers. Lesquels, je précise, ne sont pas forcément des résidences pour riches, puisque des camps de « trailers » (caravanes sédentarisées ou maisons mobiles) sont inclus dans ce chiffre, et définissent le même genre de règles.

Les séchoirs extérieurs ont toujours été légaux en Floride et en Utah. Au cours de la seule année 2008, le Colorado, le Vermont, le Maine et Hawaï ont galement autorisé les habitants qui le désiraient à outrepasser les règlements de leurs quartiers, du moins quand il s'agit de préserver l'environnement. En 2009, en plus de la Caroline du Nord, des projets de loi analogues ont été déposés au Maryland, en Oregon et en Virginie.

Les arguments des refuzniks des cordes à linge ? La « pollution visuelle » des sous-vêtements agités par le vent, bien sûr. Et la crainte de voir la valeur de leur maison dépréciée par cette atmosphère populaire et sans classe, l'idée de pauvreté étant associée au linge qui flotte. (En France, pour cette même raison, des règlements de copropriété bannissent le linge sur les balcons.)

Le conflit de voisinage se termine par un coup de fusil

Mais l'argument massue, celui qui pèse le plus lourd dans les tribunaux, et que les avocats ne se privent pas de brandir à tout bout de champ, est le suivant : toute loi étatique autorisant les citoyens à s'affranchir d'un règlement de copropriété diminue le droit de propriété lui-même. Et aux Etats-Unis, c'est grave. Cela peut remonter en Cour suprême.

En juillet 2008, un homme a pris son fusil à Verona, dans le Mississipi, et a carrément tué son voisin qui étendait du linge dehors. Le meurtrier a dit à la police qu'il « en avait plus que marre de répéter, depuis un an, qu'il ne voulait pas voir ça sous ses fenêtres ».

Pour le documentariste britannique Steven Lake, ce fait-divers américain a été une révélation. Lake est en train d'achever le montage de son film, « Drying for Freedom » (jeu de mot sur sécher/drying) et mourir/dying pour la liberté), qui sortira en mai prochain :

« A première vue, accrocher du linge, c'est une chose futile. Pourtant, ça ouvre sur des questions comme les droits de l'individu, la propriété privée, la classe sociale, l'esthétique, l'environnement. »

Une pince à linge, ça ne sert pas qu'à fermer un paquet de chips

Le film est déjà popularisé par un site web très militant, et aussi très populaire, Project Laundry List, fondé par l'avocat Alexander Lee, lequel disait au journaliste du N-Y. Times qu'il allait y avoir du boulot pour changer les mentalités :

« La plupart des enfants de ce pays ne connaissent même pas l'usage d'une pince à linge. Ils croient que ça sert seulement à refermer les paquets de chips. »

En ce qui concerne notre linge à nous, on a trouvé un compromis : en fermant par des moustiquaires l'appentis sous notre balcon à l'arrière de la maison, nous pouvons tirer des cordes à linge. Ni vu ni connu.

Nous les dévoilerons peut-être le 19 avril, décrété « National Hanging Day » (jour national de l'étendage) par les militants américains de la corde à linge.

 

Photo : une corde à linge (Soylentgreen23/Flickr)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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