Ayrault, l’ami du dalaï-lama, devient le « cher ami » des Chinois

Publié le 25 Septembre 2012

Rue89


Diplomate 25/09/2012 à 10h57
Auteur Pierre Haski | Cofondateur , pour Rue89.com Rue89
 

Jean-Marc Ayrault et le dalaï-lama à Nantes, le 18 août 2008 (FRANK PERRY/AFP)

C’est une « amitié » qui n’était pas acquise : Jean-Marc Ayrault s’est rendu lundi soir à la réception de l’ambassade de Chine pour la fête nationale de la République populaire, un geste rare sinon sans précédent, et s’est vu donner du « cher ami » par l’ambassadeur chinois.

C’était d’autant moins acquis que Jean-Marc Ayrault, en tant que maire de Nantes, avait accueilli en 2008 le dalaï-lama, le leader tibétain, ennemi juré de Pékin, et avait même fait flotter le drapeau tibétain sur l’hôtel de ville de Nantes.

Il avait prononcé des paroles fortes :

« Vous êtes ici chez vous, cher dalaï-lama, dans cette ville symbole de liberté depuis la signature en 1598 par le roi Henri IV de l’Edit de Nantes. […] Votre combat est juste et c’est pourquoi je l’ai toujours soutenu dans mes différentes responsabilités. »


Capture d’écran d’Aujourd’hui la Chine montrant Ayrault et le dalaï-lama

A la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon, en mai, les observateurs de la scène franco-chinoise s’étaient même interrogés sur la nature des relations Paris-Pékin avec un tel choix, au regard de la crise de nerfs qu’avait provoquée entre les deux pays la rencontre de Nicolas Sarkozy et du leader tibétain en 2008.

Le pragmatisme est assurément à l’ordre du jour, tant du côté français que du côté chinois, pour engager les relations du bon pied. Malgré les tensions nombreuses, sur la Syrie avec le veto chinois à l’ONU, ou économiques avec les bras de fer entre l’Europe et la Chine (photovoltaïque, CO2...) qui risquent de s’envenimer.

Pragmatisme

Mais l’heure est grave. En France, évidemment, où le nouveau gouvernement ne peut ignorer, ou même risquer de provoquer, la deuxième puissance économique mondiale qu’est devenue la Chine. Tout dicte de bonnes relations avec la Chine.

Mais aussi en Chine, où le ralentissement économique, conséquence notamment de la chute de la demande européenne, pousse à la prudence, surtout en cette période de passation de pouvoir au sommet à Pékin. Pas de récidive de la crise de 2008, au cours de laquelle la Chine avait littéralement « puni » la France de Sarkozy pour faire un exemple.


Jean-Marc Ayrault et l’ambassadeur de Chine, lundi soir (Pierre Haski/Rue89)

Alors lundi soir, à la réception chinoise, il n’y en avait que pour « ’l’amitié franco-chinois », illustrée par la présence du Premier ministre, du chef d’état-major général français et, bien sûr, de Valéry Giscard d’Estaing, dont on sait qu’il apprend assidument le mandarin même si personne ne comprend un traître mot lorsqu’il le pratique en public...

Jean-Marc Ayrault a vanté des relations basées sur « le dialogue et la franchise », mais il a gardé le volet franchise pour lui, sans parler du moindre sujet qui pourrait fâcher. Et en retour, l’ambassadeur chinois, Kong Quan, un ancien élève de l’ENA, pas un tendre d’ordinaire, était visiblement ravi de la présence du Premier ministre, à qui il a donné du « cher ami » à plusieurs reprises, avant de lever son verre à l’« amitié franco-chinoise ».

François Hollande se livrera au même exercice d’équilibrisme dans quelques mois, lors de sa première visite officielle en Chine, sans doute début 2013. L’occasion d’une première rencontre avec les hommes qui dirigeront la Chine au cours de la prochaine décennie.

Ça s’appelle la realpolitik, et en temps de crise, nul n’y échappe.

  • 4122 visites
  • 50 réactions

À vous !

Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)

    On peut aussi soutenir le dalai lama et être ami avec la Chine.
    Tout comme on peut soutenir les palestiniens et respecter Israel.

  • Beaufort
    Beaufort
    ville

    Quand un responsable chinois balance du « cher ami », avec un large sourire, la traduction, en langage courant français, est tout autre
    Demander à V G d Estaing d assurer la traduction simultanée, bof, on va pas chinoiser....

Rédigé par

Publié dans #citoyens du monde

Repost 0
Commenter cet article