Bachelot n'aurait pas dit toute la vérité

Publié le 10 Janvier 2010

GRIPPE A. Monodoses et vente de vaccins contre la grippe A : la ministre de la Santé a manqué de transparence, assure le député PS et rapporteur Gérard Bapt

Bachelot n'aurait pas dit toute la vérité

Des questions se posent désormais sur la manière dont la ministre de la Santé a géré la communication sur la vaccination. (Photo Dominique Jullian)
Des questions se posent désormais sur la manière dont la ministre de la Santé a géré la communication sur la vaccination. (Photo SO-Dominique Jullian)

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, n'a pas agi de façon transparente depuis quelques semaines, accuse Gérard Bapt, député socialiste de Haute-Garonne.

Ce cardiologue, membre de la commission des finances de l'assemblée nationale, est rapporteur du budget de la santé et, à ce titre, il dispose de pouvoirs d'investigation qui lui permettent d'ouvrir les portes des cabinets ministériels et de l'administration.

1 La constitution des stocks de seringues

C'est ainsi qu'il a découvert à l'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), lors d'une visite effectuée jeudi 7 janvier, que cet établissement public avait déjà en stock, depuis le début du mois de décembre dernier, 800 000 seringues de vaccination unidoses, de fabrication Novartis. Des vaccins dont Roselyne Bachelot n'a avoué l'existence dans une conférence de presse que le 4 janvier, pour justifier l'autorisation enfin accordée aux généralistes de procéder à la vaccination contre la grippe A/H1N1.

« Elles auraient très bien pu servir pour démarrer plus tôt la vaccination des personnes isolées ou atteintes de maladies chroniques qui ne pouvaient pas se rendre dans les centres de vaccination », accuse Gérard Bapt. « Alors qu'on prétendait encore que c'était impossible, on aurait pu commencer à protéger une partie de la population », affirme-t-il.

2 Des doses vendues au Qatar en novembre

Par ailleurs, Gérard Bapt a également constaté à l'Eprus que la France avait vendu, dès le mois de novembre, 300 000 doses de vaccin au Qatar et qu'un contrat similaire avait été passé avec l'Égypte pour 2 millions de doses le 4 janvier. La livraison au Qatar avait déjà été effectuée en décembre, alors que la vente avait été conclue en novembre.

3 Sanofi se montre compréhensif

Ce 4 janvier, Roselyne Bachelot annonçait officiellement qu'elle annulait la commande de 50 millions de doses sur les 94 millions qui avaient été demandés et qu'elle allait commencer à revendre les surplus. Elle dévoilait alors les noms du Qatar et de l'Égypte. L'annulation avait été devancée par au moins un laboratoire, qui avait proposé dès le mois de novembre de réduire sa commande. Sanofi-Pasteur avait souhaité réduire ses livraisons de 9 millions de doses devant l'afflux des commandes qu'il ne pouvait satisfaire dans le monde et après avoir estimé que la France n'aurait sans doute pas besoin des énormes quantités commandées.

C'est le porte-parole du laboratoire qui l'avait rappelé dès le 5 janvier dernier, précisant que Roselyne Bachelot avait décliné l'offre à l'époque. En guise de réponse, le 5 janvier, la France aurait réduit arbitrairement sa commande de 11 millions de doses, mais Sanofi a indiqué cependant qu'il ne réclamerait aucune indemnité.

La commande au laboratoire GSK (GlaxoSmithKline) aurait été réduite de 32 millions de doses, et celle de Novartis de 7 millions. La France plaidera alors le changement du schéma vaccinal, passé de deux injections à une seule, sur les recommandations de l'OMS.

Un changement de stratégie qui n'était ni prévu ni prévisible, reconnaissent les spécialistes.

4 Achats de Tamiflu surdimensionnés

De la même façon qu'on a apparemment surestimé les besoins de vaccin, on a sans doute forcé la dose sur la distribution de médicaments antiviraux de type Tamiflu (nom commercial de l'oseltamivir), explique Gérard Bapt.

« Il y en avait des stocks importants qui avaient été constitués en prévision d'une épidémie de grippe aviaire. Une bonne partie de ces stocks arrivait à péremption en octobre 2010. On a beaucoup élargi les indications d'usage, pour le préconiser même à titre préventif, en oubliant qu'il y a des effets secondaires, en matière digestive, mais surtout pour des troubles neuropsychiatriques. » De là à voir une occasion de liquider les stocks, Gérard Bapt ne se prononce pas, mais il lance la question.


Auteur : Jean-Pierre Deroudille

Source  sudouest.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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