Bénévolat : les Restos du cœur refusent un sans-papiers

Publié le 1 Mars 2012

« Juste aider » 29/02/2012
Auteur Julie Gonnet | Journaliste
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Hassam, Bangladais de 26 ans, se rend pour la première fois de sa vie aux Restos du cœur jeudi 23 février. Il vient de terminer sa journée de travail dans un restaurant du Ve arrondissement de Paris.

Il ne veut pas profiter des repas chauds offerts par l'association. Il souhaite participer à leur distribution.


Dans un centre de distribution des Restos du cœur, à Paris, le 29 novembre 2011 (WITT/SIPA)

Mais lorsqu'il explique être en situation irrégulière, le personnel des Restos refuse de l'accepter en tant que volontaire. Une déception pour le jeune homme :

« Je n'ai pas compris parce que je ne demande pas un travail, je veux rendre un service. Je voulais juste apporter mon soutien à des gens que je vois tous les jours dans la rue. »

« Le bénévole doit avoir du recul »

Mais pour ce responsable parisien des Restos, qui ne souhaite pas être cité, devenir bénévole n'est pas automatique. Il faut respecter certaines conditions et une discipline. La stabilité, d'abord, qui est par définition refusée aux sans-papiers :

« L'objectif est toujours de prévenir d'éventuelles difficultés. Nous ne voulons pas accepter des bénévoles qui sont dans une situation de précarité, d'une manière ou d'une autre.

Le fait d'être bénévole implique des contraintes. La personne doit intervenir dans des situations plus ou moins prédéfinies, qui comportent des risques. Elle doit pouvoir avoir du recul. »

Les assos, libres de choisir leurs membres

Selon Muriel Joseph, avocate parisienne, chaque association est d'ailleurs libre de choisir ses membres :

« Il n'y a aucune règle. Ce sont ses statuts, son règlement qui déterminent les relations qu'elle entretient avec ses bénévoles. »

A la Cimade, association de solidarité avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile, les bénévoles sans-papiers sont les bienvenus. Une membre affirme :

« C'est une question de principe. On n'exclut pas des gens qu'on aide. Et les sans-papiers sont insérés dans la société française. La grande majorité travaille. Pourquoi ne pourraient-ils pas être bénévoles ? »

Sa compagne : « C'est de la discrimination »

Hassam, qui vit en France illégalement depuis cinq ans, a vécu ce refus comme un rejet :

« Je suis invisible dans cette société depuis tout ce temps. C'est comme si les sans-papiers n'existaient pas. On n'a rien le droit de faire, on ne peut même pas aller dans un musée. »

Sa compagne Sarah s'indigne de cette situation :

« Quelle chance on leur donne ? Ils ne sont pas reconnus par l'Etat et ils sont victimes de pleins de trafics. Où peuvent-ils trouver leur place si même dans une association humanitaire leur bonne volonté est rejetée ? Pour moi, c'est de la discrimination. »

Au cas où la police ne serait pas loin...

La Cimade reconnaît qu'il peut y avoir un risque, dès lors que le sans-papiers s'expose publiquement. Un argument mis en avant par le responsable des Restos. Accueillir Hassam, c'était l'exposer lui, mais aussi les autres membres.

« C'est une règle de prudence. Parfois, la police n'est pas loin. C'est donc une mise en danger pour lui et ça implique aussi les autres bénévoles. Ça peut nous retomber dessus. On ne souhaite pas avoir à gérer des questions personnelles du fait qu'il est sans-papiers sans pouvoir maîtriser les choses. »

Il affirme que ce choix des Restos est nourri par l'expérience :

« Il y avait un sans-papiers qui avait été bénéficiaire puis bénévole. Il a été arrêté alors qu'il venait au camion de distribution. On n'a pas pu faire grand-chose. »

Le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti) considère au contraire sur son site que le bénévolat peut offrir une protection aux sans-papiers :

« Etre actif dans un collectif, une association ou un syndicat est un droit qui n'est pas lié à un titre de séjour. Cela ne comporte pas de risque et c'est sans doute la meilleure protection. »

Hassam, lui, n'a pas peur :

« C'est du bénévolat, la police ne va pas intervenir. Ça n'a rien à voir avec l'administration. Vous n'êtes pas suspects quand vous venez en aide aux gens. »

« Une fois qu'on a su, on était impliqués »

Pour le représentant des Restos, les circonstances ont joué en la défaveur d'Hassam. Lorsque le jeune homme se présente, il a plus d'une demi-heure de retard. La réunion est déjà commencée.

Une membre le prend donc à part, lui donne un formulaire et quelques informations sur le fonctionnement de l'association. La discussion collective habituelle est remplacée par un entretien.

Et les choses se compliquent... Hassam ne figure pas sur la liste de l'association. C'est son amie qui est inscrite. Elle a eu un empêchement, il a pris sa place puisqu'il veut lui aussi s'engager.

Le membre des Restos lui demande donc des explications et apprend à ce moment-là qu'il est en situation irrégulière. Une mauvaise entrée en matière qui justifie en partie le rejet de sa « candidature », selon le responsable :

« Devenir bénévole, c'est déclaratif et relativement simple. On ne demande pas explicitement les papiers. Peut-être que s'il était venu à l'heure, qu'il avait pu assister à la réunion, il aurait juste rempli son formulaire. Mais une fois qu'on a su clairement qu'il n'avait pas de papiers, on était impliqués. »

« Je voulais juste aider »

Le responsable des Restos affirme que le cas d'Hassam est rare. Selon la Cimade, peu de sans-papiers ou même d'étrangers veulent s'engager dans les associations caritatives :

« Les étrangers sans-papiers ne demandent généralement pas à être membres parce que ces personnes galèrent eux-mêmes. Et il est tellement difficile d'obtenir des documents que lorsqu'ils les obtiennent, ils veulent passer à autre chose. »

Le Gisti affirme pourtant sur son site que le bénévolat est un bon moyen d'intégration :

« Etre actif dans un collectif, une association ou un syndicat est un moyen de mieux connaître la société française et d'être reconnu par elle. C'est surtout le seul moyen de faire valoir ses droits et d'être respecté. »

Un grand pas vers l'intégration, un petit pas vers une régularisation ? Hassam affirme ne pas vouloir jouer les bons samaritains et ainsi obtenir plus facilement des papiers :

« Si j'avais voulu avoir des papiers, j'aurai pu me marier il y a déjà longtemps avec une Française. Je voulais juste aider. »

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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