Burqa : pourquoi Sarkozy se prend les pieds dans le tapis

Publié le 29 Mars 2010

Au moment où le chef de l'Etat change d'avis en faveur d'une interdiction de la burqa, le Conseil d'Etat pourrait lui barrer la route.

Nicolas Sarkozy en conférence de presse à Bruxelles, le 25 mars (Thierry Roge/Reuters)

Aux yeux de Dominique de Villepin, la stratégie de Nicolas Sarkozy sur
la burqa tient du clientélisme électoral et de la gesticulation. Il aurait pu ajouter aussi le slalom acrobatique. En effet, depuis que l'interdiction du voile intégral est arrivée sur la place publique, à l'été 2009, le président n'a cessé de changer de discours.

En janvier, Claude Guéant confessait de sérieuses interrogations quant à la pertinence juridique d'une loi qui prohiberait largement la burqa, craignant notamment l'inconstitutionnalité.

C'est à ce moment-là que François Fillon a commandé au Conseil d'Etat un rapport dont Le Figaro révèle le contenu ce samedi et qui sera remis d'ici quelques jours à l'exécutif. Verdict : l'interdiction totale du voile intégral dans l'espace public serait contraire au droit. Il faudrait donc la limiter à certaines zones sensibles.

Toujours dans Le Figaro, un sage croit savoir que c'est pour cette réponse plus que modérée que le chef de l'Etat avait initialement saisi le Conseil d'Etat.

Mais entre-temps, Nicolas Sarkozy était revenu à une vision plus dure : mercredi 24 mars, il a de nouveau envisagé sur la possibilité d'une large interdiction.

Plus spectaculaire en termes de discours politique, cette position est pourtant éloignée de celle que le chef de l'Etat semblait défendre au début du débat sur la burqa. En juin 2009, alors que Barack Obama s'était vanté de « ne pas dire aux citoyens ce qu'ils peuvent porter », Nicolas Sarkozy avait cherché à apparaître comme le champion de la tolérance vis-à-vis du voile -intégral ou pas.

Nicolas Sarkozy n'est pas sur le terrain du droit

Le contenu du rapport du Conseil d'Etat éventé par le Figaro n'a rien d'une surprise. De nombreux juristes, depuis le début du débat, soulignent en effet qu'une interdiction totale serait impossible.

En effet, le Conseil d'Etat retient seulement une interdiction dans certains lieux publics (aéroports, gares, banques, bijouteries) pour la bonne raison que cette prohibition n'est compatible avec le droit français que dans la mesure où elle se base sur un risque pour la sécurité publique.

Mais Nicolas Sarkozy, lui, ne se place pas dans cette perspective. Jamais le chef de l'Etat n'affirme vouloir légiférer dans ce domaine parce qu'il serait devenu crucial en France de pouvoir appréhender les gens à visage découvert dans des lieux sensibles (par exemple ceux qui tombent sous le coup du plan vigipirate).

Une loi pour la dignité

Ce que Nicolas Sarkozy valorise au contraire aux yeux de l'opinion, c'est la dimension morale d'une telle loi. Il l'a d'ailleurs redit en abordant le sujet mercredi 24 mars :

« Trop longtemps nous avons supporté les atteintes à la laïcité, à l'égalité de l'homme et de la femme, les discriminations. Ce n'est plus supportable. Le voile intégral est contraire à la dignité de la femme. La réponse, c'est l'interdiction du voile intégral. Le gouvernement déposera un projet de loi d'interdiction conforme aux principes généraux de notre droit. »

François Fillon avait précisé il y a peu que la loi interviendrait « au printemps ».

Photo : Nicolas Sarkozy en conférence de presse à Bruxelles, le 25 mars (Thierry Roge/Reuters)

Ailleurs sur le Web
Le rapport du Conseil d'Etat, sur LeFigaro.fr

Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article