Ces groupuscules d'extrême-droite pour qui le FN est trop fade

Publié le 15 Novembre 2009

De petits partis, associations et clubs de pensée qui dénoncent « l'immigration-invasion » et « l'islamisation de la France » étaient réunis à Paris le 11 novembre pour la troisième Synthèse nationale. Visite guidée de l'extrême-droite radicale.

La "Synthèse nationale", le 11 novembre à Paris (Camille Poloni/Les Inrocks)

Logo des Inrocks.Alors que tout rassemblement d'extrême-gauche (« d'ultragauche » selon le nouveau terme consacré) suscite un déploiement policier d'envergure, la réunion annuelle de l'extrême-droite radicale se déroule sans entrave. A l'entrée du Forum de Grenelle (Paris XVe) ce 11 novembre, la sécurité de la 3e journée nationale et identitaire est assurée par un service d'ordre gros bras - crânes rasés.

Léger filtrage à l'entrée, puis il faut rejoindre le sous-sol. La journée réunit des militants d'extrême-droite de tous horizons (nationalistes, néo-païens, catholiques traditionalistes) qui n'ont de commun que leur dissidence du Front national et leurs désaccords avec le Bloc identitaire, jugé trop racoleur.

300 auditeurs de tous horizons

Au plus fort de la journée, environ 300 personnes écoutent les orateurs. Trois partis politiques sont représentés : le Parti de la France de Carl Lang (ancien cadre du FN), la Nouvelle droite populaire de l'alsacien Robert Spieler et le Mouvement national républicain créé par Bruno Mégret. Autour de ces trois plateformes politiques gravitent une multitude d'associations, de maisons d'éditions, de cercles de réflexion.

Au fond de la salle, on peut s'approvisionner en rock identitaire, badges au drapeau israélien barré, ouvrages au titre évocateur : « La mafia juive », « Pathologie de l'islam », « Hitler ou Juda », « La France licratisée » (gros succès dans le milieu). A noter que depuis l'épisode de la soupe au cochon, l'extrême-droite entretient une véritable idéologie du jambon, symbole du refus de l'islam (et, peut-être, du judaïsme, mais ce n'est pas mis en avant). Le porc, égérie de l'Europe aux racines chrétiennes…

Chacun chez soi : l'émiettement de mouvement national

L'assistance compte plus d'appareils auditifs que de jeunes skinheads. Les organisations représentées ne s'entendent pas vraiment avec le Bloc identitaire, plus prisé des jeunes. L'ambiance, c'est plutôt anciens d'Algérie et nationalisme de grand-papa. Roland Hélie, organisateur de la journée (ex-FN, désormais à la Nouvelle droite populaire) explique que « les Identitaires n'ont pas voulu venir. Les relations ne sont pas très bonnes. » Robert Spieler (ex-Ordre Nouveau, régionaliste alsacien, ex-FN, également à la NDP) renchérit :

« Ils ont trop souvent un comportement de trotskistes d'extrême-droite, une intolérance à tout ce qui n'est pas strictement leur chapelle. »

Les chapelles, justement, se sont multipliées. Beaucoup de militants d'extrême-droite ayant quitté le FN à cause de la prise de pouvoir de Marine Le Pen et la - très relative - « aseptisation » de son discours, se retrouvent ici, en rupture de bans. D'où le mot d'ordre de la journée : « Rassembler et résister ». Francis Bergeron, passé par le mouvement solidariste français, se livre ainsi à la tribune à un éloge des groupuscules :

« Ils sont extrêmement formateurs. Ils m'ont donné la capacité de parler en public et l'envie d'écrire. Dans les groupuscules on a besoin de tout le monde, tout est à faire ».

Annick Martin, secrétaire générale du MNR, déprécie également l'organisation « pyramidale, sovietoïde » du FN, dont les fidèles ont été « purgés, humiliés, salis ». « La multiplication des courants n'est pas un obstacle à l'efficacité », affirme-t-elle. Mot d'ordre : rassembler malgré les incompatibilités idéologiques.

A la tribune les orateurs parlent de « reconquête », de « libération de la France ». Citant Jean-Pierre Stirbois, Francis Bergeron décrit les étapes à venir : « former des élites », « infiltrer les corps intermédiaires », « structurer la société » et enfin « prendre le pouvoir ».

Convaincus de l'existence d'une « immigration-invasion », les intervenants des tables rondes tiennent un discours alarmiste et incohérent. Pierre Descaves, ancien de l'OAS, estime :

« Aujourd'hui la France est algérienne. Ils vont nous imposer de ne plus boire de vin, de ne plus manger de cochon. Ils veulent tous se faire soigner chez nous parce que chez eux ils ne peuvent pas, ils ont tout détruit. »

A côté de lui, Olivier Bonnet a la solution : le « communautarisme de souche ». En Bourgogne, il a créé la Desouchière. Le projet vise à :

« Réunir dans un espace de la taille d'un village ou d'un canton des personnes qui partagent les mêmes valeurs, sans attendre d'être une minorité ».

Sans aller jusqu'à ces enclaves « de souche », plusieurs intervenants proposent d'embaucher « les nôtres » en priorité. « Essayons de favoriser le plus possible des Français de souche, et si possible de notre famille politique, dans nos entreprises », résume Thomas Werlet (Parti solidaire français).

Nicolas Tandler, représentant d'une organisation patronale « nationaliste » (le Nouveau patronat indépendant) estime pour sa part que « dans l'entreprise, la présence de l'immigration détruit tout ce qui tient ensemble les salariés », citant par exemple les menus halal comme facteur de désordre. Pour lui, la droite nationale doit jouer sur la division des immigrés. « Il y a des gens qui se détestent », comme « les Chinois et les maghrébins ». « C'est peut-être notre dernière chance. »

Décliniste, catastrophiste, l'extrême-droite groupusculaire imagine une Europe assiégée qui court à sa perte. Thomas Werlet, du Parti solidaire français, parle de « complot des banques, des médias, du gouvernement et du cinéma, qui veulent détruire ce que nous voulons défendre : l'identité nationale ».

« Une volonté biologique, un enthousiasme barbare »

Alors que le Front national tente de se rendre acceptable, les participants à la Synthèse national y vont franco. Franck Abed, professeur d'histoire et membre de Génération FA8 (catholiques intégristes) dénonce la libération des mœurs et prophétise :

« Demain si ça continue comme ça on va nous faire croire que des hommes peuvent se marier avec des chiens et des femmes avec des arbres. Pour me faire couper les cheveux je n'ai que deux choix : les Arabes à 9 euros ou les sodomites à 25 euros. »

Pierre Vial donne le fond de sa pensée sur l'identité nationale :

« Pour nous, l'identité est bio-culturelle, avec une base ethnique et raciale. C'est vrai pour tous les peuples sur leur terre d'origine, non sur celle des autres. »

Jean-Claude Rolinat enfin que « la politique d'apartheid en Afrique du Sud a échoué parce qu'elle n'est pas allée jusqu'à son terme », c'est-à-dire « créer un Etat Noir indépendant ».

 

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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