Charter afghan : une nouvelle bataille perdue pour Kouchner

Publié le 16 Décembre 2009

Par Chloé Leprince | Rue89 

Bernard Kouchner et Claude Guéant à l'Elysée le 6 mai 2009 (Philippe Wojazer/Reuters)

Sur RTL, Claude Guéant a confirmé ce mardi un nouveau charter pour expulser des Afghans en situation irrégulière en France. L'argument est simple : si Londres le fait, pourquoi pas nous ? A entendre le secrétaire général de l'Elysée, l'exception afghane semble bien définitivement enterrée :

« Je ne sais pas si c'est ce soir qu'il y aura des retours d'Afghans dans leur pays mais, sur le principe, je remarque que le Royaume-Uni reconduit chaque année plus d'un millier d'Afghans dans leur pays avec d'ailleurs un accord avec la Commission (sic) européenne des droits de l'homme. » (Ecouter le son)

 

Claude Guéant n'a pas explicitement confirmé l'horaire de décollage mais le milieu associatif table sur un avion dès mardi soir, sur le coup de 21 heures, depuis Roissy-Charles-de-Gaulle. Ce deuxième vol, un mois et demi après un premier charter qui avait reconduit à Kaboul trois Afghans réfugiés en France, achève de marginaliser Bernard Kouchner dans le dossier afghan.

A Kaboul, le danger est relatif selon Paris

Le ministre des Affaires étrangères a en effet échoué pour de bon à faire valoir son refus des charters afghans. Le 10 novembre, il avait ouvertement critiqué, sur les ondes de France inter, l'explusion de trois réfugiés afghans par Eric Besson, ministre de l'Immigration. Au moment où Kouchner s'exprimait, on venait de lui refuser l'organisation d'une conférence internationale à Kaboul. Motif ? Trop dangereux.

Kouchner s'étonne du paradoxe, on lui prête même une saillie hostile en Conseil des ministres. Invité de France inter le 10 novembre, il en profite pour décocher cette flèche à l'attention du ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale :

« Je pense que ce ne n'est pas comme cela qu'il faut faire. Surtout quand on se bat là-bas. Je pense que ce n'est pas utile, je l'ai dit à Eric Besson (…), au Président. » (Voir la vidéo)


Aussitôt, Eric Besson lui avait rétorqué que les retours forcés relevaient d'une décision présidentielle, annoncée qui plus est en présence du ministre des Affaires étrangères depuis New-York.

Un gros mois plus tard, Bernard Kouchner n'a visiblement pas été entendu par l'Elysée. La Cimade, association d'aide aux migrants active dans les centres de rétention, affirme que onze Afghans retenus dans le Pas-de-Calais et à Lille « se sont vus officiellement notifier leur date de renvoi par la police ».

Dans un reportage diffusé par France Inter, mardi matin, on apprenait que deux des trois Afghans expulsés par Paris en octobre avaient disparu de la circulation. Le troisième, pour sa part, ne cache pas qu'il utilisera l'argent donné par la France au titre du retour forcé pour payer un passeur et gagner l'Iran. Toute sa famille s'y trouverait, alors que Kaboul lui est étrangère. C'est pourtant en Afghanistan que la France s'était obstinée à le renvoyer.

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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