Chirac, fantôme des prétoires, enfin attrapé par la justice

Publié le 31 Octobre 2009

Faut-il se féliciter que Jacques Chirac soit renvoyé devant un tribunal correctionnel ?

A cette question, les réponses sont, depuis ce matin, pour le moins entortillées : c'est pas bon pour la France mais… c'est quand même une vieille affaire… les Français l'aiment bien… il a pris des positions courageuses contre la guerre en Irak et pour le tiers monde…

Le pompon étant remporté haut la main par Ségolène Royal : Chirac « a beaucoup à se reprocher », mais il « mérite d'être tranquille ».

Que Chirac soit aujourd'hui populaire auprès des Français ne devrait pas entrer en ligne de compte dans toute cette affaire. La justice, non sans courage, a décidé de s'attaquer au système quasi-mafieux de la mairie de Paris, du temps où elle était dans les mains du RPR. Elle va jusqu'au bout, ce qui est légitime.

Or Jacques Chirac était le patron de ce système. S'il est poursuivi si longtemps après les faits, c'est seulement parce que le chonomètre judiciaire s'est arrêté, pendant les douze ans de sa présidence. La contrepartie de cette suspension nécessaire au bon fonctionnement des institutions, c'est que le chronomètre redémarre à l'issue de son mandat.

Cleastream, Pasqua, Boulin : trois affaires hantées par Chirac

Qu'un Président soit traduit devant un tribunal correctionnel n'est certes pas banal. Mais jusque-là, ce qui forçait l'étonnement, c'est surtout la façon dont Jacques Chirac avait réussi à éviter les tribunaux.

Ces dernières semaines encore, c'était le fantôme des prétoires :

  • Fantôme dans l'affaire Clearstream, où il n'est apparu qu'à travers les deux lettres « PR » (pour « président de la République ») dans les notes du général Rondot (« Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons » aurait ainsi dit Villepin, pardon, « DDV »).
  • Fantôme dans l'affaire Pasqua, ce dernier cherchant maintenant à l'entraîner dans sa chute (« Le président de la République était au courant de l'affaire de ventes d'armes à l'Angola »).

Que Chirac ait à s'expliquer, pour une fois, devant la justice, dans une affaire portant sur des faits précis, marque un progrès. La juge d'instruction Xavière Siméoni, par sa décision, ranime un principe démocratique qu'on a encore trop tendance à oublier en France : lorsqu'il s'agit du respect de la loi, aucun citoyen, fût-ce le « premier », ne doit être au dessus des autres. Cet épisode risque pourtant d'être unique en son genre, la suppression des juges d'instruction étant dans les tuyaux.

Dessin de Mykaia

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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