Cocaïne et Ritaline dans la cour de récré

Publié le 26 Mars 2011

Source lesinrocks.com

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De la cocaïne à l’école primaire, forcément ça fait désordre. A tel point que, par AFP interposé, la nouvelle a fait le tour du monde. Quatre élèves de CM1 de la Thomson elementary school de Washington ont été brièvement hospitalisés la semaine dernière pour ingestion de cocaïne, a-t-on appris par un communiqué de l’administration scolaire:

« Un élève de la Thomson Elementary School a apporté une quantité indéterminée de cocaïne à l’école et l’a partagée avec des élèves de sa classe. Quatre élèves ont pris de la cocaïne, certains oralement d’autres en l’inhalant par le nez. On ne sait pas quelle quantité ils ont absorbée. »

Selon les premiers éléments de l’enquête, le garçon, qui a été inculpé, aurait trouvé la cocaïne dans la voiture de son beau-père en se faisant déposer à l’école. Un fait divers inquiétant, « mais tout à fait exceptionnel » a tenu à préciser le porte-parole de l’école.

Concernant les enfants et les drogues toujours, une autre information est, elle, passée inaperçue. Elle est pourtant tout aussi inquiétante et concerne potentiellement beaucoup plus de monde.

Selon une récente enquête du Guardian auprès de médecins généralistes britanniques, des enfants de 4 ans seraient gavés par leurs parents de Ritaline. Le Méthylphénidate, un stimulant commercialisé sous le nom de Ritaline, est utilisé pour soigner les trouble du déficit de l’attention et l’hyperactivité. Il ne doit en aucun cas être prescrit avant 6 ans selon les autorités sanitaires.

Sa consommation a explosé dans les années 90 aux Etats-Unis. En Grande-Bretagne, 0,8% des enfants de 6 à 12 ans seraient traités avec de la Ritaline. Au total, sa consommation y aurait cru de près de 60% ces cinq dernières années. Ce qui ne va pas sans soulever de fréquentes polémiques sur la camisole chimique à laquelle auraient recours parents débordés et enseignants épuisés et ce alors que les cas réels de troubles de l’attention/hyperactivité ne seraient pas en augmentation significative. Le Professeur Tim Kendall, du Centre britannique pour la santé mentale, confirme ces cas très précoces de prise de Ritaline constatés pas le Guardian:

« Il y a deux raisons pour lesquelles les parents font faire ce type de prescriptions. La première est pour améliorer les performances de leurs enfants à l’école. La deuxième, parce que c’est remboursé. Il y a toujours des médecins qui acceptent, mais il n’est pas normal d’établir un diagnostique dans ce genre de cas sans consulter les écoles et les enseignants. »

Dans un cas rapporté par le Guardian, un enfant de 5 ans s’est vu prescrire de la Ritaline alors que ses professeurs le classaient « parmi les les élèves ayant le meilleur comportement en classe ». Pour se sur-adapter à la société de la performance, à 30 ans on prend de la cocaïne, à 6 ans, de la Ritaline.

Le médicament utilise en effet les mêmes mécanismes de stimulation du système nerveux central que la cocaïne. Ses effets secondaires sont également assez proches (à des degrés incomparablement plus faibles évidemment): tachycardie, nausées, sécheresse de la gorge, perte d’appétit, nervosités, insomnie, dilatation de la pupille… Enfin, aucune étude ne permet d’affirmer l’innocuité à long terme d’une prise régulière.

Un peu comme si un jeune garçon apportait de la cocaïne à l’école primaire? Sauf que dans ce second cas, la prise répétée de produits psychotropes par de très jeunes enfants ne semble inquiéter personne: elle se fait sur ordonnance et ne nourrit pas les barrons de la drogue colombiens mais les labos américains. Paradoxe d’une société qui fait la guerre à sa jeunesse pour la détourner des drogues illégales afin de mieux la gaver de drogues légales. D’ailleurs en Angleterre, le petit nom de la Ritaline c’est « kiddy coke », la cocaïne des enfants…

 

Auteur Arnaud Aubron

 

source lesinrocks.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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