Cyclisme : Armstrong abandonne et va perdre ses sept titres du Tour de France

Publié le 24 Août 2012

Banni 24/08/2012 à 09h44
Ramses Kefi | Journaliste Rue89
 

Lance Armstrong en juillet 2010 à Rotterdam (Jöel Saget/AFP)

Jusque-là, Lance Armstrong avait échappé à toutes les charges qui l’accusaient de dopage. Mais Travis Tygart, directeur de l’agence antidopage américaine (Usada), a finalement eu la peau de l’ancien cycliste, ce dernier ayant décidé de ne pas continuer son bras de fer judiciaire contre l’Usada et de ne plus s’opposer à ses décisions.

Jeudi soir, celle-ci a annoncé qu’Armstrong serait radié à vie du vélo – il est retraité depuis 2011 – et surtout, qu’il serait dépossédé de tous les titres qu’il avait glanés depuis le 1er août 1998, parmi lesquels ses sept victoires sur le Tour de France de 1999 à 2005. Travis Tygart :

« C’est un triste jour pour tous ceux d’entre nous qui aimons le sport et nos athlètes. »

« Il a pris ce que nous prenions tous »

En février, la justice américaine avait pourtant abandonné les poursuites contre l’US Postal, l’équipe d’Armstrong de 1998 à 2004, soupçonnée par l’Usada d’avoir fourni au cycliste des produits dopants, en dépit des dizaines de témoignages qui l’accablaient. Tyler Hamilton, son coéquipier de 1999 à 2001, champion olympique à Sydney (il a depuis rendu sa médaille d’or) :

« Il a pris ce que nous prenions tous...la majorité du peloton. Il y avait de l’EPO, de la testostérone, des transfusions sanguines. »

L’américain Floyd Landis, vainqueur déchu du tour de France 2006, avait consigné ses années de dopages dans un journal. En 2010, il n’épargnait pas Armstrong dans ses aveux, en l’accusant, entre autres, de l’avoir initié à la tricherie :

« Durant ce Tour de France, j’ai été témoin que George Hincapie, Lance Armstrong, Chechu Rubiera et moi-même avons reçu des transfusions sanguines.

Johan Bruyneel [ancien coureur cycliste belge, désormais dirigeant, ndlr] m’a donné comme instruction d’aller chez Lance et de récupérer de l’EPO auprès de lui. La première EPO que j’ai utilisée m’a ensuite été remise dans l’entrée de son immeuble à la vue de son épouse d’alors. »

Des allégations qu’Armstrong a toujours balayées d’un revers de main - « j’ai été dans les meilleurs de mon sport depuis mon premier jouer »- en refusant systématiquement de collaborer. Pierre Bordry, ancien président de l’agence française antidopage, en juin dernier :

« En 2009, quand il (Armstrong) a voulu refaire le Tour de France, il assurait à tout le monde qu’il n’était pas dopé (...). Je lui ai proposé de refaire l’analyse des échantillons que l’on détenait (et qui prouvait le dopage). Il a répondu que ces analyses n’étaient pas utiles. C’est dommage ça aurait permis de clarifier la situation. »

« Il y aura d’autres accusations vous pouvez les mettre en bas de la liste »

L’Usada, malgré les preuves qu’elle avait réunies, n’avait jusqu’à présent pas pu atteindre Armstrong, que le journaliste américain Neal Rogers comparait au personnage de Neo, qui échappait aux balles dans le film Matrix. Sûr de son coup, il se permettait même de la narguer, comme dans cet entretien accordé à L’Express en 2010 :

« Un jour, vous viendrez me trouver sur la plage avec cinq gamins autour de moi. Il y aura d’autres accusations, vous pouvez les mettre en bas de la liste. En 13 ans d’accusations, je n’ai jamais perdu aucun contrat, il n’y a eu aucun dommage pour mon image. »

« Par lassitude », « The Boss » a fini par abandonner - sans reconnaître sa culpabilité- après que le tribunal d’Austin (Texas) l’eut débouté de sa plainte contre l’Usada, dont il contestait, entre autres, sa compétence pour mener une enquête contre lui. Lance Armstrong disait jeudi :

« Je ne m’occuperai pas plus longtemps de cette question. étant donné les circonstances [...]. Je me consacrerai au travail que j’ai commencé avant même de gagner le Tour de France : servir les gens et les familles affectés par le cancer. »

Travis Tygart :

« Il s’agit d’un exemple poignant de la manière dont la culture du gagner-à-tout-prix peut, si elle n’est pas contrôlée, submerger la compétition juste, sûre et honnête.

Mais pour les athlètes sains, c’est un rappel rassurant qu’il y a un espoir pour les générations futures de concourir sans l’usage de drogues qui améliorent les performances. »

  • 6013 visites
  • 67 réactions

A lire aussi

Rédigé par jeanfrisousteroverblog

Publié dans #citoyens du monde

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article