Dans la valise à scandale, la CIA, Chavez et une jolie douanière

Publié le 5 Novembre 2009

« Los Secretos de la Valija » (« Les Secrets de la valise »), enquête du journaliste argentin Hugo Alconada, éclaire d'un jour nouveau d'une affaire que les Argentins surnomment le « Valijagate » et les Vénézuéliens le « Maletinazo ».


Le « scandale de la valise » commence le 4 août 2007, quand un avion affrété par la compagnie Energia Argentina SA (Enarsa) se pose sur l'aéroport Aeroparque de Buenos Aires.

Il arrive de l'aéroport de Maiquetia, proche de Caracas. A son bord se trouvent huit passagers dont trois responsables de la compagnie nationale du pétrole du Venezuela, la PDVSA, et un homme d'affaires à la fois citoyen des Etats-Unis et du Venezuela : Guido Antonini Wilson.

Quand Antonini se présente à la douane, une fonctionnaire nommée Maria del Lujan Telpuk passe au scanner sa valise, et y décèle des petits rectangles denses et réguliers. Elle l'ouvre et découvre 790 550 dollars, en coupures de 50 dollars.

La douanière en profite pour entamer une carrière de starlette

tel.jpgLa seule à en avoir tiré profit, jusqu'à présent, est la jolie douanière argentine, désormais connue comme « la Telpuk ». Elle a profité de sa célébrité soudaine pour poser nue pour l'édition locale de Playboy et entamer une carrière de starlette.

Mais pour les relations entre les deux pays, cette affaire est assez malvenue. Elle intervient un mois après que 64 000 dollars en cash ont été découverts dans la salle de bains de la ministre argentine de l'Economie -un scandale logiquement baptisé « Toiletgate » - et deux jours avant une visite à Buenos Aires du président Hugo Chavez.

Elle arrive, enfin, en pleine campagne électorale de l'épouse de Kirchner, Cristina Fernandez de Kirchner, qui brigue la succession de son mari et sera élue en octobre. L'argent de la valise, on le verra, aurait été destiné à financer sa campagne.

L'incident, dans les tous premiers jours, n'est pas connu par la presse. Antonini n'a eu pour seul souci à l'aéroport que de signer une déclaration reconnaissant avoir commis une infraction. L'argent est mis sous séquestre en attendant qu'il règle une amende équivalente à 50% de la somme incriminée.

Victoria Bereziuk, une fonctionnaire argentine qui a voyagé avec lui dans l'avion, affirme qu'il est présent, deux jours après leur arrivée, à la Casa Rosada, à l'occasion d'une réception en l'honneur de Chavez (le secrétaire général de la présidence argentine démentira cette information).

Antonini quitte l'Argentine discrètement, quelques jours plus tard, sans réclamer la moitié des 800 000 dollars, et rentre aux Etats-Unis.

De retour aux Etats-Unis, Antonini se confie au FBI

La presse argentine révèle alors l'histoire. Nestor Kirchner affirme vouloir faire toute la vérité sur l'affaire et déclare : « J'ai les mains propres. »

Les autorités vénézuéliennes, pour leur part, déclarent n'avoir rien fait dont elles devraient s'excuser. La justice argentine évoque une inculpation pour blanchiment d'argent et lance, le 14 aout, un mandat d'arrêt international contre Antonini.

Arrivé en Floride, Antonini contacte le FBI, la police fédérale des Etats-Unis, selon le procureur adjoint Thomas Mulvihill, qui a instruit l'affaire.

Antonini est filmé, avec son accord, et ses conversations sont enregistrées par le FBI quand des émissaires de Caracas entrent en contact avec lui. Ces émissaires sont au nombre de cinq, et quatre d'entre eux seront arrêtés à Miami, en décembre 2007.

Ils sont accusés d'avoir agi sur le sol des Etats-Unis comme agents d'un gouvernement étranger, en l'occurrence celui du Venezuela, sans s'être au préalable enregistrés auprès des autorités fédérales. Il s'agit d'un crime passible d'une peine maximale de quinze ans de prison.

800 000 dollars de contribution secrète de Chavez à la campagne de Kirchner ?

L'une de ces personnes, Moises Maionica, un avocat vénézuélien, plaide coupable et déclare que les 800 000 dollars trouvées dans la valise d'Antonini à Buenos Aires étaient une contribution secrète du Venezuela à la campagne électorale de Cristina de Kirchner.

Deux autres émissaires, deux hommes d'affaires vénézuéliens nommés Carlos Kauffman et Franklin Duran, plaident non coupables, de même qu'un citoyen uruguayen, Rodolfo Wanseele. Un cinquième suspect échappe aux autorités américaines. Il est identifié par le FBI comme un agent des services secrets vénézuéliens, le DISIP, nommé Antonio José Canchica Gomez.

Tous sont bien venus à Miami et ont eu des conversations -enregistrées par le FBI- avec Antonini. Duran aurait confirmé, au cours d'une d'entre elles, l'origine de l'argent et sa destination. Canchica, quant à lui, aurait proposé à Antonini 2 millions de dollars pour son silence tandis qu'il lui était suggéré de rester tranquille afin qu'il n'arrive rien à ses enfants.

Une « opération poubelle » de la CIA dirigée contre Chavez ?

Une autre hypothèse est avancée par Kirchner et Chavez : le Valijagate n'aurait été qu'une « opération poubelle », pour reprendre les termes de Cristina Fernandez de Kirchner, un complot « d'amateurs », une conspiration ourdie par la CIA, affirme Chavez, afin de déstabiliser le président bolivarien et de provoquer des dissensions entre les deux « pays amis » que sont l'Argentine et le Venezuela.

Le ministère des Affaires étrangères américain affirme n'avoir été informé de l'enquête judiciaire de Miami qu'une fois celle-ci ouverte.

En mars et avril 2008, Kauffman et Wanseele décident finalement de plaider coupables. En décembre 2008, le premier est condamné à quinze de prison, le deuxième à trente-quatre mois et Maionica à deux ans. Le 17 mars 2009, enfin, Duran, qui n'avait pas plaidé coupable, est condamné à quatre ans.

Selon l'auteur des « Secrets de la Valise », ces 800 000 dollars en cash ne sont pas grand-chose à coté des sommes dépensées par Hugo Chavez un an plus tôt.

Alconada évoque dans son livre les allées et venues menées durant l'année 2006 par des émissaires du président vénézuélien à travers le monde afin de convaincre de nombreux pays de voter en faveur de la république bolivarienne lorsque le siège « latino-américain » des membres non permanents du conseil de sécurité de l'ONU, alors occupé par l'Argentine, sera libéré, en janvier 2007.

Parmi ces émissaires, deux hommes d'affaires : Carlos Kauffman et Franklin Duran. Malgré ce lobbying, le siège « latino-américain » du conseil de sécurité est finalement attribué, pour la période 2007-2008, au Panama.


Source rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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