David Douillet veut faire payer son « Liechtenstein » à Eva Joly

Publié le 5 Novembre 2011

 

Diffamation 27/10/2011   Auteur   Nolwenn Le Blevennec
Rue89

 

David Douillet le 7 juillet 2011, au Quai d'Orsay (Charles Platiau/Reuters)

Eva Joly et David Douillet n'étaient pas présents ce jeudi, devant la 17e chambre correctionnelle, alors qu'était plaidée une affaire qui les concerne et qu'ils ont créée – l'une a parlé trop vite et l'autre n'a pas supporté.

Douillet était en séance à l'Assemblée nationale pour défendre le budget de son ministère, les Sports. Joly, députée européenne Europe Ecologie - Les Verts, était elle, selon son avocat, en séance parlementaire à Strasbourg :

« C'est l'une des élues les plus assidues. »

Si cela les intéresse, voici un résumé de la séance.

« L'heureux détenteur d'un compte au Liechtenstein »

D'abord, un rappel des faits pour tous les autres. L'affaire oppose « deux poids lourds », comme ont plusieurs fois ironisé les avocats très en forme. La plainte émane de l'ancien judoka et aujourd'hui ministre, et vise l'ex-juge d'instruction et candidate à la présidentielle pour EELV.

Septembre 2009, dans les Yvelines, David Douillet est en campagne pour l'UMP dans une législative partielle. Eva Joly soutient son adversaire à gauche. Dans une conférence de presse à l'Assemblée nationale, elle évoque une lettre envoyée à Barack Obama, qui demande de « moraliser » le capitalisme.

Elle ironise ensuite sur le fait que « jamais la droite » n'aurait pu être à l'origine d'un tel courrier puisque David Douillet est « l'heureux détenteur d'un compte au Liechtenstein ». Elle l'a lu sur Backchich.info.

Une journaliste de France Inter, Alexandra Ackoun, enregistre ces propos qui sont diffusés le lendemain dans le journal de 8 heures. Le judoka attaque Eva Joly en diffamation. Jean-Luc Hees, président de Radio France et, à ce titre, directeur de publication de France Inter, et la journaliste sont poursuivis pour « complicité de diffamation ».

Hees : « Je pense qu'il faut diffuser mais je suis vieux »

Hees a fait le déplacement. Une « question de principe » :

« La journaliste n'a rien modifié, coupé, tronçonné, manipulé. On a le droit de travailler ou pas ? Ces propos de Joly méritaient d'être entendus.

C'est comme les propos de Le Pen sur “Durafour crématoire”, j'ai tendance à penser qu'il faut diffuser, mais moi je suis un vieux. »

Puis, devant le juge, l'air grave, il a expliqué :

« Il est difficile d'alimenter les journaux, si nous devons censurer des propos publics, tenus par des personnalités publiques. Est-ce à nous de faire le travail d'autocensure ?

Si cela est le cas, j'essaye d'imaginer les mois qui viennent, chargés en actualité, en petites phrases et en jugements. »

Tout le monde a l'air d'accord avec ça. En réalité, on comprend que l'avocat de David Douillet n'en veut pas trop à Jean-Luc Hees, ni à Alexandra Ackoun. Ils sont des accusés collatéraux.

L'accusation : « Joly n'est pas un obscur blogueur de Poissy »

Le problème, c'est Eva Joly. Me Philippe Blanchetier commence par brandir Direct Matin et l'article, « Comment les protéger » [les enfants, ndlr], dans lequel, il est écrit qu'Internet « véhicule le meilleur comme le pire ». Il est très fier de sa trouvaille.

Blanchetier développe ensuite deux idées :

  • la phrase d'Eva Joly est bien diffamatoire : détenir un compte au Liechtenstein – paradis fiscal – implique, « dans le contexte de l'époque », que « David Douillet est un fraudeur », « sans la moindre base factuelle solide » ;
  • c'est d'autant plus grave qu'Eva Joly a « du crédit dans la lutte pour la moralité financière ». « Ce n'est pas un obscur blogueur à Poissy ou ailleurs », « elle a fait un mal terrible à David Douillet ».

Me Blanchetier a calculé que le journal de France Inter était écouté par environ 2,5 millions d'auditeurs.

« Un centime d'euro par auditeur, cela nous amène à 25 000 euros de dommages et intérets. »

Avant l'audience, l'avocat nous a expliqué que David Douillet en avait vraiment marre de « toutes les insultes », « depuis qu'il fait de la politique ». Il évoque notamment l'affaire de la Porsche Cayenne.

La défense : « Je vous demande un beau jugement »

De son côté, Me William Bourdon défendait Eva Joly. Il est un grand pénaliste proche d'Europe Ecologie. Il était très drôle et la juge a souvent eu du mal à retenir ses sourires.

Ses arguments de défense :

  • Détenir un compte à l'étranger n'est pas une infraction : il y a une case prévue pour déclarer ces comptes-là sur la feuille de déclaration impôts ;
  • aucun des deux autres mis en cause dans l'article de Backchich n'a poursuivi (Michel Houellebecq et François-Marie Banier). Après avoir été débouté par le tribunal, David Douillet n'a pas interjeté appel dans un premier temps (ce qu'il a fait par la suite et il a gagné).

« [Au moment de la déclaration], Eva Joly pense donc que les infos de Backchich sont sérieuses : elle croit que Douillet accepte la décision du tribunal. »

Le jugement sera rendu le 8 décembre à 13h30.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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