Deux ans après, qui soutient encore Ségolène Royal ?

Publié le 16 Novembre 2009

Flinguée par Vincent Peillon, lâchée par Pierre Bergé : après son coup d'éclat à Dijon, l'ex-candidate apparaît bien esseulée.

Ségolène Royal à l'université d'été du PS à La Rochelle en 2009 (Audrey Cerdan/Rue89)

Fidèle lieutenant de Ségolène Royal, Vincent Peillon a franchement rompu avec l'ex-candidate à la présidentielle ce week-end à Dijon : « Royal ne pourra pas nous faire gagner en 2012. Elle s'est disqualifiée. »

Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Aurélie Filippetti, David Assouline, l'avocat Jean-Pierre Mignard, Dominique Besnehard… Depuis 2007, ils sont nombreux à avoir pris des distances avec Ségolène Royal. Mais qui reste-t-il ?

Pierre Bergé sème le doute

« Elle est là, c'est bien. Elle n'est pas là, c'est pareil. Moi, je suis venu pour Peillon. » C'est par ces quelques mots que Pierre Bergé, mécène de Ségolène Royal, a commenté la présence de Ségolène Royal à Dijon.

Un précédent couac avait dévoilé la relation pas forcément au beau fixe de Ségolène Royal et l'homme d'affaires. Alors que le blogosphère raillait la curieuse esthétique du site de Désirs d'avenir, L'Express révélait qu'il avait refusé de payer les 41 860 euros de facture pour le site.

Interrogé par l'hebdomadaire, le patron de la fondation Yves-Saint-Laurent avait simplement expliqué ne pas tout administrer :

« Je n'ai jamais eu connaissance de cette demande, je ne m'occupe pas de suivre chaque dossier. »

Il avait alors confirmé qu'il continuerait à prendre en charge le loyer des locaux de Ségolène Royal à Paris : 8 000 euros jusqu'au printemps 2011.

Des fidèles en ordre dispersé

Quelques fidèles continuent d'entourer Ségolène Royal. Le député Jean-Louis Bianco n'a pas changé de ligne. Depuis 2007, le député affirme qu'elle est la meilleure candidate socialiste. Il est le seul à avoir pris sa défense à Dijon estimant « normal qu'elle se rende parmi ses amis ».

Dans la jeune génération du PS, plusieurs sont partis. A commencer par Aurélie Filippetti, député de Moselle. Cette ex-proche de Ségolène Royal a tenu des propos surprenants pour critiquer l'attitude de la présidente de la région Poitou-Charentes ce week-end à Dijon :

« A l'heure où il y a une proposition de loi qui a été déposée pour interdire la fessée, je pense que peut-être il faudrait rétablir la fessée au Parti socialiste pour nous rappeler à la réalité. »

Restent les soutiens de Guillaume Garot, député de Laval, Najat Belkacem, conseillère régionale de Rhône-Alpes, et Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres.

Guillaume Garot, également porte-parole de Ségolène Royal, a réagi ce lundi à ces attaques :

« Il faut que ça cesse. De très nombreux militants sont choqués par ces agressions verbales répétées contre Ségolène Royal (…) Quand on veut rassembler, on on ne commence pas par exclure. »

Enfin, le président de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche (exclu du PS) demeure un inconditionnel. En septembre, il l'accueillait ainsi dans sa région :

« Je suis à ses côtés parce que c'est une femme de qualité. C'est une candidate plus que potentielle à la présidentielle. »

Dessin de Large

Les uns partent, BHL reste

Ségolène Royal peut compter sur le soutien de l'auteur de l'essai « Ce grand cadavre à la renverse » (Grasset), ouvrage dans lequel Bernard-Henry Lévy justifie son appui à la candidate socialiste en 2007.

Il continue de la soutenir dans sa stratégie de « dépassement » du PS. Fin septembre, il déclarait :

« Je pense qu'elle sera candidate à la présidence de la République en 2012 et je pense qu'elle a de très sérieuses chances d'être élue. Elle a compris que cela ne se passait plus autour du PS, que c'est du plomb au pied d'un responsable politique. »

Du côté de ses soutiens non « politiques », c'est pourtant la désertion. Sur Mediapart, Jean-Pierre Mignard, avocat, a expliqué son départ de la présidence de Désirs d'avenir :

« La Ve République commande physiquement que toute idée s'incarne en un homme ou une femme. Sans doute que Désirs d'avenir est partagé entre le soutien à la candidature de Ségolène Royal et la volonté de porter des idées de transformation, que par ailleurs elle porte.

C'est à la fois un avantage et une limite car le mouvement existe à travers sa leader, mais on peut être d'accord avec les idées sans être d'accord avec la candidature de Ségolène Royal. »

Dominique Besnehard, agent d'artistes et jusque là hissé sur les tribunes de Ségolène Royal, a lui aussi pris le large à la suite d'un accrochage avec Ségolène Royal.

A La Charente Libre, le producteur a confié « détester Arnaud Montebourg ». Recadré par Ségolène Royal (il doit « cesser de s'attribuer un rôle politique qui n'existe pas, pas plus que n'existe un rôle de conseil ou de coaching »), il s'en est allé, élégamment, voir ailleurs : « On a décidé l'un et l'autre, de prendre un peu nos distances. »

L'inconnue : les militants

Pour justifier sa présence à la réunion de Vincent Peillon, Ségolène Royal s'est, une nouvelle fois, appuyée sur les militants :

« Je n'ai rien fait de mal, je suis allée visiter les militants qui d'ailleurs tous ont été ravis de me recevoir (…) Je n'entends pas un militant qui se soit plaint de ma venue, c'est quand même extravagant de ne pas pouvoir se rassembler entre socialistes sans qu'il y ait maintenant une petite crise de nerfs. »

Si Ségolène Royal peut effectivement s'enorgueillir d'avoir obtenu 50% des suffrages des adhérents en 2008 lors de la bataille pour la direction du PS, elle bénéficiait alors à l'époque d'un certain nombre de soutiens au sein du parti (Vincent Peillon, Manuel Valls…).

Dans ce grand isolement politique, Ségolène Royal ne se laisse pas abattre. En septembre, lors de la Fête de la Fraternité à Montpellier, l'ex-candidate à la présidentielle était parvenue à ressembler plus de mille personnes. Sans aucune tête d'affiche à ses côtés, elle a remercié ses supporters et fait observer qu'elle n'était pas « seule ». (Voir la vidéo)


Photo : Ségolène Royal à l'université d'été du PS à La Rochelle en 2009 (Audrey Cerdan/Rue89)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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