Egalité des chances, police, émeutes : ce que les banlieues en disent

Publié le 24 Mars 2012

Bonnes feuilles 23/03/2012 

AUTEUR Zineb Dryef | Journaliste POUR  Rue89
 

Sarkozy salue ce vendredi la politique de la Ville de son nouveau soutien, Borloo, à Valenciennes. En Ile-de-France, le constat d'un chercheur n'invite pas aux louanges.


La démolition de la tour DEF, le 23 juin 2010, quelques mois après la tour ABC, cité Balzac, Vitry-sur-Seine (VALINCO/SIPA)

Durant deux années, 2010 et 2011, le chercheur Hacène Belmessous, déjà auteur d'« Opération Banlieues » (éd. La Découverte, octobre 2010), a recueilli les paroles d'habitants de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine et de la Grande Borne à Grigny pour tenter de comprendre le passage à la violence d'une partie des jeunes de ces quartiers en 2005.

Dépassant la dimension ethnique pour analyser ces « émeutes », le chercheur questionne les conséquences des politiques de la Ville menées dans ces cités sur les vies quotidiennes de leurs habitants. Il interroge élus, résidents, travailleurs sociaux et même ceux qui une fois sortis de ces quartiers y reviennent pour « apporter quelque chose ».

Un constat sévère

Pour Rue89, Hacène Belmessous commente certains des propos recueillis dans ces quartiers, dont les habitants n'ont pas été arrachés de leur « condition de minorisés de la géographie sociale et politique française ». Son constat est sévère :

« Aucun dispositif de politique de la Ville, conduit depuis lors par le pouvoir exécutif, n'a sorti leurs habitants de cet enfermement absolu qu'est l'inégalité de traitement qui a été instituée. »

Financée par la région Ile-de-France et menée pour le compte du Centre de ressources politique de la ville en Essonne, l'étude, intitulée « Les “émeutes” françaises et australiennes de l'automne 2005 - Regards croisés sur un objet politique », sera rendue publique lundi 26 mars.

  1. « Ils ont ralenti les travaux »
  2. Les émeutes de 2005 ? Leur Mai 68
  3. « Pas de respect des institutions »
  4. Les flics parlent comme les jeunes
  5. La rumeur du « camion fou »
  6. Se faire justice
  7. La paupérisation
  8. L'école, la réussite impossible
  9. L'égalité des chances, cette « fumisterie »
  10. Ma ville, cette « ville poubelle »

Un coordinateur du secteur enfance et jeunesse au centre social Balzac :

« Les jeunes n'étaient pas contents de ces changements. Ils ne voulaient pas quitter Balzac. Ils sont fiers de leur cité. Alors au départ, ils ont ralenti les travaux, cassant les grilles de protection du chantier. Ils ont ensuite harcelé les maîtres-chiens que l'Office HLM avait engagé pour protéger le chantier. La tour ABC était leur lieu de rendez-vous. Ils ont longtemps dénoncé son projet de destruction. Ils disaient que la mairie ne voulait pas améliorer leur quartier mais qu'elle voulait les faire partir d'ici. Quelques-uns sont allés à des réunions publiques pour dire leur mécontentement mais ça s'est arrêté là. Ils ne sont pas très citoyens. »

Hacène Belmessous :

« Depuis les révoltes sociales de l'automne 2005, les promoteurs de la rénovation urbaine ont accéléré leur entreprise de “ reparamétrage ” des quartiers en multipliant les opérations de démolition. Or, que constate-t-on ? Que l'un des objectifs cachés de ce processus est de rendre “ attractif ” ces lieux afin d'attirer une nouvelle population dont ils estiment qu'elle les fera monter en gamme. Cependant, leurs habitants actuels ne sont pas dupes.

A la cité Balzac, par exemple, où 660 logements sur un total de 923 seront démolis à terme – pour seulement 114 nouveaux logements sociaux construits –, la majorité des locataires entrevoient derrière la rénovation urbaine la liquidation de leur lieu de vie et donc leur éviction du paysage local.

Des sentiments d'hostilité contre le projet urbain sont d'ailleurs en train de grandir. Nombre des 1 500 habitants “ déménagés ” se considèrent comme des “ déracinés ”. Ils ont vécu à Balzac durant de nombreuses années et confient qu'ils souffrent dans leur nouvelle vie, loin de leurs réseaux de sociabilité et de leurs repères du quotidien (le centre social, le cabinet médical, le petit commerce, etc.). Beaucoup exigent du reste d'être à nouveau logés à Balzac, ce que refuse l'Office HLM de la ville. »

Infos pratiques
« Opération banlieues »
De Hacène Belmessous, éd. La Découverte, octobre 2010
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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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