« El Puntero », Robin des bidonvilles argentins

Publié le 6 Novembre 2011

Auteur    Gérard Thomas


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De notre envoyé spécial à Buenos Aires

 

À quelques jours de l’élection présidentielle de dimanche, qui devrait consacrer le triomphe de l’actuelle présidente Cristina Fernandez de Kirchner, l’Argentine se passionne pour… une série télévisée. Depuis cinq mois, tous les mercredis et dimanches soir, vers 23 heures, plus de 4 millions de téléspectateurs suivent El Puntero, les aventures de Pablo Aldo Perotti, dit el gitano (le gitan), sur Canal 13.

Perotti, est un « puntero », un héros des quartiers déshérités argentins. Dans un pays où le clientélisme et les magouilles politiques peuvent encore faire basculer plus d’une élection locale, El Puntero sert de courroie de transmission entre les élus et le peuple. Argent liquide, passe-droits, emplois plus ou moins fictifs, distribution d’aide alimentaire, ce « leader communautaire » gère, par ses largesses, les voix de quelques milliers de personnes en procédant à une habile redistribution des miettes.

En contrepartie, il constitue le premier degré d’un maillage social qui profite au maire ou au conseiller municipal qui le soutiennent. Tous les partis, au premier rang duquel le Parti justicialiste (péroniste, au pouvoir), s’appuient sur ces militants informels, fermant les yeux sur leurs activités plus ou moins licites.

Dans la série, censée se dérouler à Via 31, un bidonville à quelques centaines de mètres du centre clinquant de Buenos Aires, el gitano est un médiateur révolté et hyperactif. Il affiche sa volonté d’imposer une certaine justice sociale dans cette zone de non-droit, n’hésitant pas à s’opposer aux décisions des politiques qui lui paraissent illégitimes. Mais ce personnage débraillé et fort en gueule doit également gérer au coup par coup les conflits de voisinage, tensions entre communautés, vols, viols et trafics de drogue, qui sont le lot quotidien des bas quartiers. « Pourquoi tu te démènes autant ? La politique ce n’est pas ça », lui oppose Hugo Iñiguez, le maire, qui préfère fermer les yeux sur l’urgence sociale en dehors des périodes électorales.

Les Argentins, qui estiment, parfois avec raison, que leurs élus ne font pas toujours preuve de la plus grande intégrité, se délectent de cette mise en coupe des rapports entretenus par le monde politique avec ces chefs de clans que sont les punteros.

 

Paru dans Libération du 20 octobre 2011

 

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Poussin Glinglin

 

Rédigé par jeanfrisouster

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