En France, le débat sur les minarets s'est désormais apaisé

Publié le 1 Décembre 2009

Après la votation suisse, des élus tentent d'importer une polémique qui n'a plus lieu d'être selon la communauté musulmane.

La mosquée de Lyon en 1994 (Robert Pratta/Reuters)

Les minarets vont-ils s'inviter dans le débat politique français ? Après la votation suisse, qui, à 57%, a décidé d'interdire la construction de minarets, l'UMP tente de relancer le sujet, alors que la communauté musulmane estime qu'il y a désormais consensus.

Embrayant le pas à Marine Le Pen, qui s'est félicitée de la décision des Suisses, le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand s'est déclaré « pas certain » qu'on ait besoin de minarets pour pratiquer l'islam en France. Des propos jugés « électoralistes » par le socialiste Pierre Moscovici tandis que le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, reliait cette tentative d'importer le vote suisse au débat lancé par Eric Besson sur l'identité nationale en France.

Mais du coté de la communauté musulmane, le débat sur les minarets semble clos, comme l'explique à Rue89 Sadek Sellam, historien de l'Islam Contemporain et auteur de « La France et les musulmans » :

« Depuis la fin des années 90, ce n'est plus un problème. Les maires, qui gèrent la question au quotidien le savent bien, les anciens refus ont disparu. Les musulmans tiennent compte du droit de l'urbanisme et ne réclament plus de grands minarets.

Ils sont conscients de la primauté de la laïcité et font comme pour les églises qui depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905 ne dépassent pas le plus grand monument de la ville. La Suisse est en retard. »

Très peu de minarets visibles, voire pas du tout

D'ailleurs, les musulmans conviennent volontiers que le minaret n'est qu'un élément architectural symbolique mais pas un élément religieux, dans la mesure où sa vraie fonction, d'appeler les fidèles à la prière, ne peut servir en Europe où le muezzin ne s'entend pas à l'extérieur.

Les radios diffusent les appels à la prière, mais contrairement aux églises qui sonnent les cloches, les mosquées restent muettes. Pour le recteur de mosquée de Lyon, Kamel Kabtane :

« Nous avons essuyé les plâtres dans les années 80, à Lyon par exemple nous avions souhaité un minaret de 35 mètres de haut, mais les tribunaux nous ont obligés à appliquer le plan d'occupation des sols et nous avons ramené la hauteur à celle des autres bâtiments.

D'ailleurs, c'est aussi une question financière puisque la communauté fait en fonction de ses moyens, qui sont faibles. Il y a une dizaine de projets de mosquées en Rhône-Alpes et très peu ont des minarets visibles, voire pas du tout. Il faudrait faire attention à ne pas utiliser ce sujet à des fins électoralistes. »

L'opposition aux minarets a parfois traversé les courants puisque le socialiste Georges Frêche, connu pour ses dérapages verbaux, s'était opposé au minaret dans sa ville de Montpellier, et que le communiste Jean-Pierre Brard à Montreuil (Seine-Saint-Denis) avait tenté de s'opposer à un projet de mosquée.

En août dernier, la municipalité communiste de Gennevilliers a également inauguré sa mosquée, dont le minaret ne dépasse pas 15 mètres, la hauteur de la tour de la mairie. (voir la vidéo)


Un signal lumineux et non vocal

A Marseille, la Grande Mosquée en construction dans les quartiers Nord, sera dotée d'un minaret de 25 mètres de haut, visible depuis l'autoroute A7 lorsque l'on descend vers la Méditerranée. Maxime Repaux chef de projet du Bureau Architecture Méditerranée, qui la construit, relève que :

« Normalement pour le minaret, on aurait vu plus grand par rapport aux proportions du bâtiment, mais on s'est conformé aux règles d'urbanisme. Comme l'appel à la prière ne sera pas audible de l'extérieur, nous avons proposé un signal lumineux, à l'image d'un phare. » (voir la vidéo)


Le projet marseillais, qui s'étend sur 8000 m2, avec une salle de prière de 2500 m2, soit un peu plus petit que la mosquée bleue d'Istanbul, « fait consensus dans la ville qui a une histoire forte avec la communauté musulmane », assure Maxime Repaux, pourtant elle a mis plus de huit ans avant d'être concrètement lancée. Sadek Sellam décrypte l'attitude de la municipalité :

Elle « était opposée à la mosquée lorsque le FN faisait peur mais quand Gaudin a découvert qu'il pourrait perdre plus de voix de musulmans qu'il ne gagnerait d'électeurs du FN, il est devenu un fervent défenseur de la mosquée ».

« Les mentalités sont prêtes »

La Grande Mosquée de Strasbourg, dont le projet a près de vingt ans, a aussi connu de sérieuses difficultés. Mais désormais en construction, elle pourrait même finalement avoir un minaret. Lors de la pose de la coupole, vendredi 27 novembre, jour de la fête de l'Aïd el-Kébir, le sénateur-maire PS de Strasbourg, Roland Ries en a fait la proposition. (Voir la vidéo)


Saïd Aalla, président de la Grande mosquée de Strasbourg revient sur ces aller-retours :

« Le projet déposé auprès de la mairie en 2000 comportait un complexe culturel et une partie cultuelle avec un minaret, puis la droite nous a demandé d'enlever le minaret et maintenant la municipalité socialiste nous l'autorise, on va donc déposer un permis de construire rectificatif pour la mosquée, dont la construction a démarré en 2004.

La droite disait que les mentalités n'étaient pas prêtes à voir un minaret, maitenant que l'extrême droite a reculé, ça s'est détendu. On n'a jamais dit pas que c'était obligatoire d'avoir un minaret pour pratiquer, mais architecturalement ça l'identifie mieux. »

Photo : la mosquée de Lyon en 1994 (Robert Pratta/Reuters)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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