Énergies vertes : le club des cinq empoche la mise

Publié le 27 Juin 2011

26 juin 2011/ Source sudouest.fr  | Auteur Dominique richard

La France est en retard. Avec l'aval de l'Etat, EDF, Areva et compagnie ont tué dans l'oeuf des PME pionnières du secteur.


Le virage de l'éolien terrestre ayant été raté, l'avenir passe désormais par l'offshore. 


L'Allemagne n'a pas attendu des années pour tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima. Ce qui n'est en France que le nom d'un mouvement contestataire - Sortir du nucléaire - deviendra bientôt une réalité outre-Rhin. En 2022, le dernier des 17 réacteurs du pays encore en activité s'arrêtera. Les énergies renouvelables auront alors pris leur essor. L'éolien et le photovoltaïque représentent déjà 9 % de la consommation d'électricité de nos « cousins germains », contre 1,8 % en France. L'industrie allemande des énergies vertes est sans doute la seule au monde à pouvoir tenir tête au rouleau compresseur chinois. Elle emploie plusieurs centaines de milliers de salariés. Autant que l'atome dans l'Hexagone !

La France disposait pourtant d'entreprises à la pointe de l'innovation dans les années 1990. Elles ont été étouffées par le lobby nucléaire. « Rien n'a vraiment changé depuis Louis XIV », déplore le journaliste d'investigation Yvan Stefanovitch, auteur d'une enquête fouillée sur « Les Profiteurs du développement durable ». « Du fait de l'inexistence du pouvoir régional, les initiatives locales n'émergent pas. Tout se passe à Paris où, avec la connivence de l'État, le club des cinq de l'énergie (EDF, GDF-Suez, Veolia, Total et Areva) se contente d'empocher les profits des énergies renouvelables les plus juteuses, sans qu'une véritable structuration des filières soit mise en œuvre. »

Le bazar du photovoltaïque

Le 16 novembre 2010, à l'Assemblée nationale, Pâris Mouratoglou, le patron d'EDF Énergies nouvelles, n'avait guère ménagé la société Photowatt. « Elle existe depuis très longtemps, mais elle a perdu sa compétitivité face à la concurrence chinoise. » À qui la faute ? Il y a quinze ans, cette PME iséroise était le leader mondial de la fabrication de cellules photovoltaïques au silicium. Elle n'a jamais trouvé dans l'Hexagone les capitaux publics ou privés nécessaires à son développement. 90 % des panneaux posés en France viennent de Chine. En 2008, l'Agence française de développement a même accordé un prêt de 20 millions d'euros à l'un des fabricants de l'Empire du Milieu qui inondent l'Hexagone.

Ce n'est qu'en 2006 que les pouvoirs publics ont brutalement pris conscience de l'avenir du solaire. À l'initiative du Premier ministre d'alors, Dominique de Villepin, le prix de rachat par EDF de l'électricité d'origine photovoltaïque a été doublé, la communauté des abonnés finançant le surcoût via quelques euros ponctionnés sur chaque facture. EDF, bien que n'ayant jamais soutenu le solaire, s'est alors engouffré dans la brèche via sa filiale Énergies nouvelles. Au point de totaliser près de 50 % des demandes de raccordement au réseau.

Baisse des tarifs de rachat, limitation de la puissance des installations, rabotage des crédits d'impôt… Au mois de mars, le gouvernement a crevé la bulle photovoltaïque et enrhumé une filière en état de surchauffe. Trop de projets n'avaient pas grand-chose à voir avec le développement durable. L'investissement dans le solaire étant fortement défiscalisé, notamment en outre-mer, des cabinets spécialisés commençaient à drainer les capitaux des contribuables fortunés. Pléthore d'épargnants, issus notamment de l'élite du CAC 40, ont bénéficié de remises d'impôts souvent supérieures à leurs apports. Le sénateur centriste de la Mayenne, Jean Arthuis, dénonce des « montages scandaleux ». Son collègue de la Réunion, Jean-Paul Virapouillé, parle carrément de « centaines de millions d'euros détournés par des escrocs ».

Les ratés de l'éolien

Le constat n'est guère plus reluisant dans l'éolien. Là encore, la France partait en pole position. Dès 1996, le gouvernement d'Alain Juppé avait lancé le plan Éole. Jeumont Schneider, une filiale de Framatome, le constructeur de chaudières nucléaires, avait pris de l'avance. La filière n'a pas survécu au regroupement des activités nucléaires au sein d'Areva. Sa future ex-patronne, Anne Lauvergeon, obnubilée par le nucléaire, a brûlé les ailes de ces nouveaux moulins à vent, au moment où l'État contraignait EDF à doubler le prix de rachat de l'électricité produite. Résultat de cette politique de gribouille : les 7,5 milliards d'euros investis depuis dix ans dans l'installation d'aérogénérateurs ont surtout servi à importer des éoliennes. Longtemps étouffé par le lobby nucléaire, l'éolien terrestre est désormais freiné par les contraintes administratives imposées par le Parlement. L'avenir passe par les parcs marins, sur lesquels lorgnent les grands groupes, ceux-là mêmes à l'origine du retard tricolore.

 

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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