Eric Besson s'attaque au mariage mixte, vieille tradition française

Publié le 19 Novembre 2009

Par Chloé Leprince | Rue89

Eric Besson a décidé de mener l'assaut contre ce qu'il appelle « le mariage gris » : une union contractéé par un Français qui ignorerait que le butde son partenaire serait uniquement d'obtenir des papiers.


Le 18 novembre, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale a annoncé le lancement d'un groupe de travail sur « l'escroquerie sentimentale à but migratoire ».

L'expression, plutôt méconnue, a heurté bon nombre d'esprits. Les Verts, par exemple, se sont fendus d'un communiqué, déplorant jusqu'à un jeu de mots avec « gris », insulte antiarabe qu'on peut ranger aux côtés de « bicots » ou « bougnoules ».

Mais l'expression n'est pas l'œuvre du transfuge du PS. Depuis sa naissance en 2007, Rue89 a reçu plusieurs e-mails d'internautes sur le sujet, qui parlaient déjà de « mariages gris ».

Déjà des blogs sur le Net

Sur le Net, on trouve quelques occurences datant de 2007, ainsi qu'une petite brassée de blogs perso. On y ressasse promesses déchues, amours à distance, sentiments bafoués. Ces femmes (elles sont majoritaires) qui s'épanchent parlent bien de « mariage gris » après avoir été quittées aussitôt l'époux muni de papiers en règle.

Pour la plupart, elles disent bien se garder de « faire des généralités ». Eric Besson, lui, insiste sur la vulnérabilité des moitiés abusées mais n'avance aucun chiffre pour justifier sa volonté de durcir de l'arsenal législatif. Il estime que les victimes seraient « plusieurs milliers ». Mickael Cohen, avocat membre du groupe de travail, parie pour sa part sur un phénomène en pleine augmentation.

Sauf qu'en plein débat sur l'identité nationale, la mise en exergue d'un phénomène de l'ordre de « plusieurs milliers » est évidemment un biais. Vu que, comme la trilogie éternelle « baguette, béret, camembert », le mariage mixte est bien une tradition française.

Un mariage sur trois est mixte

C'est ce qu'observait sur Rue89 il y a un an déjà Claire Zalc à l'occasion de la première grande expo de la Cité de l'immigration : l'historienne rappelait que le nombre d'étrangers en France est à peine plus elevé aujourd'hui qu'entre les deux guerres. En 2008, un peu moins d'un mariage sur trois liait un Français à un étranger : 84 000 unions mixtes pour 273 500 mariages célébrés (des chiffres revus à la baisse par certains universitaires).

Or l'argument d'Eric Besson pour étayer sa traque des « escroqueries sentimentales » est que la France est « une nation particulièrement généreuse » en matière de mariages mixtes. Comme si l'union d'un de ses citoyens avec un(e) étranger(e) relevait de la tolérance.

Le ministère ne cache pas que le mariage mixte fait l'objet de toute son attention, et pour cause : le mariage reste la première cause migratoire vers l'Hexagone. Une autorisation long séjour sur deux est délivrée à des époux ayant fraichement convolé.

Officiellement, aucun objectif ne circule quant à une réduction de ce flux migratoire qui existe de longue date en France. Dans son comminiqué, SOS Racisme a dénoncé une rhétorique « qui renvoie aux mêmes ressorts qu'en 2007 lors de la tentative d'instauration des tests ADN : lier immigration et fraude, s'en prendre au droit de vivre en famille et lancer de faux débats ».


Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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