Espagne : l'assassin devient expert-policier pour le ministère de l'Intérieur

Publié le 8 Mars 2013

Publié le 07/03/2013 à 06h00 | Mise à jour : 07/03/2013 à 10h40
Auteur Sylvain Cottin , pour sudouest.fr

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Amaia Hethener, Charentaise venue d'Espagne, découvre avec stupeur que le responsable de la mort de sa soeur a fait carrière dans la police. Scandale à Madrid

Amaia, hier à Ambleville (Charente) : « Je veux savoir qui a protégé ce tueur. »

Amaia, hier à Ambleville (Charente) : « Je veux savoir qui a protégé ce tueur. » (Theillet Laurent)

Imaginer l'assassin de sa sœur parmi les voyous ou bien dans les rangs des mauvais était pour elle une évidence. Le découvrir reconverti expert auprès des tribunaux et de la Guardia civil (1) le fut en revanche un peu moins.

Trente-trois années après l'enlèvement puis le meurtre de sa grande sœur Yolanda de deux balles dans la tête, voilà Amaia Hethener sous le coup d'une émotion mêlée de colère. Installée dans le petit village d'Ambleville (Charente) depuis une dizaine d'années, cette Espagnole de 50 ans vient de lire à la une du quotidien « El Pais » (en anglais) que l'ancien terroriste d'extrême droite Emilio Hellin réussissait brillamment dans les affaires policières à Madrid.

 

« J'en ai la chair de poule »

L'affaire, qui, depuis le 24 février, remue à nouveau une Espagne à l'époque traumatisée par le sort de cette jeune femme de 19 ans soupçonnée - à tort - d'être une militante d'ETA, est édifiante. « Après avoir simplement changé de prénom, Hellin est aujourd'hui l'un des principaux consultants du service criminel de la Guardia civil », explique José Maria Irujo Amatria, ce grand reporter qui a réussi à le rencontrer. « Il participe à des enquêtes judiciaires sur le terrorisme et les kidnappings, donne des formations aux forces de sécurité de l'État, et reçoit un salaire du ministère de l'Intérieur ».

Condamné à quarante-trois ans de prison notamment émaillées par deux évasions et une fuite au Paraguay, l'ancien leader d'un commando proche de Fuerza nueva (2) en est vraisemblablement ressorti dès 1993. « Je me doutais bien qu'il ne purgerait pas toute sa peine, mais au moins un peu plus, tremblait hier Amaia. Le pire est d'imaginer toutes les hautes complicités dont ce tueur, qui a toujours assumé ses crimes, a dû bénéficier pour en arriver là. Comment ne pas avoir la chair de poule ? » Âgée de 17 ans lorsque le cadavre de Yolanda fut retrouvé dans un terrain vague de Madrid, sa petite sœur n'eut pas ensuite l'autorisation d'assister au procès du commando.

Le gouvernement gêné

« Mes parents, désormais vieux et malades, avaient voulu me préserver. Aujourd'hui, la douleur ne s'est pas refermée, mais je n'ai plus peur de cet homme. » Alors, tandis que le gouvernement espagnol peine depuis une semaine à justifier l'incroyable résurrection professionnelle d'Emilio Hellin, Amaia s'envolera ce matin pour Madrid avec la ferme intention d'éclaircir ce mystère entretenu sous des gouvernements de droite comme de gauche. « Peut-être est-ce pour nous présenter des excuses ou bien nous faire taire, mais mon frère et moi sommes convoqués vendredi par le chef de cabinet du ministre de l'Intérieur. J'espère qu'ils vont assumer. »

(1) Gendarmerie espagnole. (2) Ancien parti politique d'extrême droite proche de Franco.

L'incroyable parcours d'Emilio Hellin

Dans une Espagne gérant encore en 1980 l'héritage du franquisme, Yolanda González tomba une nuit de février sous les balles d'un commando de Fuerza Nueva persuadé de faire la peau à une activiste d'ETA. Police et justice prouveront vite qu'il n'avait en fait abattu qu'une simple militante gauchiste du Parti socialiste des travailleurs (PST).

Dénoncé par l'un de ses complices, le leader Emilio Hellin passera aux aveux moins d'une semaine plus tard, prétextant une vengeance après l'assassinat de gardes civils au Pays basque. Outre une grande quantité d'armes et d'explosifs découverts à son domicile, les enquêteurs auront alors la certitude que ce trentenaire dirigeait une véritable école clandestine du terrorisme. Condamné à quarante-trois ans de prison, Hellin s'évade deux fois, jusqu'à l'obtention, en 1987, d'une très controversée permission de sortie durant laquelle il s'enfuit aussitôt vers le Paraguay.

Il prétend être son frère

Arrêté par Interpol puis extradé vers l'Espagne en 1990, il ne retourne pourtant que trois petites années en prison. Libéré en 1993, Emilio Hellin devient ensuite Luis Henrique Hellin en 1996, comme le relève la minutieuse enquête du journal « El Pais ». Malgré des preuves accablantes, l'homme aujourd'hui âgé de 63 ans assure n'être que le demi-frère du terroriste, qu'il prétend décédé.

S'il semble avoir mis entre parenthèses sa brillante carrière professionnelle depuis la semaine dernière, Emilio Hellin était il y a quelques jours encore expert à l'Audiencia nacional (le tribunal spécialisé de Madrid), mais surtout l'un des principaux collaborateurs de la Guardia civil et de la police scientifique. Spécialiste de l'espionnage téléphonique, de la récupération de preuves informatiques et des portables déclencheurs d'explosifs, son dernier travail connu a été le traçage d'appels dans une affaire d'assassinat.

Ancien directeur du département d'ingénierie des services criminels, le commandant Ramón Garcia Jimenez ne dément pas cette étonnante reconversion : « Il nous conseillait pour résoudre et orienter des enquêtes, mais j'ignorais son passé. »

Endossant seul la responsabilité du meurtre de Yolanda, Hellin avait refusé d'impliquer d'éventuels commanditaires lors de son procès. Certains, aujourd'hui, pensent qu'il en a été généreusement remercié.

S. C.

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Vos commentaires 28
 
mimie
08/03/2013, à 15h32 Alertez
redempter vas dire sa a la famille. c'est honteux il ne merite pas de deuxième ance charreter de vouloir racheter leur fautes. la justice devrait êtr beaucoup sévère pour ce genre de crime
 
 
harryposteur33
08/03/2013, à 05h06 Alertez
@Maitre Capello, votre naïveté m'amuse, vous pensez qu'on chasse la vermine avec des bisous ?
 
 
mamy la pêche
07/03/2013, à 16h12 Alertez
Comme celle de la Bretagne, de l'alsace et lorraine, de la corse, des landes du lot et garonne non non je m'énerve là.......!!!!!
 
 
Popeta
07/03/2013, à 15h14 Alertez
nilorenaiz: je ne défends pas du tout ETA car ils ont commis des crimes horribles, mais les demandes d'indépendance du pays basque sont pour moi justifiées.
 
 
Me Capello's not dead
07/03/2013, à 14h49 Alertez
Et sinon...

Quoi ??? La Police embauche des anciens fachos ???

Alors là je suis vraiment surpris !
 
 
REDEMPTEUR
07/03/2013, à 14h09 Alertez
Alors ,il vaut mieux ça que de continuer dans la criminalité
chaque homme a le droit de se racheter,arrêtons d'être mesquin
moi je connais des pourriture qui sévisses,en toute tranquillité
on leur donne le bon dieu sans confession.
 
 
Me Capello's not dead
07/03/2013, à 13h31 Alertez
Buck Mulligan
07/03/2013, à 13h26 C'est le cas de Maurice Papon, qui normalement aurait dû être jugé et exécuté mais fut récupéré comme "préfet" parce qu'il avait démontré durant l'occupation de réelles compétences en matière d'organisation et de planification.

On peut dire ça oui.
 
 
Me Capello's not dead
07/03/2013, à 12h59 Alertez
En même temps en France on a bien eu Pasqua à l'Intérieur et personne n'a rien dit.
 
 
Gilles G
07/03/2013, à 12h54 Alertez
Valls va surement trouver à défendre cet assassin !
 
 
Scruntch
07/03/2013, à 12h15 Alertez
@nilorenaiz : regarder le passé ? ben c'est le présent il me semble dans cette histoire, un peu scandaleux le recyclage de l'assassin condamné non ? des victimes des 2 côtés certes, mais avez vous déjà vu un condamné d'ETA "reconverti" de cette façon ça me fait penser à l'utilisation d'anciens nazis par les pays occidentaux pdt la guerre froide... Pour en revenir à celui ci l'"utilisation" de ses "compétences" est à gerber ! quelle honte !!!
 

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Publié dans #citoyens du monde

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