Et si on proposait aux élèves des leçons de culture religieuse ?

Publié le 1 Janvier 2010

Une mosaïque de la mosquée Sainte-Sophia, à Istanbul (Glv/Flickr)

Pour beaucoup, Trinité n'est qu'une station de métro, Noël un jour
férié et la mosquée de Paris un joyau d'architecture hispano-mauresque. La méconnaissance des religions dans notre société est liée au recul
des pratiques religieuses, mais aussi à la faible place que leur
accorde l'école publique.

Le rapport remis par Régis Debray en 2002, portant sur l'enseignement du fait religieux comme réalité historique et culturelle, devait marquer une remobilisation du système éducatif sur cette question. Mais celle-ci connaît des difficultés et fait débat parmi les profs.

L'idée

L'idée centrale avait ainsi été résumée par Jacques Chirac, alors président de la République, lors d'un colloque sur le sujet en novembre 2002 :

« La tolérance et la laïcité ne peuvent pas trouver de bases plus solides que la connaissance et le respect de l'autre, car c'est du repli sur soi et de l'ignorance que se nourrissent les préjugés et les communautarismes. »

Donner aux élèves l'accès à une part essentielle de leur héritage

Depuis la fin des années 80, les politiques ont pris conscience de la nécessité d'intégrer dans les programmes scolaires une approche raisonnée des religions. Elle donnerait accès aux élèves à une part essentielle de leur propre héritage. C'est ce que concluait en 1989 le rapport de Philippe Joutard sur ces questions :

« L'ignorance du religieux risque d'empêcher les esprits contemporains d'accéder aux œuvres majeures de notre patrimoine artistique, littéraire et philosophique. »

Au-delà de l'acquisition de connaissances, l'idée est de susciter des échanges et de favoriser le dialogue dans des classes où la diversité culturelle peut être grande. Pourtant, vingt-ans après le rapport Joutard, huit ans après celui de Régis Debray, l'enseignement du fait religieux
ne s'est toujours pas imposé.

Comment la mettre en pratique ?

  • Accroître l'interdisciplinarité

« Les différents rapports et le programme que nous proposons insistent sur le caractère transversal de cet enseignement », explique Anna Van Den Kerchove, coresponsable de la formation à l'enseignement des faits religieux à l'Institut européen en sciences des religions (IESR), fondé en 2002 avec comme objectif de participer à la mise en œuvre de
cet enseignement.

Il ne s'agit pas de créer une nouvelle discipline indépendante, mais d'intégrer dans les matières déjà existantes des éléments de culture religieuse.

Exemples : l'analyse objective et circonstanciée d'un passage de la Bible lors d'un cours de français, l'étude du protestantisme dans le cadre d'un cours d'anglais ou du regard que portent les religions sur le bonheur en cours de philosophie…

Aujourd'hui, c'est essentiellement en histoire que l'élève acquiert ces notions. Olivier, professeur de collège en histoire-géographie, y voit une évidence :

« Dans 95% de nos cours nous sommes obligés de faire référence aux religions. Sinon comment voulez-vous que j'explique à mes élèves l'affaire Dreyfus ou le Concordat de Napoléon ? »

Anna Van Den Kerchove confirme que la demande de formation vient surtout des professeurs d'histoire-géographie :

« Nous faisons un travail de sensibilisation auprès des académies pour que des disciplines comme les langues ou la philosophie en tiennent compte dans leurs programmes. »


  • Inscrire cet enseignement dans un cadre laïc

Il s'agit évidemment de transmettre des connaissances, pas une croyance. Or, il existe encore souvent, au sein du corps professoral, une confusion entre l'enseignement des faits religieux et l'enseignement confessionnel.

Arielle Corbani, éditrice aux éditions de l'Atelier qui est à l'initiative de la série de manuels « Sur la piste des religions », le constate :

« Non seulement il y a une gêne vis-à-vis de tous ce qui touche au religieux, mais aussi une crainte d'un retour aux cours de catéchisme. »

« J'ai souvent peur de dire des choses qui heurtent la classe »

Par ailleurs, beaucoup de professeurs appréhendent la réaction de leurs élèves. C'est le cas de Linda, professeur de littérature dans un lycée :

« La religion relève de l'intime et, dans le cadre de mes cours, j'ai souvent peur de dire des choses qui peuvent heurter la sensibilité des uns ou des autres, et provoquer au sein de mes classes des débats où il y aurait le clan des athées, celui des musulmans, celui des chrétiens ou des juifs. »

L'enseignement du fait religieux peut pourtant être un remède contre le repli communautaire. Mehrézia Labidi-Maïza, vice-présidente de la section européenne de la Conférence mondiale des religions pour la paix se rend régulièrement dans des établissements scolaires pour échanger avec les élèves. Elle constate qu'à chaque fois, c'est « l'occasion de créer un espace d'échanges et de désamorcer certains préjugés ».

Ce que l'on peut faire

Se former ! Il est indispensable que les professeurs aient de solides connaissance dans ce domaine afin de proposer une approche raisonnée et de prendre de l'assurance face aux élèves. Les réticences constatées naissent souvent d'un manque de maîtrise, remarque Anna Van Den Kerchove :

« Il faut pouvoir gérer les questions et réactions des élèves. Et souvent, c'est sur l'Islam qu'ils veulent en savoir le plus car c'est un sujet très présent dans l'actualité. »

Des ressources pédagogiques limitées et trop pointues

Dans les formations proposées par l'IESR, le professeur approfondit sa connaissance de l'histoire et des rituels, mais aussi des enjeux que soulèvent aujourd'hui. Il faut aussi des supports pédagogiques adaptés. Certains profs utilisent les sources de la Documentation française, mais celles-ci sont essentiellement universitaires et ne sont donc pas accessibles aux plus jeunes.

Arielle Corbani a du mal à convaincre l'Education nationale de mettre les manuels de sa collection, qui présentent les religions à travers des thèmes de la vie quotidienne comme le corps, la violence, le bonheur ou l'art, à disposition : les commandes ne proviennent que des écoles catholiques.

Les élèves dans tout ça ? Selon le dernier sondage réalisé par l'IESR en 2008, 70% des jeunes de 14-16 ans pensent qu'avoir une connaissance sur les différentes religions aide à vivre ensemble, et 57 % jugent que cela aide à comprendre les événements d'actualité.

 

Photo : la Vierge Marie sur la mosaïque des Comnène dans la mosquée Sainte-Sophie, à Istanbul. L'édifice était jusqu'en 1453 une basilique chrétienne (Qlv/Flickr)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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