État d’urgence à Detroit

Publié le 15 Avril 2013

Publié le 14/04/2013 à 06h00
Auteur Stéphanie Fontenoy, pour SudOuest.fr

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L’industrie automobile remonte la pente, mais les finances publiques ne suivent pas. La ville a été mise sous tutelle et risque la faillite.

À detroit

L’hiver dernier, la société de produits d’entretien Procter & Gamble a livré 70 000 rouleaux de papier toilette aux pompiers de Detroit, cadeau de la maison. Une blague ? Pas du tout. Une semaine plus tôt, plusieurs casernes s’étaient plaintes d’une carence de produits d’hygiène, comme le savon, les serviettes et le précieux papier hygiénique. Une pénurie malheureusement symptomatique du fonctionnement de la mairie de Detroit, qui avait déjà rogné sur des services essentiels comme l’éclairage et les transports publics ainsi que le ramassage des ordures. La Ville est à l’agonie : son budget municipal accusait un déficit de 300 millions de dollars en 2012, et sa dette obligataire a atteint la somme record de 14 milliards de dollars.

 

Après maints coups de semonce, l’État du Michigan, dont dépend Detroit, a parachuté fin mars un superviseur financier pour redresser les finances. Avocat spécialisé dans les faillites, Kevyn Orr a quarante-cinq jours - à partir de la date de sa nomination - pour présenter un plan de sauvetage de l’ancienne « Motor City ».

Les apparences sont cependant trompeuses. Au dernier Salon de l’automobile de Detroit, les constructeurs américains avaient retrouvé le sourire. À la suite d’une sévère restructuration de l’industrie sous l’égide de l’État il y a quatre ans, les ventes de véhicules General Motors, Ford et Chrysler étaient en hausse en 2012, et les « Big Three » ont renoué avec les bénéfices. Au prix cependant de concessions majeures de la part des syndicats sur les salaires et les retraites des employés du secteur, revus à la baisse.

Une population en déclin

Comme le reste des États-Unis, l’ancien fleuron industriel a souffert des délocalisations et de la concurrence étrangère. Les tensions raciales et la corruption des élus ont aussi précipité son déclin. En cinquante ans, entre son pic à 1,8 million d’habitants en 1960 et les moins de 800 000 aujourd’hui, l’agglomération s’est vidée de la moitié de sa population. Son costume est devenu trop lourd à porter : à Detroit, 100 000 maisons et terrains sont à l’abandon. Certains quartiers sont des no man’s land où germe la criminalité.

La dernière récession a encore accentué les contrastes économiques. Le centre se revitalise petit à petit, grâce à un vivier d’entrepreneurs qui profitent d’un immobilier bon marché tout en pariant sur la reprise économique. L’exode régulier depuis un demi-siècle est freiné par l’arrivée d’une population jeune et urbaine, majoritairement blanche, à la recherche d’une vie meilleur marché et plus saine que dans les autres grandes villes. Pour David Mc Namara, président de l’association des pompiers de Detroit, la reprise économique ne concerne que « quelques petites poches » dans un paysage urbain en souffrance. « Il y a beaucoup de tentatives géniales pour faire des choses bien. Mais il y a aussi beaucoup de tragédies individuelles », souligne-t-il.

Dix-huit mois, pas plus

L’administrateur financier aura besoin de tout le tact du monde pour expliquer à des habitants très réticents qu’il va falloir faire encore plus de sacrifices. Il arrive en terrain miné. Le fait que le gouverneur du Michigan, Rick Snyder, un républicain blanc, mette sous tutelle une ville démocrate à majorité noire ne facilite pas sa tâche, même si M. Orr est lui-même noir et démocrate ! Quand le maire, Dave Bing, un Afro-Américain, avait proposé en 2010 de « rapetisser » Detroit en délocalisant les résidants des zones dépeuplées vers le centre-ville, la population noire avait crié à l’épuration ethnique.

Kevyn Orr a dix-huit mois pour mener à bien sa mission. À son arsenal : négocier des plans de refinancement de la dette avec les créanciers, revoir les salaires et les plans sociaux avec les syndicats des employés du public, voire vendre des actifs et réécrire des réglementations locales.

En cas d’échec, il peut recommander ni plus ni moins que la faillite, sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites, qui permet une réorganisation de la dette devant les tribunaux. Si Detroit en arrivait là, il s’agirait de la plus grande faillite municipale de l’histoire des États-Unis.

Le climat politique ne va pas faciliter la tâche de l’administrateur, largement perçu comme un « outsider » venu vendre l’âme de la ville. Pour le meilleur comme pour le pire, Detroit fait figure de ville symbole des États-Unis. Alors que le secteur privé américain - dont l’industrie automobile - reprend de la vitesse, Detroit sert de miroir magnifiant au reste du pays.

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Vos commentaires 1
 
Séraphine
14/04/2013, à 11h29 Alertez



Dans quel état serait cette ville s'il n'y avait pas eu le plan de sauvetage de l'automobile ?

25 % des échanges commerciaux entre le Canada et les Etats-Unis transitent par Detroit qui n'a qu'un seul pont transfontalier où passent 30 000 camions par jour .

Obama vient d'autoriser la construction d'un nouveau pont :

http://www.radio-canada.ca/regions/ontario/2013/04/12/002-pont-windsor-detroit-permis-president.shtml

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Publié dans #citoyens du monde

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