Etats-Unis : les grandes banques s'enivrent, les petites trinquent

Publié le 5 Novembre 2009

Sylvain Lapoix - Marianne | Jeudi 5 Novembre 2009 à 16:55 | Lu 450 fois

En refusant d'augmenter son taux directeur, la réserve fédérale avoue indirectement la fragilité du système financier : si les grandes banques, réfugiées en bourse, s'en sortent, les plus petites, au contact du réelle paient le prix du chômage et des faillites.



C'est la faillite des PME, des classes populaires américaines, des sous-traitants... c'est la cinquième plus grande faillite de l'histoire des Etats-Unis : dimanche 1er novembre, la banque CIT a déposé le bilan après avoir prêté pendant 100 ans aux petites entreprises. La holding seule est en faillite : ses filiales devraient pouvoir continuer leur travail... pour l'instant !

Car, contrairement à ce que pourrait laisser croire la santé insolente des grandes banques bénéficiaires du plan de relance d'Obama, la finance américaine, et l'économie des Etats-Unis en général, n'est pas au beau fixe. Vendredi 30 octobre, neuf banques régionales ont ainsi fermé boutique, portant à 98 le nombre des faillites d'établissements financiers depuis le début de l'année.

Une «reprise mécanique» loin d'être durable...

Principale cause de ses faillites : le millier de petites banques régionales des Etats-Unis porte sur ses épaules les prêts de PME victimes collatérales de la crise et des petits clients en chômage. L'économie réelle est sans pitié avec elle !

Certains signes ne trompent pas : en annonçant, jeudi 5 novembre au matin, qu'elle conserverait bas ses taux pendant une longue période, la banque fédérale a indirectement révélé son inquiétude sur la fragilité d'un secteur bancaire surtout bénéficiaire du retour de la spéculation et d'une reprise mécanique de l'industrie, qui reconstitue ses stocks.

«Dans le schéma de "reprise en W", nous sommes dans la phase ascendante du premier "V", celle qui profite des 700 milliards de dollars injectés par Barack Obama, résume Jean-Michel Quatrepoint, auteur de la dernière bulle. Or, avec l'informatique et l'économie du temps réelle, la reprise comme la crise se propage bien plus vite, et ce sont les gros établissements qui en profitent.» Reste à savoir ce que deviendra l'économie américaine quand tout la carburant aura été brûlé... de même qu'on peut s'inquiéter de l'avenir de l'économie européenne après la fin de la prime à la casse !

Les gros établissements profitent de la spéculation et du big business


En attendant, les grands établissements bancaires se nourrissent eux-mêmes : la spéculation aidant, ils reconstituent leurs marges en profitant des bas taux. Après s'être grassement rémunéré sur le prêt aux Etats criblés de dette, la dernière technique à la mode pour profiter des largesses de la réserve fédérale s'appelle le Carry Trade. Elle consiste à emprunter dans une monnaie à taux très bas (dollar, euro...) et prêter à un taux plafond à l'autre bout du monde. En Inde ou en Australie, les taux supérieurs à 5% permettent des culbutes phénoménales, sans risque que les autorités mettent leurs nez dans les transations...

Pour booster leurs résultats, les banques spéculatives n'ont pas besoin de l'économie réelle (sauf des chômeurs, auxquelles elles peuvent refiler les dernières subprimes) : leurs circuits de rémunération sont totalement déconnectés. Exemple : en conseillant Burlington Northern Sante Fe dans son rachat par Warren Buffet, Goldman Sachs pourrait toucher une petite commission d'un monstrueux gâteau de 44 milliards de dollars ! De quoi garantir quelques juteux bonus à ses traders. Faute de baisser le chômage, c'est toujours ça d'injecté dans l'économie réelle...


Source  Marianne2.fr

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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