Étranglées par les dettes, elles risquent de perdre leur toit

Publié le 16 Novembre 2012

Publié le 15/11/2012 à 06h00
Par Pantxika Delobel, à Saint-Sébastien

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Près de 500 logements seraient saisis chaque jour par les banques espagnoles. Reportage.

Dans cette barre d'immeubles de la banlieue sud de Rentería, au Pays basque espagnol, à quelques encablures de Saint-Sébastien, le temps semble s'être arrêté au beau milieu des années 1980. Ainhoa Txokarro et sa mère, Kontxi, vivent dans une de ces tours de briques ocre, au huitième étage. L'accès se fait par un minuscule ascenseur tapissé de moquette. Avec le temps, les numéros des étages ont disparu des touches. Leur appartement est un trois pièces de 50 mètres carrés, un peu vieillot, acheté à crédit en 2002. Et remboursé aujourd'hui à prix d'or : 905 euros par mois.

Un prêt bancaire qu'elles ne peuvent plus assumer depuis qu'Ainhoa, 34 ans, a perdu son emploi d'auxiliaire de vie, il y a dix-huit mois. « Ce n'est pas que je ne veux plus payer la banque, mais je ne le peux plus », constate cette femme grande et solide, à l'allure gothique, enfoncée dans un canapé bordeaux en velours usé.

 

« Je ne touche plus d'indemnités chômage depuis le mois d'avril dernier. Ama [maman, en basque] est malade du cœur et ne travaille plus depuis bien longtemps. Heureusement, elle touche une retraite de 1 300 euros. Et c'est grâce à cette petite pension que nous survivons toutes les deux. »

900 euros de mensualités

Ainhoa et Kontxi Txokarro ont fait les frais de ces banquiers peu scrupuleux qui ont accordé des hypothèques à tour de bras à des personnes insolvables ou aux revenus insuffisants. De plus, avec la baisse des prix de l'immobilier, des centaines de milliers de propriétaires espagnols ayant souscrit des emprunts à très long terme doivent désormais rembourser des sommes largement supérieures à la valeur de leur logement.

Des biens invendables qui viennent grossir un parc déjà gargantuesque depuis l'éclatement de la bulle immobilière. Pour nos deux habitantes du quartier Kaputxinoak de Rentería, le cercle vicieux s'est enclenché en 2008. Leurs mensualités sont alors brusquement passées de 500 à plus de 900 euros. À cause d'une disposition de quelques lignes, passée inaperçue à la signature de leur prêt, elles se sont saignées pendant plusieurs mois pour honorer ces remboursements.

À ce moment-là, la famille ne peut déjà plus faire face. Elle tente de négocier avec sa banque la réduction de moitié des mensualités. Mais la descente aux enfers se poursuit. Début 2011, Ainhoa, jeune aide médicale, se retrouve au chômage. « Ce qui me plaît vraiment, c'est de m'occuper des personnes âgées. Elles m'aiment bien, je crois. Pourtant, aujourd'hui, je suis prête à bosser dans n'importe quoi. Mais, depuis dix-huit mois, je ne trouve rien. Pas le moindre petit boulot de femme de ménage ou de serveuse. »

« Implorer » les banques

Aujourd'hui, mère et fille s'échinent à verser quelque 200 euros tous les mois pour rembourser leurs dettes. Mais, chaque semaine, l'épée de Damoclès se fait plus menaçante. Elles ont « supplié », « imploré » l'entité prêteuse d'effacer l'ardoise de 150 000 euros. En vain.

Aujourd'hui, elles sont comme leur divan, en bout de course : fatiguées. Hantées par la crainte de perdre leur toit, du jour au lendemain. De se retrouver à la rue en plein hiver. « Pour vivre dignement, il te faut de quoi manger, de quoi t'habiller et un endroit pour dormir. Sans un de ces trois éléments, impossible de te construire, d'aller chercher du travail, d'avancer. » À 61 ans, Kontxi respire péniblement. Même ses phrases manquent de souffle. « Qu'ils me jettent à la rue, cela m'est égal. C'est pour ma fille que je m'inquiète. »

Au sud des Pyrénées, ils sont des centaines de milliers d'Espagnols menacés d'expulsion. Depuis le début de la crise, ils seraient près de 400 000 à avoir subi cette loi hypothécaire qui date de 1909. Ladite ordonnance autorise les banques à expulser de chez eux les propriétaires qui ne paient plus leur prêt.

Néanmoins, en Espagne, rendre le bien hypothéqué ne suffit pas à solder la dette. Une fois le logement saisi, la banque peut se l'adjuger pour 60 % de sa valeur et continuer d'exiger la différence. Une double peine qui a entraîné des drames humains.

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Kontxi et Ainhoa Txokarro peuvent se retrouver à la rue du jour au lendemain. Photo Bertrand Lapègue

Ainhoa · emploi · Immobilier
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Publié dans #citoyens d'europe

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