Euthanasie : un an après, le docteur Bonnemaison se livre

Publié le 14 Août 2012

Publié le 13/08/2012 à 06h00 | Mise à jour : 13/08/2012 à 07h20
Auteur Pierre Penin , pour sudouest.fr
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Le 12 août 2011, le médecin bayonnais était mis en examen pour des faits d'euthanasie. Un an après, il se confie pour la première fois

Nicolas Bonnemaison, avec son avocat, Me Arnaud Dupin, au palais de justice de Pau, en septembre dernier. Une année de procédure commence pour le médecin mis en examen.

Nicolas Bonnemaison, avec son avocat, Me Arnaud Dupin, au palais de justice de Pau, en septembre dernier. Une année de procédure commence pour le médecin mis en examen. (Luke Laissac)

L'affaire a éclaté dans la torpeur de l'été, voilà un an. Le 12 août 2011, le Dr Nicolas Bonnemaison était mis en examen pour des faits « d'empoisonnement par administration sur personnes particulièrement vulnérables ». Soupçons d'euthanasies. Le médecin du Centre hospitalier de la Côte basque à Bayonne reconnaîtra, dès les premières heures de la procédure, les injections (1) pratiquées sur quatre patients en fin de vie. Le dossier s'est, par la suite, épaissi de nouveaux cas. Silencieux depuis, il a accepté de se confier à « Sud Ouest » (2).

« L'éclatement de l'affaire a été extrêmement brutal pour moi. ''Comme un coup de tonnerre dans un ciel serein'', ainsi que l'on décrit en médecine les pathologies aiguës à début fulgurant », illustre Nicolas Bonnemaison. Il dirige alors l'Unité hospitalière de courte durée (UHCD). Il a créé ce service en marge des urgences, très vite devenu le déversoir des autres services en manque de lits : c'est ce que confirme, en novembre, un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas).

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C'est le nombre de signatures qu'a récoltées sur Internet (mesopinions. com) la pétition de soutien à Nicolas Bonnemaison, entre le 12 août et le 31 décembre 2011. Au-delà du seul cas Bonnemaison, le chiffre est éloquent quant à la sensibilité du débat sur l'euthanasie en France. Le texte de la pétition a été rédigé et mis en ligne par le comité de soutien au médecin, mis en examen pour des faits d'empoisonnement, qui s'est constitué dès les premiers jours de l'affaire. Ce comité est toujours actif. Par ailleurs, des membres du personnel de l'hôpital de Bayonne avaient organisé, dès le 16 août 2011, une manifestation de soutien à leur confrère.

« Mon exil »

Aide-soignante, infirmière et cadre des urgences, plusieurs personnes signalent les quatre premiers cas d'euthanasie. Sur le fondement de cette alerte, la direction s'adresse au parquet de Bayonne. Le 11 août, le Dr Bonnemaison est interpellé sur son lieu de travail. « La garde à vue est une épreuve redoutable, où l'isolement est palpable », dépeint le mis en cause. Dans le creux médiatique du mois d'août, cette nouvelle affaire défraie immédiatement la chronique. Caméras, micros et carnets convergent.

Avec les siens, il préfère s'éloigner du tumulte et s'établit à Chambon-sur-Lac, en Auvergne, chez des amis. Cette sorte de retraite, c'est « ce que j'appelle mon ''exil'' dans le Puy-de-Dôme ». « Ma famille me manquait, ma mère, mes frères et sœurs. » Le juge des libertés et de la détention (JLD) laisse libre le praticien, sous contrôle judiciaire : « Je suis certes sorti libre du palais de justice, ce qui a constitué un immense soulagement, mais le parquet ayant fait appel de cette décision, le mois qui a suivi fut difficile. » Jusqu'à la confirmation de sa liberté, le 13 septembre, par la cour d'appel de Pau.

Au-delà de l'enjeu, des incertitudes de l'audience, Nicolas Bonnemaison peut étreindre ce jour-là ses proches sur les marches du palais de justice. « Pouvoir les retrouver à Pau, même furtivement, était un réel cadeau. Je ne suis définitivement revenu à Bayonne que quatre mois plus tard, soulagé de retrouver ''le pays''. Il m'a tant manqué. »

« Tout me ramène à ça »

Depuis l'hiver, toujours soumis au régime de la liberté surveillée, il a repris le cours de sa vie. Pas un cours normal. L'homme est toujours accusé de faits très graves, passibles de la cour d'assises et de la réclusion criminelle à perpétuité.

« Cela fait maintenant un an que ces faits se sont déroulés, mais tout reste très présent dans ma tête, livre-t-il. Bien sûr, la procédure en cours est très prégnante dans mes pensées. Tout me ramène à ça, mais j'essaie de le vivre avec le plus de sérénité possible. Ma réflexion me mène aussi souvent vers les patients et leur famille, je pense à eux. »

À ce jour, Nicolas Bonnemaison est mis en examen pour sept cas suspects. Pour un huitième, il a été entendu comme « témoin assisté », statut intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mis en examen.

La majorité des familles n'a pas porté plainte. Une seule s'est portée partie civile, en octobre dernier. Son conseil, Me Valérie Garmendia, a précisé la démarche, qui serait d'abord technique : les parents souhaitent avoir accès à l'intégralité du dossier.

Nicolas Bonnemaison attend la fin de l'instruction, sans pouvoir exercer la médecine. Le JLD a assorti sa liberté conditionnelle d'une interdiction de pratiquer. Et le ministre de la Santé d'alors, Xavier Bertrand, a exigé sa suspension.

« Ma deuxième famille »

Quand on l'interroge sur l'année écoulée, c'est de son métier dont veut parler l'ancien urgentiste de 51 ans : « J'ai exercé la médecine vingt-deux ans à l'hôpital de Bayonne, j'y reste viscéralement attaché. C'était un peu ma ''deuxième maison'' et l'équipe avec laquelle je travaillais, ma ''deuxième famille''. »

Il n'oublie pas « le contact avec les patients et leur famille, la richesse de cette relation sur le plan humain ». Le mis en examen affirme que « rien ne peut remplacer cela ». « C'est ce qui occupe le plus mon esprit, encore aujourd'hui, et cela ne me quittera pas. » Et d'insister : « Mon travail me manque. »

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(1) Un mélange d'Hypnovel et de Nocuron, médicament à base de curare. Ce dernier provoque la paralysie respiratoire.

(2) Nous lui avons transmis des questions par le truchement de son avocat, Me Arnaud Dupin. Nicolas Bonnemaison ne peut aborder le fond du dossier, couvert par le secret de l'instruction, mais il confie son ressenti.

Chronologie


4 août 2011. Des membres du personnel alertent un cadre des urgences sur la mort, la veille, d'une patiente nonagénaire arrivée dans le coma à l'hôpital. Ils soupçonnent une euthanasie pratiquée par le docteur Bonnemaison.

9 août. Le cadre des urgences avise la direction de l'hôpital.

10 août. La direction informe le procureur de la République, qui confie l'enquête à la police judiciaire.

11 août. Le docteur Bonnemaison est arrêté et placé en garde à vue.

12 août. Le juge d'instruction le met en examen pour des faits d'empoisonnement sur personnes vulnérables. Le médecin reconnaît avoir aidé à mourir quatre patients en fin de vie. Ce même jour, le juge des libertés et de la détention (JLD) rend une ordonnance qui le laisse libre, sous contrôle judiciaire. Appel du parquet.

6 septembre. L'examen de l'appel fait apparaître trois nouveaux cas d'euthanasie. Le docteur Bonnemaison sera entendu comme « témoin assisté pour un huitième cas » et une famille se constituera partie civile en octobre.

13 septembre. La cour d'appel de Pau confirme la décision du JLD.

Novembre. L'Inspection générale des affaires sociales conduit une enquête à l'hôpital.

18 novembre. Le médecin est suspendu de ses fonctions par son ministre de tutelle.

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Rédigé par jeanfrisousteroverblog

Publié dans #citoyens d'europe

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