Explicateur : Opérateur téléphone, La Poste peut-elle changer la donne ?

Publié le 10 Mars 2010

Par François Krug | Eco89

Le logo des PTT (ancien nom de La Poste et France Telecom) sur un bâtiment de le gare Lille-Saint-Sauveur (Lamiot/Wikimedia C)

Le courrier, ça ne rapporte plus assez : La Poste veut se lancer dans le téléphone mobile. Comme Auchan ou M6, elle veut se transformer en opérateur virtuel. Le principe : acheter des minutes de communication à Orange, SFR ou Bouygues, puis les revendre aux particuliers. Un pari risqué pour La Poste, et pas forcément une bonne affaire pour les consommateurs.

Les ambitions de La Poste dans le téléphone ont été révélées ce mardi par Les Echos. Le projet est à l'ordre du jour du conseil d'administration de jeudi, et l'offre pourrait être lancée au premier semestre 2011. Objectif : 1,5 à 2 millions de clients d'ici quatre ans.

Ce ne serait pas un retour aux PTT, le mastodonte public qui assurait à la fois le courrier et les télécoms. La Poste serait en effet dépendante des trois opérateurs qui contrôlent le marché du mobile. Un marché pas encore très concurrentiel.

1Un « opérateur virtuel », c'est quoi ?

C'est un opérateur qui ne possède vraiment qu'une chose : sa marque. Les infrastructures techniques et les réseaux mobiles restent aux mains d'Orange, SFR et Bouygues Télécom.

Un opérateur virtuel, ou MVNO (l'acronyme anglais), se contente d'acheter des minutes de communication en gros aux propriétaires des réseaux. Le but du jeu, c'est évidemment de les revendre avec un profit, sous la forme de forfaits ou de cartes prépayées.

Comment ? En ciblant des segments très spécifiques du marché, et en jouant sur le marketing. M6 et NRJ misent sur les jeunes, certains MVNO visent uniquement les entreprises, et d'autres comptent sur leur proximité avec leur clientèle, grâce à leurs réseaux de magasins.

C'est la stratégie des grands distributeurs, comme Auchan. Ce serait aussi celle de La Poste. Dans ses 17 000 agences, elle vend déjà des recharges prépayées pour les grands opérateurs : pourquoi, alors, ne pas proposer ses propres cartes et forfaits ?

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Les opérateurs virtuels peuvent-ils faire baisser les prix ?

Pour l'instant, pas vraiment. D'abord, ils ne font pas encore le poids face aux opérateurs historiques. Leur part de marché était de 5,93% en décembre, avec 3,5 millions de clients, selon les chiffres de l'autorité de contrôle des télécoms, l'Arcep.

Ensuite, Orange, SFR et Bouygues ont imposé leurs conditions lors de l'ouverture du marché, en 2005. Ces conditions ne laissent pas beaucoup de liberté aux opérateurs virtuels, s'était émue l'Autorité de la concurrence dans un avis publié en 2008.

Parmi ces conditions, des exclusivités très longues, jusqu'à dix ans : la plupart des MVNO ne peuvent pas faire jouer la concurrence entre Orange, SFR ou Bouygues. La plupart d'entre eux, également, ne gèrent pas eux-mêmes leurs clients : leurs opérateurs-fournisseurs s'en chargent pour eux.

Surtout, les opérateurs historiques alignent leurs prix de gros sur leurs prix de détail. Ce mode de calcul s'appelle le « retail minus » : un opérateur virtuel paie la minute au même tarif qu'un particulier client d'Orange par exemple, moins une ristourne commerciale.

Le mode de calcul alternatif, c'est le « cost plus » : l'opérateur-fournisseur réclame seulement l'équivalent du coût réel de la minute pour lui, plus un supplément qui consistera, donc, sa marge. Pour Orange et SFR, c'est beaucoup moins intéressant. Bouygues, lui, a accepté de tester ce système.

Pour gagner de l'argent, les opérateurs virtuels doivent donc miser sur les SMS ou sur une grille tarifaire subtile. Ainsi, comme l'avait raconté Eco89, certains forfaits « illimités » ne le sont pas tant que ça, le MVNO encadrant en fait la durée de communication offerte au client.

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Le marché peut-il devenir plus concurrentiel ?

Oui, mais pas seulement en raison de l'arrivée de La Poste. Le véritable bouleversement, c'est la fin de la domination du trio Orange-SFR-Bouygues. En décembre, Free a remporté la nouvelle licence de téléphonie mobile mise en vente par l'Etat.

Un quatrième réseau sera donc mis en place d'ici 2012. Il sera contrôlé pour l'essentiel par Free, et les fréquences restantes seront mises en vente cette année. Le fournisseur d'accès veut appliquer au téléphone la même méthode que pour Internet : réduire les prix en réduisant ses coûts.

Pour ces nouvelles fréquences, les règles du jeu ont aussi un peu changé. La France pourrait voir émerger des « full MVNO », des opérateurs virtuels possédant une partie du réseau technique, et donc plus indépendants. Edouard Barreiro, chargé des télécoms à l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, explique :

« Les “full MVNO” sont pour l'instant impossibles à lancer en France, alors qu'ils représentent 20% du marché dans les pays scandinaves. Pour obtenir la quatrième licence, Free a pris des engagements en ce sens. Et le gouvernement a aussi prévu des dispositions pour les nouvelles fréquences qui seront proposées aux opérateurs. »

L'arrivée d'un géant comme La Poste devrait faciliter le mouvement. Selon les chiffres révélés par Les Echos, l'ambition est claire : rejoindre puis détrôner le leader actuel, Virgin Mobile, qui compte 1,7 million de clients. La Poste prévoit d'atteindre 1,5 à 2 millions de clients en quatre ans.

Photo : Le logo des PTT (ancien nom de La Poste et France Telecom) sur un bâtiment de le gare Lille-Saint-Sauveur (Lamiot/Wikimedia Commons)

 

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Source Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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