Festivus, l'anti-fête préférée des Américains non-religieux

Publié le 1 Janvier 2010

Par Alexis Buisson | Journaliste 

Un personnage de la série "Seinfeld" porte une perche en alu, équivalent du sapin de Noël pour Festivus (DR)

(De New York) Noël vous coûte émotionnelle ment et financièrement ? Le côté protocolaire de Hanukkah vous agace ? Pour l'an prochain, laissez-vous tenter par Festivus ! Aux Etats-Unis, cette fête alternative popularisée par la série Seinfeld est célébrée par les déçus des fêtes religieuses traditionnelles.

C'est un drôle de rituel. On y trouve une perche en aluminium faisant office de sapin, une démonstration de force quelconque -le plus souvent, un combat entre un père et son fils- et surtout, l'enregistrement sur magnétophone d'une session très attendue de griefs à l'encontre de proches dans la salle.

C'est d'ailleurs la partie préférée de Jennifer Galdes, publicitaire à Chicago, adepte de ce mystérieux rite :

« C'est très amusant. Et avec un peu d'alcool, des informations intéressantes sortent. »

Ce n'est pas le concept d'une nouvelle émission de télé-réalité, mais d'une « anti-fête » dénommée Festivus, qui est en train de s'imposer dans le calendrier des Américains aux côtés des célébrations religieuses traditionnelles.

Festivus est célébré autour du 23 décembre, sans règles fixes

Est-ce le grand chambardement des croyances outre-Atlantique ? Une récente étude du Pew Research Center suggère qu'un tiers des Américains veut se tailler des fêtes religieuses sur mesure. Une réaction au caractère hyper commercial de Noël ? Ou peut-être est-ce tout simplement « la bêtise des gens » qui « ont beaucoup de temps à perdre », plaisante l'un des interviewés.

Une chose est sûre : son succès ne se dément pas. Célébré en famille ou entre amis autour du 23 décembre (il n'y a cependant pas de date fixe), Festivus serait en effet observée par plusieurs centaines de milliers d'Américains -peut-être plusieurs millions selon les observateurs.

Leur lieu de culte ? Des appartements et des maisons, mais aussi des bars et des salles de concert à travers le pays. Leur texte sacré ? Aucun : chacun est libre d'adapter le rituel à ses envies.

Festivus est d'abord apparue dans la série « Seinfeld »

Ces « anti-fêtes » ou « fêtes alternatives » se sont multipliées ces dernières années aux Etats-Unis. Aux côtés de Festivus, Chrismukkah (un mélange de Christmas et Hanukkah qui a fait son apparition dans la série « The O.C ») ou encore la fête du Solstice observée par les non-croyants trouvent de plus en plus d'adeptes au pays du « In God We Trust ».

Le journaliste Allen Salkin, qui explore dans « Festivus : A Holiday for the Rest of Us », les racines de cette nouvelle fête, avance sa propre explication :

« Le “melting pot” américain est en train de fondre. Alors que de plus en plus de personnes passent les fêtes loin de chez elles, le besoin pour des moments entre amis se fait de plus en plus sentir. D'où des fêtes inclusives comme Festivus ou Chrismukkah. »

Selon Salkin, on célébrait déjà Festivus dans la Rome antique sous une forme différente. Le Festivus des temps moderne nous vient lui d'un épisode de la série Seinfeld, diffusé en décembre 1997, avec Frank Costanzan personnage joué par Jerry Stiller, qui deviendra le gourou de ce mouvement. (Voir la vidéo)



Le Festivus de Seinfeld est né sous la plume de Dan O'Keefe Jr, l'un des scénaristes de la série. Chez les O'Keefe, on fête Festivus de père en fils depuis février 1966, date de la rencontre entre Dan O'Keefe Sr et sa future femme. Celui-ci, atterré par le côté franchement « bling bling » et formaté de Noël, veut alors organiser une fête simple et délicieusement déjantée.

Pas de perche en alu ni de combat père-fils à l'époque, mais une horloge dans un sac, la sacro-sainte session de griefs, et un thème loufoque (tel « y-a-t-il de la lumière au bout du tunnel ? »), le tout sur fond de chansons de Sylvie Vartan, de laquelle O'Keefe Père s'était épris.

A propos de l'ajout de la perche, du combat et de la date du 23 décembre comme jour de la fête, le scénariste précise :

« Pour sa diffusion dans Seinfeld, il a fallu adapter le rite au langage sitcom… Le tout était vraiment trop bizarre (…) Après la diffusion, le premier commentaire posté sur le site de Seinfeld était : “Qu'est-ce c'est que ça ? ”

Il y avait pourtant cinq histoires différentes dans cet épisode, une pour chaque personnage. Festivus n'en représentait qu'une toute petite partie. »

400 perches en aluminium vendues pour Festivus en 2005, 2000 en 2006

Alors que les chiffres des rediffusions de Seinfeld s'étiolent, les rangs des fans de Festivus eux ne cessent de grossir. Pour Anthony Aveni, auteur d'un ouvrage sur les fêtes aux Etats-Unis, Festivus a de beaux jours devant lui :

« Beaucoup de personnes pensent comme Frank Costanza : nos fêtes sont trop commerciales ! Festivus perdurera tant qu'il représentera une alternative au caractère consumériste de ces fêtes. »

Mais serait-ce déjà trop tard ? Depuis la diffusion de « l'épisode Festivus », des tee-shirts et des cartes postales Festivus sont désormais disponibles en ligne, entre autres gadgets. Depuis 2005, un fabriquant de produits en aluminium dans le Milwaukee, la Wagner Company, vend les fameuses perches en alu, centrales au rite.

Tony Leto, directeur des ventes chez Wagner, se frotte les mains :

« Nous en avons vendu 400 en 2005, 2000 en 2006. Et cette année, nous avons 30 commandes par jour (…) C'est très amusant et cela nous donne une belle visibilité, même s'il ne s'agit que d'une infime partie de notre chiffre d'affaires. »

Dan O'Keefe Jr n'est pas gêné que son bébé soit récupéré de la sorte :

« Festivus est né entre deux pages de pub sur une chaîne de grande écoute. ÇCa a commencé comme fête commerciale et ça le restera. »

Photo : un personnage de la série « Seinfeld » porte une perche en alu, équivalent du sapin de Noël pour Festivus (DR)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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