Fort Hood : le tueur était sous pression et aurait agi seul

Publié le 8 Novembre 2009

Veillée funèbre devant le camp militaire de Ford Hood, au Texas, le 6 novembre (Jessica Rinaldi/Reuters)


C'est officiel : il n'y avait pas de complot terroriste à Fort Hood, mais le geste d'un homme seul.


Ce sont les premiers résultats de l'enquête après la tuerie de vendredi dans la base militaire texane, provoquée par le commandant Nidal Malik Hassan, qui a ouvert le feu et tué 13 militaires américains et blessé 29 autres avant d'être lui même grièvement blessé.

Des conclusions qui rassureront l'opinion américaine mais ne calmeront pas pour autant la méfiance suscitée vis-à-vis des Américains musulmans.

Les enquêteurs, selon le New York Times, privilégient la piste d'un ensemble de « pressions religieuses, idéologiques et religieuses », et en particulier d'un impact « émotionnel » dû à son travail de psychiatre auprès des soldats revenus de missions en Irak et en Afghanistan et qui en reviennent parfois ave de sérieux troubles psychiques.

Le commandant Hassan, issu d'une famille d'origine palestinienne, est décrit d'un côté comme un officier compétent et pacifique, et de l'autre un homme tourmenté par son travail auprès des vétérans des deux guerres américaines en terre musulmanes, l'Irak et l'Afghanistan, et par le fait qu'il devait, lui aussi, partir en mission en Afghanistan fin novembre.

Il tentait d'échapper à cette mission et évoquait souvent, selon des témoignages reccueillis par la presse américaine, son hostilité à voir des musulmans américains aller combattre d'autres musulmans.

Selon les enquêteurs, qui ont eu accès à son ordinateur, le commandant Hassan a visité à plusieurs reprises des sites islamistes, et a même échangé des e-mails avec des personnes de cette mouvance. Pas de quoi, à ce stade, considérer qu'il a agi dans le cadre d'une organisation, et, pour l'heure, les enquêteurs excluent l'existence de complices.

De ce fait, Hassan devrait être déféré devant un tribunal militaire, et pas civil comme cela aurait été le cas s'il y avait eu complot.

La fragilité du « front intérieur » et la lassitude de la population

Cette affaire est embarrassante pour Barack Obama, que ses détracteurs s'emploient toujours à présenter comme « Barack Hussein Obama », des origines musulmanes qu'il n'a jamais niées et dont il a même fait un atout dans son discours du Caire au monde musulman au printemps dernier.

Mais surtout, elle vient montrer la fragilité du « front intérieur », et les dégats provoqués par ces guerres interminables -celle d'Afghanistan est le plus long engagement militaire américain depuis le Vietnam- sur la population.

Le président américain est en pleine redéfinition de sa stratégie en Afghanistan, et doit prendre une importante décision sur l'envoi ou non de renforts supplémentaires, comme le lui demande le chef du contingent américain en Afghanistan, le général McChrystal.

Les Britanniques pas convaincus que cette guerre peut être gagnée

La leçon vaut aussi pour les alliés des Etats-Unis. La Grande-Bretagne, qui vient de subir une série terrible de pertes, dont cinq soldats tués par un policier afghan, est elle aussi confrontée au problème du moral de la population.

Selon un sondage de la BBC, 64% des Britanniques ne croient pas à une victoire en Afghanistan contre seulement 27% qui y croient. 63% des Britanniques jugent également que les troupes britanniques devraient se retirer dès que possible contre 31% qui estiment le contraire.

En France, pourtant fortement engagée dans la guerre d'Afghanistan, le débat public n'existe quasiment pas. C'est à peine si on a entendu Bernard Kouchner dire il y a quelques jours que le président Hamid Karzaï était « corrompu », mais que l'Occident devait néanmoins le « légitimer ». Il n'y a pas eu de question à l'Assemblée ou d'éditorial pour s'interroger sur la cohérence de la stratégie de l'Otan en Afghanistan.

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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