Google cesse de censurer son site chinois et part à Hong Kong

Publié le 22 Mars 2010

Le siège chinois de Google à Beijing, le 21 mars (Christina Hu/Reuters)

Google a annoncé lundi soir qu'il cessait de censurer son site chinois et le transferait à Hong Kong, territoire chinois autonome où il n'y a pas de censure. Cette décision, un retrait de fait de Chine, met fin au bras de fer engagé depuis des semaines entre la société américaine et le gouvernement de Pékin, accusé par Google d'avoir tenté de pénétrer dans ses systèmes informatiques, et d'imposer la censure de son moteur de recherche en chinois. Ces derniers jours, la presse chinoise s'était déchaînée contre Google, carrément accusé de liens avec la CIA, comme l'expliquent nos partenaires d'Aujourd'hui la Chine.

(De Pékin) Les médias d'Etat chinois ne verseront pas de larmes au départ de Google, dont ils fustigent la « politisation » de son différend avec Pékin, et y voient un rappel de l'impérialisme colonial.

L'agence officielle Xinhua et l'organe central du Parti communiste chinois, le Quotidien du Peuple, évoquent tous deux lundi le retrait imminent de Google. Ils se limitent à la critique du moteur de recherche mais ne livrent aucun détail sur le contenu et la teneur des négociations en cours avec les autorités chinoises.

Pour Xinhua, Google est le grand perdant de cette histoire : il s'aliène à la fois le plus grand marché Internet du monde et sa crédibilité auprès des internautes chinois en commettant l'erreur de se « politiser ».

Cette politisation est perçue comme une arrogance insupportable, alors que le groupe californien se permet de défier des règles qu'il avait respecté pour gagner des parts de marché depuis son implantation en 2005.

« Depuis quand une compagnie privée peut se permettre de contester les lois d'un pays ? »

En filigrane, c'est le « soft power » américain qui est visé et Pékin entend bien rappeller que la culture occidentale n'est pas universelle et ne peut prétendre imposer ses valeurs à la Chine.

En toile de fond, le bras de fer latent entre les Etats-unis et la Chine, dans lequel le moteur de recherche est instrumentalisé, selon les médias chinois :

« La collaboration cachée entre Google et les services de sécurité américains est de plus en plus visible. Ce qui ne peut que provoquer le désespoir des internautes chinois ».

Dans les colonnes du Quotidien du Peuple, on n'échappe pas à la rengaine nationaliste qui utilise sempiternellement le souvenir d'une Chine humiliée au 19ème siècle par les puissances occidentales. L'éditorialiste du journal du Parti communiste interpelle ainsi le groupe américain :

« Je ne suis pas sûr que Google ait conscience que son arrogance rappelle aux Chinois l'époque où les puissances occidentales avaient enfoncé les portes de la Chine avec leurs navires de guerre et leurs canons ».

Lettre ouverte d'internautes chinois

Parallèlement, par le biais de Twitter et des forums, une lettre ouverte à Google et au gouvernement chinois circule sur internet. Les internautes s'indignent de la totale opacité des tenants et aboutissants des négociations et réclament des détails par une liste de questions.

Ils demandent des précisions sur les règles de la censure, car mis à part le sexe, la violence et le jeu, clairement définis, nul ne sait comment est mesuré le degré de subversion des informations plus politiques.

Ils se demandent par exemple quelles ont été les limitations imposées à l'information dans de récents scandales comme les accidents de mine, les enfants esclaves dans la briquetterie du Henan, les expropriations violentes ou encore le lait contaminé. Ils sont inquiets de la violation de leur droit à l'information « qui relève de l'intérêt public » et demandent qu'une tierce partie composée de citoyens indépendants puisse arbitrer les problèmes de censure.

L'affaire google a sans conteste amené un grand nombre d'internautes chinois a réaliser à quel point leur gouvernement tente de les couper du monde. Ils sont indignés et considérent que leur droit à l'information est bafoué. Ils sont également très déçus que google ne les ai pas informés et se conduise finalement avec autant d'opacité que les censeurs.

 

 

Photo : le siège chinois de Google à Beijing, le 21 mars (Christina Hu/Reuters)

En partenariat avec :
Aujourd'hui la Chine

Ailleurs sur le Web
Le communiqué officiel de Google, sur le blog officiel de la société (en anglais)

Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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