Goulven, kiné aux Antilles, jusqu'à 6500 euros par mois

Publié le 1 Mars 2012

Votre porte-monnaie au rayon x 29/02/2012
Auteur François Krug | Journaliste Pour  Rue89
 

 

En janvier, Goulven (le prénom a été modifié) a quitté la Bretagne pour la Guadeloupe. Changement de climat, mais aussi de niveau de vie : ce kinésithérapeute de 32 ans bénéficie de revenus confortables et d'une fiscalité avantageuse, grâce à son installation en zone franche. De quoi largement compenser des prix beaucoup plus élevés qu'en métropole.

Ancien professeur d'EPS, Goulven a repris ses études pour devenir kiné. Diplômé l'an dernier, il a exercé quelques mois dans le Finistère, avant de s'installer en Guadeloupe avec son amie :

« J'avais simplement envie d'aller au soleil. Ca n'avait rien à voir avec des questions financières, je ne savais même pas qu'il y avait des avantages en Guadeloupe. »

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Revenus : jusqu'à 6500 euros

Goulven l'admet : il gagne beaucoup mieux sa vie que ses confrères de métropole. Il partage son temps entre des soins à domicile, dans un rayon de 15 km autour de Basse-Terre, au sud de la Guadeloupe, et des vacations dans une clinique.

  • Revenus professionnels : jusqu'à 8000 euros

Les journées sont bien remplies. De 7h à 18h, Goulven rend visite à une douzaine de patients, mais passe aussi cinq heures à la clinique. Il travaille ainsi du lundi au samedi, en s'accordant deux après-midis de repos, le mercredi et le vendredi.

Un mois de travail peut lui rapporter 8000 euros :

  • Soins à domicile : 4800 euros (pour 12 patients cinq jours par semaine, les soins étant facturés en moyenne 20 euros)
  • Vacations à la clinique : 3200 euros (à raison de cinq heures par jour, cinq jours par semaine, l'heure étant rémunérée 32 euros)

Ces revenus peuvent varier sensiblement d'un mois à l'autre. A la baisse comme à la hausse :

« Ca dépend s'il y a un bras à rééduquer ou deux, une jambe ou deux, si c'est une entorse, une lombalgie, de la neurologie... Et si je fais deux patients de plus, c'est une heure de boulot en plus, cinq jours par semaine, donc à la fin du mois, ça représente au moins 800 euros de plus.

C'est vrai, on a un brut qui est quand même assez impressionnant, on brasse beaucoup d'argent. Mais après, il y a tout ce qui part en charges, et il ne faut pas oublier que lorsqu'on prend des vacances ou que l'on tombe malade, on n'est pas payé. »

  • Frais et charges : 1476 euros

Goulven est affilié à un cabinet de Basse-Terre, avec le statut d'assistant collaborateur. Chaque mois, il verse au propriétaire une rétrocession de 1100 euros. En contrepartie, le cabinet couvre l'ensemble de ses frais professionnels, du secrétariat aux crèmes de massage.

Exerçant une profession libérale, notre kiné doit ensuite gérer lui-même les charges sociales et souscrire à des assurances professionnelles, pour un total de 376 euros :

  • Urssaf : 1607 euros par an, soit 134 euros par mois (un montant forfaitaire, pour les professionnels en début de carrière : dans deux ans, les versements seront proportionnels aux revenus de Goulven et devraient donc augmenter)
  • Cotisations à la Carpimko, la caisse de retraite et de prévoyance couvrant les kinés : 2714 euros par an, soit 226 euros par mois
  • Responsabilité civile professionnelle : une assurance obligatoire de 189 euros par an, soit près de 16 euros par mois, par exemple « si je laisse tomber un patient et qu'il se casse le fémur... »

Après ces soustractions, le revenu de Goulven reste confortable : autour de 6500 euros les bons mois.

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Dépenses : au moins 2460 euros

Comme tous les habitants de la Guadeloupe, Goulven doit dépenser une petite fortune au supermarché et dans les stations service. Mais il ne verse pas un centime au fisc, grâce à un statut très particulier.

  • Impôts : zéro euro

Goulven est installé dans une Zone franche urbaine. « Un quartier un peu mal famé », selon lui. Il profite d'un dispositif destiné à relativiser les quartiers en difficulté : une exonération fiscale devant inciter les entreprises et les professions libérales à s'y installer.

Cette exonération reste provisoire. Goulven ne versera pas d'impôt sur le revenu pendant cinq ans. L'exonération sera ensuite dégressive, mais s'il ne déménage pas, notre kiné ne sera imposé à 100% que dans dix ans.

  • Assurances et placements : 574 euros

En plus de ses versements à la Carpimko, Goulven souscrit à une assurance complémentaire de 888 euros par an, soit 74 euros par mois. Et pour améliorer sa retraite et se protéger « en cas de pépin », il a décidé de placer une partie de ses revenus chez un assureur : chaque mois, il verse 300 euros sur un premier compte, et 200 sur le second.

  • Logement : 950 euros

Voilà qui rendra jaloux beaucoup de métropolitains. Goulven et son amie louent une maison de 80 m2 à Trois-Rivières, avec un jardin de 600 m2 et vue sur la mer. Loyer : 950 euros par mois, hors charges.

  • Alimentation : 400 euros

Vivre en Guadeloupe n'a pas que des avantages : au supermarché, « les prix sont hallucinants ». A eux deux, Goulven et sa compagne y dépensent autour de 800 euros par mois. Et sans faire de folies, assure le kiné.

L'Autorité de la concurrence a d'ailleurs noté des écarts de 55% entre les prix pratiqués en métropole et outre-mer. Elle met directement en cause la grande distribution locale : selon son rapport, l'éloignement ne suffit pas à expliquer le prix des produits importés de métropole.

  • Transports : 422 euros

Pour se rendre chez ses patients, Goulven passe beaucoup de temps en voiture. En l'occurrence, un 4x4 d'occasion acheté 4000 euros et « un peu pourri », selon le kiné :

« Il tombe en panne tous les mois, je dois souvent aller chez le garagiste et louer une voiture... »

Depuis janvier, Goulven a tout de même dépensé 1500 euros chez le garagiste, et 500 euros chez les loueurs de voitures. Soit, en moyenne, 182 euros par mois ! Une facture qui vient compléter les 240 euros déboursés chaque mois en carburant.

  • Télécoms : 114 euros

Goulven dépense 64 euros par mois pour son forfait de téléphone portable (six heures de communications). Il verse également 49,90 euros pour son abonnement à Internet : 20 euros de plus que l'offre équivalente en métropole.

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Loisirs

Le cinéma, les concerts ou les soirées ne coûtent pas cher à Goulven : il sort très rarement, préférant consacrer son budget « loisirs » à sa passion, les sports nautiques, et à ses vacances.

Depuis son arrivée en Guadeloupe, il s'en est accordé sept semaines. Une chez lui, pour s'installer, deux pour naviguer dans les Caraïbes et, surtout, quatre en métropole, cet été. Prix du billet aller-retour en plein mois d'août : 800 euros. Cher, mais notre kiné compte remettre ça une fois par an.

Goulven peut se le permettre. Déduction faite de toutes ses dépenses, il finit un mois de travail avec près de 4000 euros dans son porte-monnaie. Un niveau de vie « difficile à comparer » avec celui de la métropole, estime-t-il :

« On n'est pas hyper-dépensier. On ne paie pas de chauffage, on n'achète pas beaucoup de vêtements puisqu'on est en short et en t-shirt tout le temps. Ca compense en partie la différence des prix. Et on a une qualité de vie indéniable, qu'on n'aurait pas en métropole. Aujourd'hui, il fait 30 degrés et l'eau est à 28 degrés... »

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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