Immobilier : les affaires (et les coups bas) reprennent

Publié le 19 Novembre 2009

Par Ninon Ingrid | La triste vie d'un agent immobilier

Panneaux d'agences immobilières signalant des biens à vendre à Marseille en 2008 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

En partenariat avec "La triste vie d'un agent immobilier"Alors que la valse illicite des étiquettes avait cessé depuis quelques mois, certaines agences immobilières la remettent au goût du jour avec une vigueur inconnue. Elles n'hésitent plus, depuis septembre, à baisser arbitrairement le prix affiché sur leurs publicités (sans avertir les propriétaires bien sûr ! ), afin d'attirer le chaland.

Sur le site immobilier le plus consulté, SeLoger.com, les biens sont affichés par ordre croissant de prix. Le prix est donc un élément stratégique qui permet de classer les annonces entre elles. Une même maison, confiée à plusieurs agences, apparaîtra plusieurs fois sur le site mais l'annonce affichant le prix le plus bas (même d'un euro ! ) apparaîtra avant les autres dans les résultats.

5 000 euros de moins en cinq jours

Exemple : j'ai constaté que le prix d'un appartement, mis à la vente 300 000 euros dans mon agence (le mandat de vente dûment signé faisant foi), descendait de jour en jour du fait de la concurrence que les autres agences se livrent entre elles sur SeLoger.com.

Lundi, l'agence A baisse le prix à 299 000 euros. Mardi, l'agence B, découvrant le subterfuge, affiche le même appartement à 298 000 euros. Mercredi, l'agence C s'en mêle et décide de ne pas respecter, elle non plus, les termes contractuels du mandat. Elle baisse le prix à 297 000 euros.

Jeudi, l'agence A, initiatrice du mouvement, s'aperçoit que ses concurrents sont entrés dans la danse et hop, corrige le prix à 295 000 euros. Voilà comment un appartement a perdu artificiellement, en cinq jours, 5 000 euros de manière illégale, au nez et à la barbe des propriétaires.

Heureusement pour les professionnels, peu de propriétaires contrôlent les annonces. Généralement, ils vérifient au début de la commercialisation que l'annonce est en ligne, puis ils ne consultent quasiment plus les sites. Si un propriétaire s'aperçoit par malchance des modifications de prix, il suffira de répondre :

« C'est une erreur de saisie de la stagiaire, nous allons corriger immédiatement… »

Les acquéreurs se réjouissent (je les comprends), mais ils sont bien les seuls ! En ce qui me concerne, ces pratiques sont catastrophiques : 50% de mes biens sont affichés plus chers que ceux de mes concurrents. Pas en raison d'un problème de barème d'honoraires (les agences s'alignent entre elles), mais parce qu'ils attendent que je publie mon annonce, pour afficher 1 000 euros de moins.

Afficher un bien à la vente à un prix différent de celui du mandat est formellement interdit par la loi Hoguet (sauf si un avenant écrit correctif est signé par les propriétaires au préalable). En cas de contrôle inopiné de la DGCCRF, le responsable de l'agence écope au mieux d'une amende et, au pire, perd sa carte professionnelle.

Tout est bon pour attirer le client et vendre ! En respectant la loi, je pâtis d'une forte concurrence déloyale de la part de certaines agences qui ne s'émeuvent absolument pas de ces pratiques, puisque « tout le monde le fait ». L'idiot est bien celui qui ne le fait pas. Le système pousse au crime.

Pas de « dumping » sur les honoraires

Certains « confrères » n'hésitent pas non plus à télécharger les photos les plus alléchantes des agences concurrentes (dont parfois les miennes). Imaginez-vous, quel gain de temps : pas la peine de prendre des photos soi-même, ni de passer du temps à les recadrer pour les rendre attrayantes…

Il suffit de choisir le concurrent qui travaille le mieux et fait les plus belles photos, les « piquer » d'un clic droit de souris, puis afficher 1 000 euros de moins qu'elle. L'internaute viendra tout de suite vers cette agence apparemment très professionnelle, alors qu'elle n'a même pas pris le temps de photographier le bien et ne respecte pas le prix prévu par le mandat de vente.

En dehors des agences honnêtes, les grands perdants sont les propriétaires vendeurs. Lorsqu'un appartement est affiché 295 000 euros dans une agence, 296 000 dans une autre, 297 000 dans une troisième, 300 000 dans une quatrième, l'impression donnée à l'internaute est désastreuse. Le bien semble « traîner » sur le marché, alors que, dans certains cas, il est à la vente depuis seulement cinq jours.

Même si l'agence qui affiche le bien au prix du mandat amène par le plus grand des hasards un visiteur masochiste (qui a choisi, en dépit du bon sens, de faire travailler le professionnel le plus cher), le nouveau prix de référence en vue d'une négociation ne sera plus 300 000 euros, mais bien les 295 000 euros annoncés sur le web.

L'agence coupable de « dumping » publicitaire ne pratiquera pourtant pas de « dumping » sur ses honoraires. A l'heure de l'offre, l'acquéreur calculera la remise demandée à partir des 295 000 euros affichés. L'agence exigera, elle, son pourcentage habituel. Les 5 000 euros évaporés resteront à la charge seule des vendeurs.

Si les propriétaires surveillaient plus le travail des agences et n'hésitaient pas à stopper les mandats de celles qui ne respectent pas les contrats, les choses seraient peut-être différentes. Pourtant, rares sont ceux qui cessent leur collaboration pour ce motif.

Ils sont bien plus nombreux à congédier les agences lorsque ces dernières n'amènent pas suffisamment de visites. Et quelles sont les recettes miracles pour multiplier les visites ? Facile : être artificiellement moins cher que les autres sur le Web !

Les vendeurs souhaitent que les agences vendent à tout prix ? Ils seront servis, à leur propre détriment. On n'a que le système qu'on mérite…

 

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"La triste vie d'un agent immobilier"

Photo : panneaux d'agences immobilières signalant des biens à vendre à Marseille en 2008 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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