Interdit, le rapport sur l'argent des syndicats fait des vagues

Publié le 19 Février 2012

Auteur yann saint-sernin. Sudouest.fr
 46 commentaire(s)

Interdit, le rapport sur l'argent des syndicats fait des vagues

Le député Nicolas Perruchot y épingle tant le patronat que les syndicats de salariés.

Nicolas Perruchot, député centriste. Son rapport est officiellement inexistant

Nicolas Perruchot, député centriste. Son rapport est officiellement inexistant (JEAN-FRANCOIS MONIER)

C'est un texte de 229 pages qui n'aurait dû sortir du coffre-fort de l'Assemblée nationale qu'en 2042. Rejeté par les députés à l'automne dernier (une première sous la Vè République), le rapport de la commission parlementaire sur le financement des syndicats et du patronat rédigé par le député centriste Nicolas Perruchot est officiellement « inexistant ». Et sa publication, « interdite », malgré la demande de plusieurs organisations (CGT, CFDT, CFE-CGC, Medef…), soucieuses de lever le voile de la suspicion que n'a pas manqué de jeter cette mise au secret sur le sulfureux rapport.

Sa divulgation jeudi par Lepoint.fr puis par la CFDT « pour mettre fin aux accusations infondées à son encontre » a d'ores et déjà suscité des questions. « Nous nous étonnons de cette coïncidence qui fait que ce rapport soit publié au lendemain de l'allocution du président de la République, qui considère que les syndicats sont un obstacle aux réformes qu'il met en œuvre », a réagi la CGT.

 

Opacité des financements

Reste que l'opacité des financements des syndicats demeure un tabou historique nourri par quelques scandales retentissants. Citons l'affaire de la caisse noire de la puissante organisation patronale l'Union des industries et métiers de la métallurgie (toujours à l'instruction) dont les fonds auraient pu rejaillir sur des décideurs mais aussi sur d'autres organisations syndicales (ce qu'elles contestent), mais aussi celle du chauffeur de Marc Blondel, cité dans l'affaire des emplois fictifs de Paris, et, plus récemment, le scandale du CE de la RATP étrillé par la Cour des comptes.

Émiettement

Si le rapport Perruchot ne contient pas de révélations fracassantes, son contenu aussi sévère pour le patronat que pour les syndicats a le mérite de fournir une vue d'ensemble sur la vie financière de ces organisations piliers de la représentation des travailleurs dans les instances sociales. Une vue forcément à prendre avec des pincettes en l'absence de documents certifiés balayant l'ensemble de la question.

Car si seulement 8 % des salariés sont syndiqués, le monde syndical se caractérise par un émiettement des structures. Selon le rapport, la CGT rassemble à elle seule 30 000 entités. La CFDT compte quant à elle 1 323 syndicats professionnels. Un émiettement garant de la liberté syndicale et de l'action de terrain mais qui ne facilite pas l'exercice comptable, précise le rapport.

Depuis 2010, les syndicats sont astreints à la publication de leurs comptes. Ce qui a permis à l'enquête de se fonder sur une base documentaire qui n'existait pas depuis la création des syndicats en 1884 par la loi Waldeck Rousseau. Néanmoins, il manque encore les comptes de FO et l'Union nationale des professions libérales. Quant à la FNSEA, elle a remis la publication du bilan comptable à l'année prochaine.

La FNSEA maîtresse des chambres

 


Une « confusion des genres assez troublante ». C'est ainsi que le rapport Perruchot analyse la mainmise de la puissante Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA) sur les Chambres d'agriculture. Ceux-ci représentaient en 2010, lors des dernières élections aux Chambres d'agriculture, 1 507 mandats sur 1 868. « L'adhésion à ce syndicat se trouverait encouragée par la position qu'il occupe dans les différentes instances locales chargées de promouvoir l'installation des agriculteurs, certains allant jusqu'à affirmer que des aides seraient subordonnées à une souscription de cotisation », indique le rapport. « Sans adhésion à la FNSEA ou aux JA, il est difficile d'obtenir des prêts », témoigne un agriculteur auditionné. Et de poursuivre : « Dans certaines Chambres d'agriculture, le conseiller juridique suggère d'abord à l'agriculteur de prendre sa carte à la fédération départementale, la FDSEA. Bien sûr, de telles conditions ne sont jamais exposées par écrit. »

D'autre part, « le contrôle de ces instances confère aux organisations d'exploitants majoritaires une position stratégique […] pour l'accès aux moyens du réseau, qui s'élèvent à quelque 500 millions d'euros. De fait, la FNSEA et le Centre national des jeunes agriculteurs exercent une influence sans partage sur le réseau.

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Vos commentaires 46
 
haecdies
19/02/2012, à 19h56 Alertez
La CGT qui se plaint de la sortie du rapport, après l'avoir exigée... je m'en roulerai par terre de rire.

Et pourquoi ne suis-je pas surpris de voir la FNSEA comptée parmi les organisations les plus suspectées ?... Etre les copains de Monsanto et avoir une gestion opaque du fric... moi je trouve ça cohérent. Lamentable, mais cohérent (!).
 
 
potence
19/02/2012, à 19h18 Alertez
CYRIL 33 il ne s'agit pas de "fantasmes" comme vous dites mais de faits prèçis et avec des preuves. Alors si vous en profitez à titre personnel tant mieux pour vos mais n'essayez pas de "butter en touche" en essayant de nous faire croire que les rapports et les faits sont "bidons". J'en ai plusieurs preuves accablantes.
 
 
potence
19/02/2012, à 18h58 Alertez
Ce rapport va être enterré tres vite; car je peux témoigner qu'il gêne beaucoup de monde.
Aussi bien les syndicats de salariés que ceux du patronat. Dans mon activité professionnelle j'ai toujours connu une véritable "Fric Connection" entre les deux .

Le Patronat paye pour limiter la durée et le nombre de grèves.Au sein des entreprises les délégués et représentants syndicaux sont promus par la direction générale. Ainsi ces syndicalistes patentés supposés défendre les intérêts des salariés, défende en premier et surtout leur avancement de carrière et leur "prés carré" !
D'après vous, à quoi a servi la "caisse noire" du CNPF et du MEDEF ??
Le plus triste c'est que les salariés de base cotisent à ces syndicats "voyous" en y croyant! Le pauvres !
 
 
Aede
19/02/2012, à 18h43 Alertez
Nous apprenons en fait que les comptes de syndicats ne sont pas blancs bleux. Oui, comme ceux de partis, ceux de syndics, ceux d'associations, de voisins, de particuliers,...bienvenue en France et j'ai envie de dire avec fierté Latine ! Mais qu'est ce qu'on est influençable par contre !

J'imagine : Au travail, j'ai des réformes très impopulaires à faire passer. A la rentrée si mon contrat est renouvelé je sais que se sera loin d'être simple avec mes opposants. alors je réfléchis et j'applique une vieille méthode politique : Le travail au corps préventif. Je trouve l'ennemie capable de cristalliser la plus grosse force d'opposition et je le discrédite, comme ça sans arrières pensées.
Mais le jour où je suis en conflit je ressort systèmatiquement la casserole. Simple surtout quand on traine la même c'est facile de reconnaître le bruit de celle des autres.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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