Jack Teitel révèle les failles du système sécuritaire israélien

Publié le 11 Novembre 2009

Jack Teitel le 1er novembre (Police israélienne/Reuters)


Le 7 octobre, dans le quartier Har Nof de Jérusalem, la police israélienne arrête un homme qui colle des affiches de soutien à l'attaque qui a tué deux personnes dans un bar gay de Tel Aviv en aout dernier.


Durant son interrogatoire, à la surprise des policiers, l'homme avoue être l'auteur de deux meurtres et de six attentats à la bombe depuis douze ans.

Cet homme est Jack Teitel, 37 ans, colon américano-israélien de Shvut Rachel, marié et père de 4 enfants. Depuis le meurtre d'un taxi et d'un berger palestinien en 1997 il a posé 6 bombes. Contre un monastère (on lui avait dit que les prêtres y séduisaient des enfants juifs avec des bonbons), contre des voitures de police et des commissariats au moment de la gay pride (la police protège les gays), contre une famille de juifs messianiques et une dernière blessant Ze'ev Sternhell, un intellectuel de gauche.

De la citoyenneté au permis de port d'arme

La loi du retour prévoit que les juifs qui en font la demande peuvent obtenir la citoyenneté israélienne. L'Agence juive vérifie que vous êtes bien juif, en accord avec la définition orthodoxe du juif, puis transmet au ministère de l'Intérieur.

En général, on oublie dans le processus de vérifier si vous avez eu des démêlés avec la justice. Conséquence : n'importe quel fou violent avec le bon pédigrée peut, comme Jack Teitel, obtenir la citoyenneté, s'installer dans une colonie, avoir un permis de port d'arme, fabriquer des bombes dans sa cave et aller les déposer au commissariat ou en petit panier de pourim à ses voisins.

Enormes lacunes des services de sécurité

Mentalement dérangé selon son avocat (Dieu lui a dit qu'il devait poser des bombes sinon il mourrait), il agissait seul et la diversité des cibles le rendait difficile à appréhender. C'est pour cela que son identification a pris si longtemps, se défend le Shin Bet.

Mais ces arguments masquent d'énormes failles du service. Teitel avait déjà été interrogé par le Shin Bet en 2000 sur le meurtre des Palestiniens et relâché faute de preuves. Mieux, le Shin Bet vient d'avouer avoir essayé, à cette occasion, d'en faire un informateur infiltré dans les milieux extrémistes.

Teitel est le prototype du terroriste d'inspiration kahaniste

Les juifs messianiques croient que Jésus est le messie. Ces mouvements sont en fait évangélistes, avec des doctrines syncrétiques du genre Jews for Jesus ou Jesus Mosque. Rien de bien méchant si ce n'est que ces mouvements sont activement prosélytes.

Ils sont donc la cible des kahanistes, qui en profitent pour recruter en affirmant lutter contre ces méchants convertisseurs. Yigal Amir, l'assassin d'Yitzhak Rabin, rejoignit la mouvance kahaniste et y fit ses premières armes pour lutter contre ces mouvements messianiques.

Les kahanistes sont classés terroristes aux Etats-Unis et en Israël (toujours pas en France). Le but avoué du kahanisme est l'établissement d'une théocratie en Israël. L'Etat d'Israël en tant qu'Etat laïc, est son ennemi principal avant même les Palestiniens.

Plutôt que de poser des bombes contre les gays, un terroriste kahaniste préférera poser des bombes contre l'Etat laïc (la police) qui protège les gays. Brut, il tue des bergers et des taxis palestiniens. Un peu éduqué, il vise les juifs considérés comme traîtres (de gauche, laïcs, messianiques).

On trouve aussi, dans les amis de Teitel (qui n'en avait que deux) Avraham Richland, 22 ans, « ancien kahaniste » et connu du Shin Bet pour avoir aidé Natan-Zada, un autre fou qui avait tué quatre Arabes israéliens dans une fusillade en août 2005.

Le fait que le Shin Bet ait cherché à recruter Teitel comme informateur révèle les énormes lacunes du service sur les kahanistes. Manque d'information, de compréhension (tenter de retourner un terroriste religieux est une absurdité), et incompétence pour ne pas avoir gardé une active surveillance sur ce profil après avoir échoué à le recruter.

Benjamin Netanyahu ose quand même féliciter les services de sécurité pour leur « efficacité contre toute personne empruntant la voie de la violence et choisissant d'appliquer la loi de ses propres mains. »

Les colons à blâmer ?

Une partie de la gauche israélienne s'est empressée de blâmer les colons pour toute cette affaire. « C'est vraiment injuste de dire ça », disent les colons. Soit. Mais si les colonies ne créent pas forcément des dérangés, on ne peut nier qu'elles ont pour les Teitel un certain nombre d'attraits.

Le droit de porter des armes. Etre aux avant-postes avec « l'ennemi ». Etre en conflit avec l'Etat de droit. Ecouter, lancinant, des radicaux religieux fournir une légitimité divine aux pires pulsions violentes…

Les extrémismes et intégrismes se répondent

Le principal problème de ce type de terrorisme est qu'il se nourrit de lui-même. Inspiré des précédents, Teitel sera un modèle et un exemple pour violents kahanistes, islamistes, pro-vie et anti-gay, ou criminels « d'honneur » purifiant les femmes infidèles à l'acide.

L'ennemi fondamental du fanatique religieux n'est pas l'autre fanatique religieux mais l'athée, le laïc, le non-religieux et tout pouvoir qui n'est pas théocratique. L'erreur de nombreux services de sécurité est de croire que ces gens se différencient par leurs religions alors que leur idéologie les rassemble. Faisons en sorte que cette erreur ne soit pas celle des citoyens.

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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