Je suis prostituée et je l’ai choisi, vous m’avez posé vos questions

Publié le 24 Août 2012

 

Débat 15/08/2012 à 10h02
-Karen- | prostituée

 

Karen dans son camion à Lyon (Emilie Brouze/Rue89)

Je travaille à Lyon, où je fais partie des prostitué(e)s mobilisé(e)s contre les arrêtés municipaux interdisant le stationnement de nos camionnettes, et contre le projet de la nouvelle ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, de rendre la prostitution illégale. Posez-moi vos questions dans les commentaires et j’y répondrai.

Sélection de réponses

Akiff. « Pour vous, la liberté de se prostituer doit primer, malgré ce que peuvent endurer des personnes se prostituant sous la pression financière, entre autres raisons ? »

La liberté individuelle, c’est la liberté de disposer de son corps. Maintenant, qui peut dire qu’il n’a pas de pression financière en allant travailler le matin ? (L’échange complet)

Evemarie. « Pourquoi avoir choisi cette activité et que ressentez-vous après une journée de travail ? »

Ma motivation est, comme beaucoup, d’abord pécuniaire. Mais j’ai aussi le choix des horaires, je suis mon propre patron.

J’ai fait ce choix au moment de mon divorce : j’avais une fille à élever, il a fallu que je me batte pour deux, comme beaucoup de femmes dans cette situation.

Après une journée de travail, si cette journée a été bonne je suis satisfaite de pouvoir régler mes factures, et me faire plaisir de temps en temps. (L’échange complet)

C0rt0. « Est-ce qu’il y a une formation particulière ou bien est-ce qu’on apprend sur le tas ? »

On apprend dans la rue, grâce à l’expérience des anciennes, et celle que l’on acquiert peu à peu. Mais il y a des règles que les professionnelles appliquent : comme celle de ne pas embrasser les clients. (L’échange complet)

Yann Guégan. « Question bête, mais pourquoi cette règle de ne pas embrasser les clients ? »

Parce que nous ne sommes ni vos femmes, ni vos copines. (L’échange complet)

Exnihilo. Faut-il des lois supplémentaires, qui tiendraient compte des différents types de prostitution ?

Nous avons déjà beaucoup trop de lois qui prétendent lutter contre les proxos. Le seul moyen de lutter contre, c’est de légaliser la prostitution.

D’abord parce que les prostituées seront défendues par la justice, ensuite parce que dans un pays ou la prostitution est reconnue, je vois mal un proxo poser des filles sur le trottoir (il serait trop vite repéré).

Rien n’empêchera la prostitution. Est-ce que la peine de mort a stoppé les meurtres ? (L’échange complet)

Obvious. « Vous travaillez combien d’heures par jour, et recevez combien de clients ? »

Je commence à 18 heures l’hiver, et à 20h30 l’été. Je travaille du lundi au vendredi, mais je peux être amenée à changer et à travailler le samedi si ma semaine n’a pas été très bonne.

Chaque jour est différent : on ne calcule pas combien on a eu de clients dans la journée, mais plutôt de combien on a besoin pour payer la facture d’EDF le lendemain.

Je gère mon emploi du temps comme un patron : si j’ai envie de rentrer à 22 heures, rien ne m’empêche de le faire. (L’échange complet)

Internet. « Si vous avez des enfants, comment allez-vous leur expliquer votre métier ? »

J’ai deux grandes filles, et je n’ai jamais caché qui j’étais. Si elles ont pu manger, aller à l’école, c’est parce que j’ai pu leur donner ce dont elles avaient besoin.

Croyez-vous qu’une mère puisse regarder ses enfants avoir faim ? La prostitution est une solution parmi tant d’autres, mais c’est cette voie-là que j’ai choisie. (L’échange complet)

Gavarnie. « Comment un client peut-il savoir s’il a affaire à une prostituée indépendante ou bien forcée ? »

En tant que client, vous aurez du mal à faire la distinction, surtout si vous n’êtes pas un client régulier. Quand on voit des filles à peine majeures qui arrivent, nous en parlons avec la police des mœurs, qui font leur enquête. « Ni proxo, ni patron », c’est un de nos principaux slogans. (L’échange complet)

Jmjbest. « Pourquoi ne pas exercer dans un appartement, en créant un site Web pour tendre vos filets, plutôt que dans une camionnette ? »

C’est interdit. Travailler en appartement ferait du propriétaire un proxénète. La loi sur le proxénétisme « de soutien » punit toutes les personnes qui aident les prostituées, même quand c’est elles qui demandent de l’aide.

Si nous restons dans la rue, c’est par obligation, et non par choix. Mais nous sommes contre la réouverture des « maisons closes », sauf si elles sont autogérées par les prostituées. Nous voulons garder notre indépendance. (L’échange complet)

Cholois79. « Avez-vous pour ambition pour vos filles qu’elles exercent le même métier que vous ? Vous le présentez comme un choix tellement enviable et porteur de liberté... »

Si c’est leur ambition, je ne vois pas ce que je pourrais dire. Mais je pourrais les conseiller et leur expliquer ce que sont les hommes, ça oui, je suis bien placée.

Le plus important, c’est qu’elle fasse ce qu’elle veut qu’elle choisisse sa route à elle, pour être épanouie dans la vie. (L’échange complet)

Missa. « Comment sélectionnez-vous vos clients ? Quels sont les tarifs ? Les riverains vous posent-ils des problèmes ? »

Oui, nous avons des critères de sélection, par exemple on va refuser un client qui a bu, qui nous parle mal ou qui va nous prendre le chou. Le temps qui précède l’accord est primordial. Les tarifs varient, mais la première prestation est à 20 euros.

Bien sûr que nous avons conscience de déranger, d’où la demande d’avoir un endroit à nous pour exercer, ce qui règlerait le problème des riverains. (L’échange complet)

Super Panda. « Depuis que vous pratiquez ce métier, votre regard sur les hommes a-t-il changé ? »

Nous avons affaire à toutes sortes d’hommes : les sympas, les emmerdeurs, les violents, les pénibles... Ça m’a juste appris à faire plus attention dans mes choix de partenaires (dans la vie privée) et aussi d’avoir un sens plus aiguisé pour cerner une personnalité. (L’échange complet)

Avenue98. « Comment jonglez-vous entre votre travail et votre propre sexualité ? »

Je ne jongle pas, j’ai un travail où je pratique une prestation sexuelle et quand je rentre chez moi, c’est ma vie privée, mes relations sexuelles sont désirées avec l’homme que j’aime. Donc rien à voir, c’est du pur plaisir. (L’échange complet)

Myosotis_Lys. « Quelles ont été les plus mauvaises expériences ? »

Chacune d’entre nous a eu affaire à un client violent. Mais c’est comme dans la vie en général : quand vous rencontrez quelqu’un, rien ne dit qu’il ne va pas devenir violent.

L’avantage que nous avons, nous les prostituées, c’est que nous avons toujours nos copines pour veiller sur nous. En cas de bagarre, elles viennent nous prêter main forte : quand un type agresse une prostituée et qu’il se retrouve en face d’une dizaine de filles, il fait moins le fier. (L’échange complet)

MathieuC. « Est-ce que ça vous arrive de croiser un client en faisant vos courses ? »

Bien sûr, il m’est arrivé de croiser des clients quand je fais mes courses. Nous avons aussi une conscience : si le client ne vient pas de lui-même nous dire bonjour, nous faisons comme si nous ne l’avions pas vu. C’est une question de respect, surtout s’il n’est pas seul. (L’échange complet)

Edac75. « Y a-t-il des pratiques que vous refusez ? »

J’ai quelques clients qui sont fétichistes des pieds, c’est soft et je l’autorise. Mais je refuse tout ce qui découle du SM. Il y a des filles qui sont spécialisées, et dont j’admire le courage car c’est très difficile. (L’échange complet)

Lydrai. « Quel regard portez-vous sur vos clients ? »

Nos clients sont « Monsieur tout le monde ». Bien sur que nous avons des affinités avec certains, et d’autres que nous apprécions moins comme tout métier avec une clientèle.

Mais nous restons professionnelles, avec des barrières pour protéger notre vie privée. Le client a sa vie, lui aussi, nous ne le voyons que quelques instants. Il y en a avec qui on discute de politique, de travail et même de leur vie de couple. (L’échange complet)

Azere2. « Ça vous arrive de vous sentir humiliée ? »

Je trouve ça moins dégradant que de me faire draguer, baiser, et jeter le lendemain. Jamais je ne me sens humiliée, puisque c’est moi qui contrôle le rapport, je ne vais pas aller au delà de ce que je suis capable d’accepter. (L’échange complet)

Karavi. « Avez-vous peur des MST ? »

Non, je n’ai pas peur des MST, parce que je ne travaille pas sans capote. Je travaille en toute sécurité puisque les mesures d’hygiène sont strictes. (L’échange complet)

AMDP. « Vous commencez souvent vos réponses par “C’est moins pire qu’autre chose”, ce qui leur donne un côté brutal... »

On est attaquées de toute part par les politiques, les féministes, les abolitionnistes. Du coup, on en a marre, on doit toujours se justifier, expliquer, revendiquer que ça en devient épuisant à force.

Ça fait des années que je milite face à des gens qui quand ils ne peuvent pas nous arrêter, nous traitent d’aliénées ou de victimes. (L’échange complet)

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Rédigé par jeanfrisousteroverblog

Publié dans #citoyens d'europe

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