Jeune abattu : à La Fauconnière, « même la police a peur »

Publié le 1 Mars 2012

Fait divers 29/02/2012 
Auteur Ramses Kefi | Journaliste

Lundi, un jeune a été tué à Gonesse (Val-d'Oise). Les habitants de la cité évoquent une banalisation de la violence, le maire accuse Guéant d'avoir abandonné le 95.


Une tour cité de La Fauconnière, à Gonesse dans le Val-d'Oise (Ramsès Kefi)

(De Gonesse) Mohamed Hakkou, conseiller municipal à Gonesse (Val-d'Oise), arpente la cité de La Fauconnière pour tenter d'en savoir plus sur le drame de la veille. Lundi soir, un jeune homme de 21 ans a été abattu par balle dans un hall du quartier et un autre grièvement blessé.

Une femme, la cinquantaine, lui indique le « 56, square des Sports », l'immeuble dans lequel la fusillade a eu lieu. Un jeune l'interpelle :

« Mohamed, dis à la mairie d'enlever le sang devant l'immeuble. Juste pour les gamins qui passent devant. »

« A mon époque, les plus cinglés ne tiraient pas pour tuer »

A La Fauconnière, certains habitants n'étaient pas au courant pour le meurtre. Ou feignent de ne pas savoir. « Ils ont peur » lance Sylvie, la quarantaine :

« Qui va les protéger ? La police ? Ici, elle ne vient que lorsque la situation a déjà dégénéré. »

A quelques encablures des tours, un groupe de jeunes raconte « le grand malheur » de la veille. La victime viendrait des Marronniers, un quartier voisin, mais « traînait » souvent à La Fauconnière. L'un d'eux affirme être arrivé quelques minutes seulement après la fusillade :

« Ils avaient tiré sur un jeune de 16 ans dans un quartier voisin. Ils l'ont loupé. Puis ils sont venus à La Fauconnière, sont entrés dans le hall et ont tiré à bout portant au fusil à pompe. Il [le jeune homme tué] avait la jambe arrachée. Ils ont tiré pour tuer et connaissaient bien la cité. »

Un autre le coupe :

« On dit qu'ils étaient gantés, cagoulés et qu'ils ont même ramassé les douilles. Aujourd'hui, ça tire pour un oui ou pour un non. Il n'y a plus aucun respect pour la vie humaine. Avant, les plus cinglés tiraient dans la jambe. Jamais pour tuer. »

Un lambeau de chair, une flaque de sang séché

La porte du hall du « 56, square des Sports » est ouverte. A l'entrée, un petit lambeau de chair et une flaque de sang séché, que guette un vieil homme à la fenêtre, quelques étages plus haut dans la tour.


Le 56, square des Sports à Gonesse, le 28 février 2012 (Ramsès Kefi)

« Je ne sais rien », anticipe-t-il. Puis il accepte finalement de parler. De ce qu'il a vu : des policiers partout et des camions de pompiers, « comme au cinéma ». Et aussi de ce qu'il vit au quotidien :

« Je me suis fait souvent agresser. J'ai déposé plainte, mais la police ne fait rien. Je devrais peut-être m'acheter une Kalachnikov parce qu'il faut bien se défendre ici. »

« La violence est devenue banale »

Pour Mohamed Hakkou, le gouvernement ne prend pas au sérieux la problématique des armes à feu dans les quartiers :

« Je ne peux pas concevoir que dans un pays comme le nôtre, on ne sache pas où et comment transitent des armes. Avant d'instrumentaliser cette fusillade pour réduire la banlieue à ce genre de tragédies, le gouvernement devrait s'atteler à déterminer jusqu'où va sa responsabilité. Les enquêtes policières ne vont pas au bout. »

Farid, la trentaine, acquiesce :

« Ce qui est inquiétant, c'est que la violence est devenue banale. Beaucoup de gens ici parlent d'un coup de feu comme si c'était normal. C'est là qu'on voit l'ampleur du problème. »

La police a peur

Il tire d'une pochette un dépôt de plainte. Il y a quelques mois, il a été agressé à Gonesse. Un jeune lui reproche de l'avoir mal regardé et dégaine un Taser :

« La police est impuissante. Pour un contrôle d'identité à La Fauconnière, ils sortent l'arme au poing. Ils ont peur. Ils se disent que les gars peuvent très bien leur tirer dessus. Elle [la police] nous laisse nous entretuer. Car ce n'est pas eux qui vivent là-dedans. »

Quelques minutes plus tard, scène assez étrange à la mairie de Gonesse. Mohamed Hakkou interpelle le maire, Jean-Pierre Blazy :

« Faites enlever le sang, monsieur le maire. On ne peut pas laisser les gens regarder ça à longueur de journée. »

Le maire s'agace : « Il y a une enquête, on doit voir ça avec la police. » Dans son bureau, il relie la mort du jeune homme au trafic de drogue, déplore l'absence d'une police de proximité et charge le ministère de l'Intérieur, qu'il accuse d'avoir abandonné le Val-d'Oise :

« Claude Guéant évoquait il y a quelques jours les bandes qui sévissent dans le Val-d'Oise et la Seine-Saint Denis. Mais il n'a annoncé aucun renfort. Les effectifs, nous les avons seulement quand quelque chose arrive alors que le but de la police est aussi de prévenir ces drames. »

« Ce n'est pas un quartier abandonné »

Sur les armes, le maire botte en touche et préfère évoquer le noyau dur de délinquants autour du « 56, square des Sports » avec lequel il estime le dialogue impossible :

« Rien ne dit que l'arme à feu venait de Gonesse. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais peut-être que l'assassin n'est pas d'ici. »

Sur la cité de la Fauconnière, Antony Valette, chargé de mission à la mairie, insiste :

« Il y a un cinéma, des associations, des équipements sportifs. On ne peut pas nous accuser de l'avoir négligée. Ce n'est pas un quartier abandonné. »

« Tu décides de te faire justice toi-même »

Près de l'hôtel de ville, deux jeunes de la Fauconnière – la vingtaine passée – disent quant à eux qu'un stade de foot, un panier de basket ou un film sur grand écran ne permettent pas de lutter contre l'échec scolaire. Et n'apportent ni travail, ni sécurité.

Ils assurent aussi que le jeune homme blessé est tiré d'affaire. Et qu'il y aura sûrement des représailles, « parce qu'un coup de feu appelle un autre coup de feu ». L'un d'eux :

« Le risque est que tout le monde sorte armé. Tu as peur et tu veux te défendre, alors tu décides d'acheter un calibre et de te faire justice toi-même. »

MERCI RIVERAINS ! aartaud

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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