Judy, actrice porno, 525 euros par mois, « jamais à découvert »

Publié le 10 Août 2012

 

Votre porte-monnaie au rayon X 05/02/2010 à 13h29

Judy, actrice porno, 525 euros par mois, « jamais à découvert »

Auteur Soline Ledésert | Journaliste, pour Rue89.com
 

 



Judy Minx avait « peur de décevoir avec son porte-monnaie qui ne ressemble pas à celui d’une actrice porno ».  Elle a tout de même accepté de le montrer à Eco89.

Des images de Judy Minx, vous pouvez en trouver sur Internet, dans des films X en DVD ou sur des scènes de Berlin, Amsterdam ou San Francisco - si vous courrez les festivals internationaux du sexe artistique et branché.

Nue ou quasi, peau blanche, silhouette très fine et cheveux courts, l’actrice porno, et son lot d’images tantôt BDSM tantôt « teen » et rose girly, pourront -ou non- vous impressionner.

C’était mon cas. D’où, au début, le mal à recouper son personnage de scène avec la jeune fille de 20 ans, aux cheveux désormais longs, d’un petit mètre 60 qu’elle met dans une doudoune serrée, arrivée tout sourire à notre déjeuner.

Sac Eastpack au dos, lunettes à monture fendue sur le côté qui tombent bas sur son nez, bientôt ravie que le steak tartare qu’elle a commandé dans ce bistrot lumineux arrive en forme de cœur dans son assiette, elle s’excuse de sa demi-heure de retard :

« Désolée, j’ai eu du mal à me lever : quand j’ai dit à mon copain que j’allais faire une interview porte-monnaie pour Rue89, on a commencé à parler classes sociales et on a comparé notre rapport à la consommation. Ca a duré jusque tard cette nuit. »

Judy Minx, ce n’est pas son vrai nom :

« A 16-17 ans, je savais que je ferai du porno, j’étais attirée par l’expérience sexuelle. En hypokhâgne, j’ai pensé à un pseudo : “Judy”, parce que j’avais aimé Judith Butler (tu connais ?) et “Minx” parce que j’avais lu que ça voulait dire “catin” en vieil anglais. A 18 ans, j’ai envoyé un mail à un producteur et voilà, j’ai commencé à jouer ».

Elle sort ses relevés de compte et on parle porte-monnaie :

Dépenses : « environ 460 euros par mois »

Judy habite encore chez sa mère. Elle y mange souvent, bénéficie de la machine à laver et voit un bon nombre de dépenses de base ainsi assurées. Sa mère ne lui donne pas d’argent mais paie ses frais d’inscription à la fac, sa sécu étudiante, sa carte de transports (remboursée à moitié par le conseil régional), son forfait de 25 euros par mois (elle ne le dépasse jamais) et ses bouquins pour les cours (elle a de « très bonnes notes » en Licence 3). La mutuelle de son père couvre les montants non remboursés de frais médicaux. Donc, ses dépenses, c’est tout le reste :

  • Voyages

Environ 1 500 euros en 2009. La majeure partie du temps, elle voyage à l’occasion de performances conçues par des artistes pour des festivals à l’étranger ou pour des événements du mouvement Sex Positive dont elle fait partie. Elle dort toujours chez des amis mais, avec les billets qu’elle a aussi parfois payés à son copain, les voyages sont son plus gros poste budgétaire.

  • Vêtements

Sur ses relevés de compte, ses yeux s’arrêtent sur H&M et Zara. La moyenne pour 2009, c’est environ 100 euros par mois.

  • Restaurants, nourriture, cafés

Cent euros par mois. « Je les paie souvent à mes amis aussi »

  • Cinéma, théâtre et DVD

« Des pornos, mais des bien, hein ! » : 50 euros, moyenne mensuelle.

  • Cadeaux

En 2009, elle estime avoir dépensé environ 500 euros.

  • Accessoires, maquillage et produits de beauté

Une vingtaine d’euros par mois, auxquels elle ajoute des frais exceptionnels, soit 360 euros pour 2009.

  • Sex-toys et lubrifiants

200 euros par an, qu’elle dépense à l’étranger ; « c’est vraiment de la mauvaise qualité en France ». Elle se fait parfois offrir des sex-toys : « Un concepteur m’en a offert pour 700 dollars l’an dernier à Berlin [récemment elle en a d’ailleurs testé un pour Rue69, ndlr]. En fait, il y en avait trois tellement c’étaient des sex-toys de luxe. »

Les rares cigarettes qu’elle fume, elle « les taxe ». Et puisqu’on en a parlé, elle ne boit pas donc n’achète pas d’alcool. Pas de drogue non plus. Mes questions sont clichés et hasardeuses : après l’alcool et les drogues, « euh.. souvent des tests VIH, non ? ». Ouf, elle répond en souriant :

« Oui. Alors en 2009, j’en ai payé certains, je les compte dans le poste “sex-toys et lubrifiants”, je m’en suis fait rembourser un. Il faut savoir qu’en France, il n’est pas légal de tourner sans capote. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas encore tourné en Europe de l’Est ou aux Etats-Unis : ce serait un grand saut, parce que c’est souvent sans capote. Et en termes de carrière et de visibilité, c’est aussi une étape. »

Revenus : « 525 euros par mois »

Elle n’a pas le statut d’intermittente mais est employée en tant qu’« artiste interprète » en CDD. Elle touche des cachets pour les tournages de films qu’elle fait très irrégulièrement :

« Je ne travaille pas autant que je voudrais. L’industrie porno française est vraiment toute petite. »

Déclarée à la Caisse des congés spectacles, « très contente » de ce boulot, elle a néanmoins un avis partagé sur les conditions financières :

« Si on compare à un boulot étudiant, à l’heure c’est très bien payé. Mais après, je vends mon image pour 30 ans quand je tourne. Les producteurs gagnent beaucoup là-dessus. Alors que moi, une fois que j’ai touché le cachet de mon CDD d’une journée ou d’une demi-journée, je ne touche plus rien. »

Elle est au Strass, le Syndicat du travail sexuel. Et, avec beaucoup d’enthousiasme, elle parle du mouvement Sex Positive, mouvement encore surtout développé aux Etats-unis : elle y lutte pour que les gens aient « un rapport de plaisir avec le sexe », explique t-elle. Sinon, elle pense bientôt prendre un autre boulot étudiant, pour pouvoir partir de chez elle.

  • Cachets pour des tournages dans des films « porno mainstream comme underground et plus artistique » : moyenne de 250 euros par mois.
  • Performances sur des festivals et ateliers d’éducation sexuelle qu’elle délivre dans le cadre du mouvement Sex Positive : moyenne de 125 euros par mois.
  • Pension de son père : 150 euros par mois.

Elle n’est pas imposable : son père lui a d’abord dit « qu’il ne déclarerait pas pour elle son “argent sale”, et a finalement compris que s’il enlevait (sa) part, il n’y gagnerait pas », raconte t-elle.

Tu épargnes ? « Je ne suis jamais à découvert, mais je n’épargne pas »

Il reste 65 euros par mois de dépenses selon nos calculs. « Je dois les dépenser en Snickers et gadgets comme ça. » On cherche les autres zones d’ombre qu’on aurait pas encore démasquées : de la déco ? de la musique ? « Non mais on a oublié les adhésions au Strass et au Mouvement Sex Positive. » Dernière exclamation : « Je sais : je donne beaucoup aux SDF ! ». C’est fini, on sort, elle me taxe une cigarette : « Au fait, comment veux-tu qu’on te présente ? ». Elle répond : « Ah ! (rires) Ben actrice porno ! ».

►Post scriptum 6 février 2010 : Le porte-monnaie de Judy Minx fait partie d’une série d’Eco89 présentant des façons personnelles de gérer son argent (revenus, dépenses). Le récit de la rencontre avec Judy Minx ne s’accompagne d’aucune prétention à présenter les traits généraux du secteur d’activité dans lequel elle travaille. Judy Minx publie des textes sur son blog. Elle a publié le 5 février un texte dans lequel elle disait « regretter d’avoir répondu à une interview de Rue89 » pour différentes raisons. Elle nous a précisé aujourd’hui ne pas remettre en cause la véracité de l’article, « fidèle à ses propos », mais invite à lire le récit de ses expériences qui complètent ces propos sur son blog. S.L.

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