Kadhafi promet le sang et les larmes aux Libyens

Publié le 22 Février 2011

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Kadhafi promet le sang et les larmes aux Libyens

Mardi, au huitième jour de la révolte, il semble bien que le colonel Kadhafi ait décidé de livrer une bataille sans merci pour s'accrocher au pouvoir. Les bombardements de civils par les avions et les hélicoptères se déroulent à huis clos dans la capitale libyenne, qui serait quadrillée par des troupes composées en partie de mercenaires. 62 personnes seraient mortes ces deux derniers jours à Tripoli. Les médias ont pu constater que la frontière avec l'Egypte était ouverte.

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Pour aller plus loin

Al Jazeera consacre un blog au mouvement de protestation en Libye (en anglais).

► StreetPress présente « cinq sources directes pour suivre la révolution » en Libye.

17h40. Suite du discours de Kadhafi :

« Al-Zarkaoui s'était retranché à Falloujah, l'armée américaine a pilloné la ville. Elle a rasé Falloujah et ensuite elle a fouillé les bâtiments. Tout ça, les Etats-unis l'ont fait. […]

Badgad a été bombardé par l'aviation américaine, il y a des millions de personnes qui sont mortes. L'armée américaine disait “On voulait éradiquer le parti Baas, on est libres de faire ça.” […]

Les mêmes groupes qui ont démoli la Somalie et l'Afghanistan sont en train de démolir ce pays. C'est la même bande de criminels, le même groupe de personnes. […]

A partir de ce soir, ou demain, les jeunes, tous les jeunes, je ne dis pas tous ces jeunes de drogués, mais les jeunes de Libye, doivent faire des comités populaires et porter des brassards. […]

Là, nous les invitons à assurer la sécurité et nous invitons les officiers libres assurer la sécurité. Qu'ils ne joignent pas les suppôts de l'Amérique, les suppôts de Zarkaoui. Nous devons leur donner des cures de désintoxication. […]

Tous les jeunes, tous les pères de famille, je les invite à prendre le contrôle de la rue c'est vous qui devez assurer la défense de la révolution populaire. La révolution populaire c'est la sécurité. […]

Dès demain, les femmes devront pouvoir sortir dans la rue sans courir le risque d'être kidnappées. On sait que des femmes ont été kidnappées. Elles vivent avec ces menaces sur leur sécurité. […]

Dès demain, nous aurons une nouvelle Jamahiry [révolution, ndlr] populaire. Je n'ai pas d'opposition à ce qu'il y ait une Constitution en Libye, c'est à l'autorité populaire de décider. J'ai vécu pour mener la Libye à une époque de gloire. Ils sont des centaines, vous êtes des millions. Vous pouvez rétablir l'autorité populaire. Les officiers libres ont été répartis et les forces sont prêtes. Vous pouvez également vous répartir les ressources pétrolières car elles appartiennent aux Libyens, chacun d'entre vous est libre d'en faire ce qu'il veut. »

17h30. A la télévision d'Etat libyenne, Kadhafi continue son discours enflammé :

« Je n'ai pas donné l'ordre d'utiliser la force parce que ce serait la politique de la terre brulée. Tous ces crimes qui ont été commis sont prévus au code pénal qui a été écrit avant la révolution et sont passibles de peine de mort. […]

Susciter une guerre civile, et ça va finir en guerre civile entre les différentes tribus, est passible de peine de mort. […]

Voilà ce qui attend la Libye si vous n'y mettez pas fin tout de suite. […]

Les étudiants à Pékin qui se sont mobilisés, qu'est-ce qui s'est passé ? Les autorités chinoises ont rassemblé les chars sur Tiananmen. Il y en a qui ont fui et d'autres qui sont restés. »

17h15. Suite de l'intervention de Kadhafi :

« Dès demain, la sécurité sera assurée par les services de la police et de la sécurité. Je ne démissionnerai jamais, je vous mènerai à la victoire. […]

Les manifestants sont des rats, des drogués qui veulent imiter ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte. […]

Notre pays risque de devenir comme l'Afghanistan, c'est ce que vous voulez ? […]

On n'a pas encore utilisé la force, mais nous le ferons si nécessaire. […]

C'est un complot d'étrangers, d'Américains, d'Al Qaeda et de fous. Je combattrai jusqu'à la dernière goutte de sang. […]

C'est à vous d'aller les affronter, nous sommes une force sur laquelle a buté le peuple américain. Porter l'arme contre la Libye est passible de la peine de mort. […]

Ils sont une minorité qui veut faire de la Libye un nouvel émirat sous les ordres de Ben Laden. Des demain, ce soir, tous ceux qui aiment Mouammar Kadhafi, qu'ils prennent leurs enfants et qu'ils sortent dans la rue. »

17 heures. Début de l'intervention du colonel Kadhafi sur la télévision d'Etat libyenne, qui appelle au massacre sur un ton exalté, furieux. Il éructe.

« Ils veulent prendre nos villes, ils veulent nous blesser. La Libye est la Mecque. […]

Sortez dans les rues, n'ayez pas peur. Sortez les enfants. […]

Je suis un révolutionnaire, je n'ai plus rien à perdre. […]

La Libye, c'est mon pays ! C'est mon pays ! Je ne vais pas quitter la Libye ! »

Le colonel Kadhafi à la TV libyenne. 22 fèvrier.

16h15. Selon l'organisation Human Rights Watch, 62 personnes auraient trouvé la mort au cours de ces deux derniers jours dans la seul capitale libyenne.

16 heures. Le côté libyen de la frontière avec l'Egypte est désormais contrôlé par des opposants au régime, armés de kalachnikovs. Ils accueillent les visiteurs, dont un reporter de Reuters.

Un Libyen lui a raconté que la deuxième ville du pays, Benghazi, aurait été « libérée » par un bataillon « appartenant » à l'un des fils du colonel Kadhafi.

15h35. Nour el-Mismari, ancien chef du protocole libyen et proche de Kadhafi, témoigne pour Libération des massacres en cours à Tripoli. Selon lui, les combats font encore rage dans la capitale libyenne. Il s'agit pour lui d'un « génocide de masse ».

15h10. Edward (prénom modifié), jeune homme anglais travaillant à Tripoli, rapporte à Rue89 :

« Aujourd'hui, la place Verte est calme, seuls des supporters de Kadhafi, payés par le régime, sont présents. Les prisonniers de droit commun ont été libérés pour venir soutenir le régime.

Il n'y a plus de coup de feu, mais on peut voir du sang séché dans les rues. Il y a beaucoup de dégâts, les banques autour de la place ont été pillées. Un bâtiment des services de renseignement est encore en feu.

On entend des bruits d'hélicoptères, on en a vus beaucoup hier dans le ciel. »

15 heures. D'après un tweet d'Al-Arabiya, l'ambassadeur libyen en France a démissionné.

13h42. Selon une vidéo postée sur YouTube ce mardi, l'armée, dont une partie s'est rangée du côté des manifestants anti-Kadhafi, procède à l'arrestation de mercenaires. (Voir la vidéo)


13h40. La liste des diplomates libyens démissionnaires s'allonge. Les ambassadeurs en Australie, Indonésie, Inde, Malaisie, Pologne et au Bangladesh ont quitté leur poste ou désavoué la répression ordonnée par Kadhafi.

La mission libyenne aux Nations unies a publié un texte dans lequel elle se déclare solidaire du peuple libyen et dénonce la violence du régime.

13h30. Un professeur de technologie, blessé et soigné dans un hôpital de Shahat, à l'Est du pays, affirme avoir été attaqué par des mercenaires en provenance d'Afrique subsaharienne. (Voir la vidéo)


Selon la victime, les soldats qui se sont alliés à la population ont été tués par des mercenaires.

13h00. La France envoie trois avions en Libye pour rapatrier ses ressortissants. Dans un communiqué, Michèle Alliot-Marie a déclaré :

« Le gouvernement a décidé de procéder au rapatriement de ceux dont la présence n'est pas indispensable aujourd'hui. »

Jusqu'à présent, le Quai d'Orsay avait seulement conseillé les Français à faire preuve de prudence.

11h15. Navu Pillay, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a demandé l'ouverture d'une enquête internationale indépendante sur les violences en Libye.

Elle demande également l'« arrêt immédiat des graves violations des droits de l'homme commises par les autorités libyennes ».

Selon elle, les exactions commises contre la population libyenne pourraient être assimilées à des « crimes contre l'humanité ».

8 heures. La Ligue des droits de homme évoque « au minimum de 300 à 400 morts » d'après des informations fournies par ses correspondants locaux. La TV nationale dément les massacres.

Dessin de Na!

1h30. Les médias arabes avaient annoncé dans le soirée de lundi que le colonel Kadhafi allait faire une déclaration. Il a fait une brève apparition à la télévision d'Etat pour démentir en moins d'une minute les rumeurs sur sa fuite :

« Je suis à Tripoli, pas au Venezuela. »

Dans l'après-midi, le ministre anglais des Affaires étrangères disait avoir des informations selon lesquelles le dictateur « était en route pour le Venezuela ».

Assis sur le siège passager d'une vieille voiture blanche, le colonel Kadhafi tenait lui-même un parapluie :

« Je suis satisfait car j'ai parlé cette nuit aux jeunes du Square Green [lieu de la contestation à Tripoli, ndlr] mais la pluie est arrivée.

Je veux leur montrer bien clairement que je suis là, à Tripoli, pas au Venezuela. Il ne faut pas croire les télévisions étrangères. Ce sont des chiens. Au revoir. » 

 

Kadhafi à la TV libyenne

Un peu plus tôt, le général chargé de la Défense a déclaré que ses forces allaient « nettoyer » la Libye de ses éléments anti-gouvernementaux, « des gangs terroristes, composés de jeunes exploités et chargés en pilules hallucinogènes par des personnes qui obéissent à des calendriers étrangers. ».

Principaux visés, les Tunisiens, nombreux à travailler en Libye. La télévision d'Etat a diffusé la « confession » de l'un d'eux reconnaissant avoir distribué de la drogue.

"Confession" d'un Tunisien à la TV libyenne

Minuit. Al-Arabiya rapporte qu'en Guinée et au Nigeria, on recrute par petites annonces des mercenaires pour un salaire de 2 000 euros par jour, alors qu'en Libye un groupe d'officiers a demandé aux troupes de rejoindre le mouvement de protestation.

La journée du lundi 21 février, en Libye

Illustration : dessin de Na !

 

 
Source Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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